Oui,
ce blog est plus que moribond, mais quoique je n'aie pas fait de mises à jour
depuis, oh, trop longtemps, je me refuse à le voir disparaître définitivement.
Ce billet se veut donc le début d'une résurrection, avec l'espoir que les mises
à jour reviennent et qu'il ne se passe pas une semaine sans au moins un billet
(voire deux, mais ne rêvons pas trop fort). De fait, même si je n'en ai pas
rendu compte, j'ai bien sûr continué mes lectures —avec néanmoins un long mois
pendant lequel je n'ai rien lu. J'aurais bien dû m'imposer la règle de
retranscrire mes impressions de lecture, mais à force de procrastiner, je n'ai
finalement rien écrit. Pourtant ce ne sont pas les sujets qui manquent! Depuis
mon dernier et lointain post sur L'Empire du soleil, j'ai lu quand
même: bartleby et compagnie de Enrique Vila-Matas (remarquable),
Shutter Island de Dennis Lehane, Austerlitz de W.G. Sebald
(un excellent cru, aussi beau que Les anneaux de Saturne),
Ada ou l'Ardeur de Vladimir Nabokov (douce et sensuelle rêverie
amoureuse et incestueuse), Dans le café de la jeunesse perdue de
Patrick Modiano (admirable), Le livre de sable de Jorge Luis Borges
(j'ai préféré Fictions, mais ce recueil reste une merveille),
Sauvagerie de James G. Ballard (plus quelques une des nouvelles dans
les recueils édités par Tristram; décidément, Ballard est un auteur
fascinant...), Opération Shylock de Philip Roth (toujours aussi bon).
Et je ne parle pas des bandes dessinées que j'ai continué à lire à un rythme
soutenu... Mais voilà, plutôt que de m'astreindre à la discipline que je
comptais suivre au début de ce blog, j'ai eu un passage à vide de bloguisme, ce
qui a conduit à ce long silence que j'interromps aujourd'hui. Car Le choix
de Sophie est un des plus beaux romans que j'aie jamais lu, un texte
époustouflant qui m'a captivé et émerveillé pendant deux semaines où je me suis
plu à dévorer la prose envoûtante de William Styron.
vendredi 5 février 2010
Le choix de Sophie
Par Hurluberlu le vendredi 5 février 2010, 16:44 - livres (re)lus
mercredi 22 juillet 2009
Empire du Soleil
Par Hurluberlu le mercredi 22 juillet 2009, 14:56 - livres (re)lus
Nouvelle plongée dans Ballard après que
j'ai lu Millennium People et Que notre règne
arrive : je viens de terminer son roman autobiographique
Empire du Soleil. Autobiographique car l'histoire de Jim, le
personnage principal —celle d'un enfant livré à lui-même après que les Japonais
se sont emparés de Shanghai et l'ont parqué en compagnie d'autres Européens de
la ville dans un mouroir insalubre faisant office de camp de prisonniers
civils— recoupe de beaucoup l'enfance et de la préadolescence de Ballard qui
connut la même horreur. Roman, car comme le Jacques Vingtras de Jules Vallès,
Jim, quoiqu'il soit le reflet de l'auteur, est aussi un personnage imaginaire
décrit et raconté à la troisième personne du singulier: comme si en
revenant sur cette expérience décisive de sa vie, l'auteur avait besoin d'une
certaine distance littéraire et fictionnelle pour affronter l'origine de ses
propres démons. mardi 30 juin 2009
Livre de Manuel
Par Hurluberlu le mardi 30 juin 2009, 19:03 - livres (re)lus
Honte
à moi, parmi mes innombrables lacunes littéraires il y avait celle de n’avoir
lu aucun Cortàzar; mais heureusement, avec ma récente découverte
du Livre de Manuel, j’ai pu combler cette béance de ma culture
personnelle —qui nonobstant cette dernière lecture réparatrice n’en est pas
moins constellée de vides effrayants. Manuel est le jeune enfant de deux
sud-américains exilés à Paris pour raisons politiques, et grandit ainsi au
milieu d’un petit groupe d’étrangers joyeusement gauchistes, foutraquement
révolutionnaires et clandestinement engagés depuis leurs appartements parisiens
dans la lutte contre les dictatures qui essaimaient en Amérique latine à
l’époque du bouquin —le livre fut publié en 1973 (avant la chute d’Allende), et
son action s’y déroule. Mais revenons à Manuel: dans le joyeux bazar de ce
groupuscule exilé, les adultes ont choisi de lui créer un livre pour qu'une
fois adulte il puisse connaître à quoi ressemblait le monde qui l'entourait à
ses débuts dans la vie, quels étaient les centres d'intérêts de ses parents, et
ce contre quoi il luttaient. Aussi régulièrement dans le livre nous sont
présentées plusieurs coupures de journaux présentant un intérêt pour les
personnages: tous reportent des faits relatifs aux politiques d'Amérique du
Sud.
mardi 23 juin 2009
Engin explosif improvisé
Par Hurluberlu le mardi 23 juin 2009, 14:19 - livres (re)lus
Je n'étais pas né dans les années
70. J'ai donc heureusement échappé à Pompidou et à Giscard (en partie), mais
j'étais resté jusqu'à aujourd'hui absolument ignorant des productions du groupe
Bazooka, qui durant quelques unes de ces années-là avait allègrement bousillé
la maquette de Libé et y avait proposé une série d'expériences
graphiques radicales avant même que la vague punk n'ait pleinement
baigné les côtes françaises. Aujourd'hui deux des membres fondateurs de ce
groupe déjanté —Kiki et Loulou Picasso (aucun rapport avec...)— refont surface
dans les eaux accueillantes de la fort sympathique maison d'édition
L'Association (bénis soient ses fondateurs pour les siècles des siècles, même
si la plupart ont hélas quitté le navire).
mercredi 17 juin 2009
L'attrapeur d'images
Par Hurluberlu le mercredi 17 juin 2009, 15:35 - livres (re)lus
L'attrapeur
d'images est encore un OBDNI [Objet BD Non Identifié, qui ne
correspond pas exactement aux canons du médium quoiqu'il s'y rattache] qui est
récemment venu agrandir ma bibliothèque... Chaque chapitre de cet étrange
objet-livre comprend plusieurs pages, chacune correspondant à une illustration
noir et blanc accompagnée d'une courte légende proto-versifiée... Entre les
chapitres s'intercalent des extraits de gravures tirées des illustrations
originales des œuvres de Jules Verne, quelque fois légèrement modifiées par un
élément apparu au cours du récit illustré. L'histoire est celle de Nemo Lowkat,
, "capteur d'images fixes ou mobiles./ Voyageur ou collectionneur de
fragments écrits ou visuels./ Alchimiste du collage", de ses diverses
rencontres presque oniriques au cours d'errances poétiques à travers le monde
qu'il ne cesse de parcourir avec sa caméra. Nemo Lowkat est donc marqué par une
image d'enfance: une illustration des Tribulations d'un chinois en
chine. Et à la manière des héros de Jules Verne, sa vie est parsemée
d'aventures extraordinaires à travers le globe et les images qu'il enregistre
—la couverture du livre reprend d'ailleurs la maquette des éditions originales
de Jules Verne. Nemo Lowkat est donc un héros vernien, comme l'attestent les
gravures qui parcourent sa biographie... mais pas seulement.
Car L'attrapeur d'images cache un autre récit que celui des
aventures de Lowkat...
dimanche 14 juin 2009
Arbre de fumée
Par Hurluberlu le dimanche 14 juin 2009, 18:59 - livres (re)lus
Arbre de fumée: encore un livre
traduit par Brice Matthieussent, qui en plus d'être un traducteur excellent est
également prolifique (il a entre autres traduit Ripley Bogle, Eureka Street et surtout Jim Harrison;
plus d'informations sur son approche du métier de traducteur dans ce très bel
entretien). Je ne connaissais pas l'auteur Denis Johnson, et pourtant
lorsque le livre est sorti en 2008, dans cette période plutôt nauséeuse que
l'on nomme "rentrée littéraire", je l'ai acheté. Je crois que ce qui m' y a
poussé, c'est le sujet du livre tel qu'annoncé sur la quatrième de couverture:
une fresque ambitieuse sur la guerre du Vietnam, équivalent romanesque des
cinématographiques Voyage au bout de l'enfer (Cimino)
ou Apocalypse
Now (Coppola)... J'avais gardé en outre un excellent souvenir
d'À la vitesse de la
lumière de Javier Cercas, sorti un an auparavant et sur le même
sujet. Mais nonobstant mon vague intérêt pour cette évocation de la guerre du
Vietnam, Arbre
de fumée a longtemps reposé chez moi sur cette irréductible pile de
livre que j'ai en projet d'abaisser quoique sporadiquement je l'entretienne
presque malgré
moi: : celle des livres achetés, pas encore lus, mais que je projette de
lire... Et la pile est plutôt grosse... Pour que je me décide à choisir ce
livre plutôt qu'un autre de cette volumineuse pile, il fallait en fait un
hasard, une idée saugrenue: ce fut finalement celle d'avancer dans un parcours
de lecture crée par la poésie des titres de livre: quoi de mieux, après m'être
informé de L'ombre du vent, que
de poursuivre par un livre évoquant un tout aussi littérairement
mystérieux Arbre de fumée ?... (je pense d'ailleurs
prolonger ce parcours de noms aux déterminations mystérieuses
par La cloche
de détresse de Sylvia Plath).
vendredi 29 mai 2009
L'ombre du vent
Par Hurluberlu le vendredi 29 mai 2009, 17:56 - livres (re)lus
Après m'être intéressé à La pluie avant qu'elle
tombe, j'ai poursuivi mon parcours sinueux autour des mystérieux
phénomènes littéraro-météorologiques en lisant, cette fois-ci, L'ombre du
vent, de Carlos Ruiz Zafon. Mal m'en a pris, car j'ai trouvé le livre
extrêmement mauvais: style plat comme la Hollande, personnages schématiques et
ridicules, manichéisme bébête (au pays de Candy… il y a
des méchants et des gentils), rebondissements rocambolesques,
histoire mâtinée d'un mystère peu captivant doté en sus d'explications
farfelues, révélations ridicules, etc. La liste est longue des carences qui
m'ont sauté aux yeux et fait plus d'une fois soupirer devant les trouvailles
lamentables de l'auteur. S'il fallait n'en retenir qu'une, ce serait clairement
cette écriture passe-partout, sans aucun style ni originalité, toute concentrée
sur la narration sans jamais la moindre prise de risque. Et je préfère ne pas
m'étendre sur ce qui constitue le récit même. Si j'en crois la quatrième de
couverture, l'auteur vient de la littérature jeunesse, et ça se sent
clairement: quoiqu'il semble prétendre s'adresser ici à des adultes, il n'a
rien perdu des trucs simplificateurs de ce type de littérature, où toutes les
ficelles sont bonnes —et, dans le cas présent, hénaurmes— pour accrocher le
lecteur. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai pu terminer le livre sans gros effort,
puisqu'en l'absence d'ambition littéraire, le texte avait au moins pour lui de
chercher une lisibilité optimale... Mais sans aucune nouveauté du côté de
l'écriture, encore moins du côté de l'histoire —très peu convaincante, avec ses
personnages irréalistes et ses révélations saugrenues. Rien pour s'émerveiller
ne serait-ce que le temps d'une page...
Donc, oui ça se lit, mais la lassitude guette vite le lecteur: le texte est absolument sans surprise, plat plat plat, et sans la moindre invention. Je veux bien reconnaître du bout des lèvres que l'auteur sait aligner les phrases de telle sorte que la lecture soit fluide, mais quelle pénibilité que d'avancer en ce monde si peu intriguant, où tout est clairement martelé histoire pour qu'on ne perde jamais le fil d'un récit sans réel intérêt!
L'histoire est celle de Daniel Sempere qui, ayant découvert le livre L'ombre du vent de Julian Carax, enquête sur son auteur mystérieusement disparu, dont les livres se sont fait rarissimes depuis qu'un énigmatique personnage s'est donné comme projet dément de les effacer de la surface de la terre... Or, Daniel étant devenu un admirateur de la prose de Carax, veut sauver son œuvre de l'oubli et essayer de comprendre la malédiction qui semble peser dessus. Et nombreux seront les obstacles sur son chemin...
Si le début de l'œuvre semble lorgner vers le fantastique, puisque les mystères entourant Carax sont mâtinés de phénomènes paranormaux, les explications finales —rationnelles quoique peu vraisemblables— remettront les pendules à l'heure... Tout finit par se rejoindre, les morceaux du puzzle mystérieux composé par l'auteur sont recollés, au prix cependant d'incroyables retournements de situation, de personnages monolithiques et peu crédibles, de dénouements tortueux et de hasardeux compromis. Un livre aussi vite lu qu'il sera oublié...
PS à la personne qui m'a offert ce livre: je suis désolé, mais malgré toute la bonne volonté que j'ai pu mettre dans la lecture de L'ombre du vent, j'en suis vraiment sorti exaspéré...
dimanche 17 mai 2009
La route
Par Hurluberlu le dimanche 17 mai 2009, 15:59 - livres (re)lus
Je viens de
terminer La route, de Cormac McCarthy. Étrangement, j'ai dû m'y
reprendre plusieurs fois avant vraiment d'entrer dans ce texte: le style
lancinant, répétitif et glaçant m'a au début rebuté, et par trois fois j'ai
donc reporté la lecture de l'ouvrage. J'entrai avec difficulté dans un monde
littéraire aride et froid, et ce n'est que lentement que j'ai pu m'acclimater à
cet univers sordide, à ce style épuré pour dire l'extrême noirceur d'une terre
finissante. Nous sommes après une énigmatique apocalypse, et tout n'est plus
que cendre, horreur et dévastation: les rares rescapés du désastre errent sur
la surface de la terre à la recherche d'aliments pour survivre, en essayant
d'éviter de rencontrer leurs semblables, vus non pas comme des frères mais
comme des ennemis potentiels qui pourraient les tuer, et même les manger. Et
dans ce paysage d'éternelle désolation, un père et son jeune enfant avancent
ainsi toujours vers le Sud, pour échapper aux rigueurs de l'hiver et entretenir
une faible lueur d'espoir, celle d'un ailleurs meilleur quand tout autour d'eux
n'est qu'étendue de désespoir et d'horreur. Contraints au mouvement pour éviter
de se laisser vaincre par le froid ou par d'éventuelles mauvaises rencontres,
ils parcourent une route de laideur monotone en cherchant avidement les
quelques éléments qui pourront les aider à survivre.
mardi 12 mai 2009
Le Bannissement
Par Hurluberlu le mardi 12 mai 2009, 20:08 - Films (re)vus
Revu
hier soir Le Bannissement, d'Andreï Zviaguintsev. De l'auteur, j'avais
énormément apprécié Le Retour, son premier film qui pour un coup
d'essai était un coup de maître —il reçut d'ailleurs le Lion d'Or à Venise,
chose exceptionnelle pour un film de débutant. C'était l'histoire de la
confrontation difficile d'un père distant avec ses enfants qu'il avait quitté
dix ans auparavant. On retrouve dans Le Bannissement l'acteur qui
incarnait le père, Konstantin Lavronenko. Et justement, une des questions
majeures du film est celle de la paternité, envisagée sous un angle
métaphysique, voire théologique. Un autre abîme métaphysique qu'ouvre le film
concerne l'amour —le couple du film l'a perdu, peut-il espérer le retrouver?
Autour de ces enjeux très sommairement résumés nous est narré comment une
famille part à la campagne, et le drame qui la déchirera.
"Épure" est le mot qui résume formellement le film: jeu des acteurs froid, dialogues brefs et peu nombreux, décors réduits à leur plus simple expression, scénario d'une simplicité évangélique et d'une profondeur philosophique abyssale. Il est d'autant plus difficile de rendre compte du film que ce qui s'y joue, en raison sans doute de cette épure même, dépasse de beaucoup la parole: derrière ces formes simplifiées à l'extrême, on plonge en fait dans des vertiges métaphysiques dont il est extrêmement ardu de rendre compte. Aussi, en raison de cette difficulté-même, je conseille tout simplement aux lecteurs de se lancer dans ce film subtil, pour tenter de saisir les abîmes complexes dans lesquels il nous plonge... et je m'arrête là.
mardi 5 mai 2009
Le couperet (le livre)
Par Hurluberlu le mardi 5 mai 2009, 16:51 - livres (re)lus
Non, je n'ai
pas vu le film que Costa Gavras a tiré du roman de Westlake. Non, je n'avais
rien lu de Donald Westlake avant ce couperet. Mais oui, je connaissais
le principe du livre, car je n'avais pas échappé lors de la sortie du film aux
résumés de l'intrigue donnés par les critiques ciné. Et c'est justement parce
que je connaissais ce principe que j'ai voulu lire le roman; car avant même de
l'ouvrir , je l'inscrivai d'emblée la liste de ce que j'appelle "mes lectures
anarchoïdes", catégorie un peu fourre-tout où je range en vrac L'œil de Carafa, Les livres de Ballard (celui-ci par exemple),
Glamorama et American
Psycho de Bret Easton Ellis,L'homme-dé, et peut-être même aussi
ce très mauvais roman. Et bien sûr
pleins d'autres que j'oublie. Ces romans, je les appelle "anarchoÏdes" parce
qu'ils racontent la subversion d'un ordre social au profit d'une revendication
politique plutôt radicale. Cela ne fait pas pour autant desdites lectures des
manifestes anarchistes stricto sensu —et c'est pourquoi j'emploie le
néologisme "anarchoïde". Mais elles ont ce point commun de raconter des formes
diverses de renversement d'une société par des moyens extrêmes.
I ❤ Chris Ware
Par Hurluberlu le mardi 5 mai 2009, 14:54
dimanche 19 avril 2009
Bouge pas, meurs et ressuscite
Par Hurluberlu le dimanche 19 avril 2009, 13:55 - Films (re)vus
Revisionnage hier soir de Bouge
pas, meurs et ressuscite, premier film de Vitali Kanevski (1990). En 1947,
sous Staline, en Sibérie, près d’un camp de travail où sont parqués notamment
quelques prisonniers de guerre japonais (mais pas seulement), deux enfants,
l’intrépide garçon Valerka et la fille plus réfléchie Galia, apprennent à
survivre. La force du film semble venir de ses défauts même; ou plutôt de ce
qui dans un certain cinéma serait considéré comme des défauts: les cadrages et
les placements sont souvent approximatifs, on n’a pas une image léchée et
surtravaillée, le scénario est très elliptique. Mais là n’est pas l’essentiel
pour le réalisateur: ce qui compte, ce sont ces deux jeunes personnages
fabuleux de vitalité, d’innocence et d’imprévoyance dans un univers marqué par
la folie des adultes et la dureté des conditions de vie. Cela fait autant de
vie qui explose dans le cadre, autant de vitalité enfantine qui surgit au
mépris d’une construction linéaire et transparente du récit, mais au profit
d’une ravissante liberté de style conforme à l’insouciance enfantine qu’il
dépeint. En arrière-plan cependant, c’est un tableau guère réjouissant de la
Russie de l’après-guerre, des privations et des persécutions qu’elle opère
—tableau qui n’a été rendu possible que par la glasnost
gorbatchevienne sous laquelle le film a pu se monter. On assiste à la folie des
hommes que le régime entend détruire, à la misère quotidienne, aux expédients
employés pour tenter de survivre au milieu d’une pauvreté générale. C’est
plutôt glauque, donc.
Mais au milieu de tout ça, il y a l’enfance, avec ses (grosses) bêtises et ses inventions, face à des adultes plutôt absents —et plutôt durs, sinon fous, dès lors qu’ils sont présents. Valerka, attachante graine de délinquant, et Galia, son amie plus posée, sont joués par deux acteurs fascinants: ils ont un naturel et une présence qui tient littéralement ce film. On s’attache aux personnages bien plus qu’à l’histoire, pleine de trous, de non dits qu’il faut savoir remplir: car ce sont les deux enfants le vrai sujet du film, et le naturel incroyable avec lequel ils jouent a de quoi captiver indépendamment des avancées du scénario. Scénario néanmoins très réussi, puisqu’il n’est jamais lourdement didactique, et qu’il offre un panorama presque documentaire d’une réalité historique longtemps tue dans le régime soviétique.
À ranger dans la série des chefs-d’oeuvres sur l’enfance, aux côtés des 400 coups, de L’enfance nue, de L’enfant sauvage et Allemagne année zéro. Et plein d'autres que j'oublie certainement...
vendredi 17 avril 2009
American Tabloid
Par Hurluberlu le vendredi 17 avril 2009, 19:11 - livres (re)lus
Oui, ce
blog est quelque peu délaissé. Quoique rien ne me le certifie vraiment, j'ose
croire et espérer que je maintiendrai à partir de ce billet un rythme de
publication plus régulier... Une des principales raisons de cet abandon récent
(et que j'espère passager) tenait au fait que pendant quelque temps j'ai un peu
tergiversé quant à mes lectures, rejetant l'un après l'autre quelques pavés
pourtant bien entamés en raison d'un intérêt décroissant au fur et à mesure que
leur lecture avançait. Et pour pallier à cette baisse de régime, un jour je me
suis dit qu'une petite cure de romans policiers ne pourrait me nuire et
remettrait d'aplomb le lecteur las que je commençais à devenir. Bien m'en a
pris, puisqu'ayant commencé le premier des trois policiers achetés, je n'ai
plus décroché de l'écriture haletante et du récit passionnant avant d'avoir
fini les presque huit cents pages: American Tabloid, donc.
De l'auteur James Ellroy, j'avais auparavant lu Le Dahlia Noir, qui m'avait un peu déçu à cause de mon aversion profonde pour les whodunits; cela ne m'avait cependant pas empêché d'apprécier la maîtrise narrative de l'auteur, mais, comme toujours, je restais peu convaincu par l'immanquable résolution. Je n'avais cependant pas banni l'auteur de mes futures lectures pour autant et c'est un peu par hasard que mon choix s'est finalement porté sur American Tabloid: un ami m'en avait certes vanté autrefois les qualités, mais la taille du pavé n'était pas pour encourager le lecteur hésitant que j'étais devenu. Heureusement, le souvenir des recommandations de mon ami emporta ma décision...
lundi 6 avril 2009
En attendant une plus fréquente actualisation...
Par Hurluberlu le lundi 6 avril 2009, 16:02
Oui, oui, je sais, je délaisse ce blog depuis un certain temps. Bon histoire d faire patienter les éventuels lecteurs, voici un rapide montage d'@rretsurimages des vaines gesticulations de notre überprésident, qui nous rappelle que ses promesses n'engagent que ceux qui veulent les croire...
jeudi 19 mars 2009
Q [L'oeil de Carafa]
Par Hurluberlu le jeudi 19 mars 2009, 23:06 - livres (re)lus
Luther Blissett, au
départ, est un obscur joueur de football ayant passé une saison courte et
plutôt ratée au Milan AC avant de sombrer dans l'oubli des épiphénomènes du
sport. Il a seulement laissé un bon souvenir aux tifosi, mot qui dans
la péninsule est souvent synonyme d'"Italiens". Luther Blissett? une étoile
filante, en somme. Restée dans le coeur de quelques irréductibles nostalgiques
d'un temps où Berlusconi n'avait pas encore commencé à envahir la Botte (il
allait racheter le Milan AC peu de temps après le départ dudit Luther Blissett
et commencer la carrière déplorable que l'on sait).
Au début de l'an 1999, Luther Blissett n'est donc plus qu'un souvenir présent dans la tête de quelques supporters doux rêveurs. Mais soudainement le nom de l'éphémère footballeur va connaître une seconde vie: c'est notamment sous ce pseudonyme qu'un groupe de quatre auteurs publie un roman historique mystérieusement intitulé Q. Un cinquième auteur se joindra peu après au collectif, qui change alors de nom et signe désormais Wu Ming —jeu de mot en chinois, puisque selon l'intonation le mot signifie "anonyme" et "cinq noms". De Wu Ming, j'avais lu 54 il y a quelques années —malheureusement, le livre n'a pas encore été traduit en français. C'était passionnant: le roman imaginait qu'en l'an 1954, la CIA cherchait à rallier Tito au camp occidental, profitant de la vacance de l'autorité soviétique après la mort de Staline, et espérant ainsi marquer un point décisif dans la Guerre Froide encore naissante. Pour ce faire, elle pensait faire produire à Hollywood un biopic autour du général yougoslave, et chargeait Cary Grant, pressenti pour le rôle, d'aller rencontrer sa personne. Mais comme rien n'est jamais simple, des supporters de foot bolognais, un téléviseur napolitain et quelques tueurs mafieux allaient compliquer quelque peu ce projet original. Je garde encore aujourd'hui un très agréable souvenir de ce roman, à la fois farfelu, convaincant et réjouissant.
Et récemment, je me suis dit qu'il serait bon que je me plonge dans le premier roman collectif du groupe (et je n'exclus pas non plus de lire leur dernier opus, Manituana, fort alléchant si j'en crois le site officiel). Ce livre de Q, donc. Sans doute pour éviter que le titre ne donne lieu au jeu de mot foireux que je n'ai pu m'empêcher de faire, la traductrice française a préféré intituler le roman L'oeil de Carafa. Choix à mon sens discutable: un pavé résumé en une seule lettre a de quoi intriguer plus fortement le chaland que le nom finalement choisi. Mais passons —surtout que je m'en fiche, j'ai lu le livre en italien...
vendredi 13 février 2009
Alpha
Par Hurluberlu le vendredi 13 février 2009, 22:04 - livres (re)lus
Alpha
…directions est un Objet BD Non Identifié: le livre ne ressemble vraiment
à rien de ce qui se fait en bande dessinée. Ce qui ne l'empêche pas d'être un
projet artistique terriblement ambitieux: premier (gros) volume d'une trilogie
(suivront Beta, puis Gamma), le livre retrace rien moins que
ce qui s'est passé de la naissance de l'Univers jusqu'à l'apparition de
l'homme. 14 milliards d'années racontés en 350 pages, ce qui fait une moyenne
de 40 millions d'années par page, et 7 millions d'années par case. Mais on
parcourt cette cosmogonie en bande dessinée avec un grand plaisir esthétique:
d'abord parce l'auteur dessine incroyablement bien; ensuite, parce que
Alpha ne se contente pas de proposer une vulgarisation scientifique en
cases: c'est surtout un projet artistique monstrueux, non seulement par
l'ampleur du sujet, mais surtout parce que les vignettes des différents stades
de l'évolution —de l'univers,de notre planète, et des différents êtres qui la
peupleront— sont toujours juxtaposées à diverses œuvres d'art —appartenant à un
très large éventail qui va de La Naissance
de Venus de Botticelli à la Mouche
de Trondheim en passant par
la
grande vague de Kanagawa d'Hokusai. En
superposant ainsi au récit de notre Terre différentes représentations visuelles
des mystères de la nature l'auteur questionne les vertiges métaphysique de
l'infiniment grand et de l'infiniment petit, le mystère de l'apparition de la
vie, la misère de notre finitude au sein d'un vaste univers où nous ne sommes
que poussière. Les textes ne racontant que l'histoire de notre monde, c'est
uniquement à travers les images et leur superposition qu'il fait surgir ces
questionnements.
mardi 10 février 2009
Glamorama
Par Hurluberlu le mardi 10 février 2009, 15:42 - livres (re)lus
J'avais
découvert Bret Easton Ellis avec American Psycho, roman dans lequel il
prenait pour personnage principal un exemple de réussite sociale selon les
critères contemporains où le paraître l'emporte sur l'être, où la marque est
plus importante que la personne, où l'argent exhibé est le seul critère
d'appréciation: bref, un golden boy de Wall Street dans les années
1980 nommé Patrick Bateman. Et il imaginait que derrière cette façade chic en
toc se dissimulait un horrible et sadique serial killer. Ou comment
relier la vacuité du succès mondain et l'abjection morale en un même
personnage, et dans un roman qui proposait à la fois une froide description de
l'horreur post-moderne et une écriture de plus en plus délirante pour rendre la
folie de l'époque et du yuppie qui l'incarne. American Psycho
m'ayant séduit, je décidai ensuite de lire le tout premier roman de l'auteur,
Moins que zéro, où, quoique je reconnusse son talent stylistique, je
fus déçu, car le récit m'apparaissait aussi vain que les personnages dont il
entendait pourtant dénoncer l'insondable vacuité. Et puis, au hasard d'une
habituelle flânerie dans une librairie, je n'ai pu céder à la soudaine
tentation d'acheter Glamorama (alors que j'ai une liste ultra-longue
de livres à lire et que c'est pas très malin de l'allonger encore). Et je l'ai
dévoré...
jeudi 5 février 2009
Vertiges
Par Hurluberlu le jeudi 5 février 2009, 14:10 - livres (re)lus
C'est grâce à
Enrique Vila Matas que j'ai découvert W. G. Sebald —je me rends compte
d'ailleurs que j'ai fait une trop courte recension de ma lecture du
mal de Montano, alors
que des mois après j'en garde le souvenir d'un livre fondamental pour dire ce
qu'est la littérature. J'ai commencé par lire Les émigrants, puis j'ai dévoré
Les anneaux de
Saturne. Sebald m'est apparu comme une valeur sûre pour moi, un peu
comme peuvent l'être aussi Modiano ou Jonathan Coe (bien que malheureusement il
ait moins publié qu'eux): je ne sors jamais déçu de la lecture de leur prose.
C'est donc certain de passer un agréable moment en compagnie d'un auteur aimé
que je me suis lancé dans Vertiges... Et bizarrement, j'ai fini par
traîner cette lecture comme un boulet, comme si c'était une tâche ingrate que,
pour je ne saurais dire quelles raisons, je voulais mener à son terme. Et c'est
péniblement que j'ai donc achevé cette lecture, ayant perdu tout intérêt pour
les récits de Sebald qui dans les précédents livres avaient pourtant emporté ma
complète adhésion de lecteur fasciné. Pourquoi ce soudain changement vis-à-vis
de la prose de l'auteur? Je ne saurais dire si ma déception et mon désintérêt
pour le livre sont liés à des défauts du livre ou à ma seule attitude de
lecteur —peut-être suis-je dans une phase de pause vis-à-vis de la lecture et
les Vertiges de Sebald auront fait les frais de cet arrêt momentané
lié à des circonstances que je ne saurais préciser plus avant.
dimanche 25 janvier 2009
La pluie, avant qu'elle tombe
Par Hurluberlu le dimanche 25 janvier 2009, 12:40 - livres (re)lus
J'aime beaucoup les romans de
Jonathan Coe. J'ai découvert l'auteur avec Testament à l'anglaise, et
depuis j'ai lu quasiment tous ses livres (il me reste encore à lire La
femme de hasard) Si je suis plutôt reservé quant à Une touche
d'amour et Les nains de la mort qui ne m'ont pas laissé un grand
souvenir, je tiens La maison du sommeil et Testament à
l'anglaise pour des chefs-d'œuvres, qui m'ont procuré de très grands
plaisirs de lecture. Son dernier diptyque —Bienvenue au club et Le
cercle fermé— était peut-être un cran au-dessous, mais j'ai tout de même
dévoré avidement les deux pavés, qui restent également d'agréables souvenirs.
Et, comme cela avait été le cas avec pour son précédent Cercle fermé
que j'avais lu dès sa sortie ou peu s'en faut (grâce à un ami qui me l'avait
gentiment offert), c'est dès qu'il est sorti que je me suis lancé dans la
lecture de son dernier roman, intitulé La pluie, avant qu'elle tombe.
Que j'ai dévoré presque aussi vite que les précédents livres.
mercredi 14 janvier 2009
La vie secrète de E. Robert Pendleton
Par Hurluberlu le mercredi 14 janvier 2009, 16:54 - livres (re)lus
J'ai du mal à adhérer
entièrement au genre du whodunit, car je sors toujours déçu du moment
où le coupable est enfin démasqué: ses mobiles me paraissent toujours
dérisoires, sa découverte futile, l'explication peu convaincante. Et pourtant
je continue à lire des whodunit en espérant à chaque lecture ne pas
sortir déçu par la révélation finale. Vain espoir: si bon que puisse être le
livre (par exemple celui-ci), lorsque l'énigme
est résolue je trouve l'explication toujours douteuse. Et ça n'a donc pas raté
avec cette Vie secrète de E. Robert Pendleton (titre moins beau que
l'original Death of a Writer), auquel pourtant je reconnais
d'indéniables qualités: la découverte ultime du coupable me semble minable par
rapport aux problématiques plus larges abordées dans ce bouquin.
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