Propos d'un hurluberlu

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vendredi 5 février 2010

Le choix de Sophie

Le choix de SophieOui, ce blog est plus que moribond, mais quoique je n'aie pas fait de mises à jour depuis, oh, trop longtemps, je me refuse à le voir disparaître définitivement. Ce billet se veut donc le début d'une résurrection, avec l'espoir que les mises à jour reviennent et qu'il ne se passe pas une semaine sans au moins un billet (voire deux, mais ne rêvons pas trop fort). De fait, même si je n'en ai pas rendu compte, j'ai bien sûr continué mes lectures —avec néanmoins un long mois pendant lequel je n'ai rien lu. J'aurais bien dû m'imposer la règle de retranscrire mes impressions de lecture, mais à force de procrastiner, je n'ai finalement rien écrit. Pourtant ce ne sont pas les sujets qui manquent! Depuis mon dernier et lointain post sur L'Empire du soleil, j'ai lu quand même: bartleby et compagnie de Enrique Vila-Matas (remarquable), Shutter Island de Dennis Lehane, Austerlitz de W.G. Sebald (un excellent cru, aussi beau que Les anneaux de Saturne), Ada ou l'Ardeur de Vladimir Nabokov (douce et sensuelle rêverie amoureuse et incestueuse), Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano (admirable), Le livre de sable de Jorge Luis Borges (j'ai préféré Fictions, mais ce recueil reste une merveille), Sauvagerie de James G. Ballard (plus quelques une des nouvelles dans les recueils édités par Tristram; décidément, Ballard est un auteur fascinant...), Opération Shylock de Philip Roth (toujours aussi bon). Et je ne parle pas des bandes dessinées que j'ai continué à lire à un rythme soutenu... Mais voilà, plutôt que de m'astreindre à la discipline que je comptais suivre au début de ce blog, j'ai eu un passage à vide de bloguisme, ce qui a conduit à ce long silence que j'interromps aujourd'hui. Car Le choix de Sophie est un des plus beaux romans que j'aie jamais lu, un texte époustouflant qui m'a captivé et émerveillé pendant deux semaines où je me suis plu à dévorer la prose envoûtante de William Styron.

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mercredi 22 juillet 2009

Empire du Soleil

Nouvelle plongée dans Ballard après que j'ai lu Millennium People et Que notre règne arrive : je viens de terminer son roman autobiographique Empire du Soleil. Autobiographique car l'histoire de Jim, le personnage principal —celle d'un enfant livré à lui-même après que les Japonais se sont emparés de Shanghai et l'ont parqué en compagnie d'autres Européens de la ville dans un mouroir insalubre faisant office de camp de prisonniers civils— recoupe de beaucoup l'enfance et de la préadolescence de Ballard qui connut la même horreur. Roman, car comme le Jacques Vingtras de Jules Vallès, Jim, quoiqu'il soit le reflet de l'auteur, est aussi un personnage imaginaire décrit et raconté à la troisième personne du singulier: comme si  en revenant sur cette expérience décisive de sa vie, l'auteur avait besoin d'une certaine distance littéraire et fictionnelle pour affronter l'origine de ses propres démons. 

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mardi 30 juin 2009

Livre de Manuel

Honte à moi, parmi mes innombrables lacunes littéraires il y avait celle de n’avoir lu aucun Cortàzar; mais heureusement, avec ma récente découverte du Livre de Manuel, j’ai pu combler cette béance de ma culture personnelle —qui nonobstant cette dernière lecture réparatrice n’en est pas moins constellée de vides effrayants. Manuel est le jeune enfant de deux sud-américains exilés à Paris pour raisons politiques, et grandit ainsi au milieu d’un petit groupe d’étrangers joyeusement gauchistes, foutraquement révolutionnaires et clandestinement engagés depuis leurs appartements parisiens dans la lutte contre les dictatures qui essaimaient en Amérique latine à l’époque du bouquin —le livre fut publié en 1973 (avant la chute d’Allende), et son action s’y déroule. Mais revenons à Manuel: dans le joyeux bazar de ce groupuscule exilé, les adultes ont choisi de lui créer un livre pour qu'une fois adulte il puisse connaître à quoi ressemblait le monde qui l'entourait à ses débuts dans la vie, quels étaient les centres d'intérêts de ses parents, et ce contre quoi il luttaient. Aussi régulièrement dans le livre nous sont présentées plusieurs coupures de journaux présentant un intérêt pour les personnages: tous reportent des faits relatifs aux politiques d'Amérique du Sud. 

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mardi 23 juin 2009

Engin explosif improvisé

Je n'étais pas né dans les années 70. J'ai donc heureusement échappé à Pompidou et à Giscard (en partie), mais j'étais resté jusqu'à aujourd'hui absolument ignorant des productions du groupe Bazooka, qui durant quelques unes de ces années-là avait allègrement bousillé la maquette de Libé et y avait proposé une série d'expériences graphiques radicales avant même que la vague punk n'ait pleinement baigné les côtes françaises. Aujourd'hui deux des membres fondateurs de ce groupe déjanté —Kiki et Loulou Picasso (aucun rapport avec...)— refont surface dans les eaux accueillantes de la fort sympathique maison d'édition L'Association (bénis soient ses fondateurs pour les siècles des siècles, même si la plupart ont hélas quitté le navire). 

Cet Engin explosif improvisé se présente comme la commande par un obscur Office Central des Inégalités d'une étude de l'influence du mystérieux groupe nommé la Fraternité des précaires. Le livre comporte en fait plusieurs images d'actualité retravaillées graphiquement et coupées de leur contexte, agrémentées en revanche de courts textes poétiques et de slogans évoquant les actions et pensées du mystérieux groupe susnommé. Le livre porte bien son titre car c'est en effet une explosion graphique et poétique qui surprend le lecteur, voire le déstabilise, et une subversion radicale des images du flux de l'actualité — on retrouve par exemple Chantal Sébire ou Josef Fritzl— arrêtées ici par l'art des deux auteurs qui nous invitent ainsi à les interroger à l'aune de la critique radicale de présent en crise et d'une enfance considérée comme porteuse d'un avenir anarchiste où régneraient enfin les idéaux rageurs de la Fraternité des précaires... De fait, les enfants représentés dans leurs activités puériles deviennent sous la plume et le pinceau de Kiki & Loulou Picasso de possibles Volontaires —c'est ainsi que se nomment les membres de la Fraternité des précaires— pour une réaction aux horreurs de notre temps. L'amorce d'un futur radicalement recomposé. Revoir le présent à l'aune de notre envie de l'éradiquer, espérer un futur fraternel, croire en la poésie du désordre. Et surtout, face à cet ouvrage déstabilisant —sa forme originale en effet ne ressemble à rien de connu, tout en nous incitant à l'évasion— se laisser porter par l'énigme de ces associations, de ces rimes, de ces traits. 
D'une certaine façon, on peut lire ce livre inclassable comme le pendant graphico-poétique de L'Insurrection qui vient (disponible ici en pdf): la même rage les habite, quoique la Fraternité des précaires ne revendique aucune ligne politique claire tout en défendant l'idée d'une opposition totale à l'ordre établi. Il s'agit surtout d'une expérience graphique étonnante, qui garde un doux mystère même après de nombreuses relectures. L'œuvre interrogeant le présent à coup de litanies poétiques et enfantines reste énigmatique et intriguante, sorte de cocktail molotov d'images et de mots dont aime contempler les flammes de subversion. 
Par ailleurs, en annexe de ce travail contemporain, l'éditeur et les auteurs ont eu la bonne idée de reproduire la série Les Animaux Malades, que le groupe Bazooka publia dans Libé du 31 octobre 1977 au 30 janvier 1978. Une relecture des actualités tout aussi détonnante, poétique et énigmatique...
Pour en savoir plus: entretien avec Kiki Picasso sur le site article XI; le site de Kiki et Loulou Picasso. 

mercredi 17 juin 2009

L'attrapeur d'images

L'attrapeur d'images est encore un OBDNI [Objet BD Non Identifié, qui ne correspond pas exactement aux canons du médium quoiqu'il s'y rattache] qui est récemment venu agrandir ma bibliothèque... Chaque chapitre de cet étrange objet-livre comprend plusieurs pages, chacune correspondant à une illustration noir et blanc accompagnée d'une courte légende proto-versifiée... Entre les chapitres s'intercalent des extraits de gravures tirées des illustrations originales des œuvres de Jules Verne, quelque fois légèrement modifiées par un élément apparu au cours du récit illustré. L'histoire est celle de Nemo Lowkat, , "capteur d'images fixes ou mobiles./ Voyageur ou collectionneur de fragments écrits ou visuels./ Alchimiste du collage", de ses diverses rencontres presque oniriques au cours d'errances poétiques à travers le monde qu'il ne cesse de parcourir avec sa caméra. Nemo Lowkat est donc marqué par une image d'enfance: une illustration des Tribulations d'un chinois en chine. Et à la manière des héros de Jules Verne, sa vie est parsemée d'aventures extraordinaires à travers le globe et les images qu'il enregistre —la couverture du livre reprend d'ailleurs la maquette des éditions originales de Jules Verne. Nemo Lowkat est donc un héros vernien, comme l'attestent les gravures qui parcourent sa biographie... mais pas seulement. Car L'attrapeur d'images cache un autre récit que celui des aventures de Lowkat...

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dimanche 14 juin 2009

Arbre de fumée

Arbre de fumée: encore un livre traduit par Brice Matthieussent, qui en plus d'être un traducteur excellent est également prolifique (il a entre autres traduit  Ripley BogleEureka Street et surtout Jim Harrison; plus d'informations sur son approche du métier de traducteur dans ce très bel entretien). Je ne connaissais pas l'auteur Denis Johnson, et pourtant lorsque le livre est sorti en 2008, dans cette période plutôt nauséeuse que l'on nomme "rentrée littéraire", je l'ai acheté. Je crois que ce qui m' y a poussé, c'est le sujet du livre tel qu'annoncé sur la quatrième de couverture: une fresque ambitieuse sur la guerre du Vietnam, équivalent romanesque des cinématographiques Voyage au bout de l'enfer (Cimino) ou Apocalypse Now (Coppola)... J'avais gardé en outre un excellent souvenir d'À la vitesse de la lumière de Javier Cercas, sorti un an auparavant et sur le même sujet. Mais nonobstant mon vague intérêt pour cette évocation de la guerre du Vietnam, Arbre de fumée a longtemps reposé chez moi sur cette irréductible pile de livre que j'ai en projet d'abaisser quoique sporadiquement je l'entretienne presque malgré moi: : celle des livres achetés, pas encore lus, mais que je projette de lire... Et la pile est plutôt grosse... Pour que je me décide à choisir ce livre plutôt qu'un autre de cette volumineuse pile, il fallait en fait un hasard, une idée saugrenue: ce fut finalement celle d'avancer dans un parcours de lecture crée par la poésie des titres de livre: quoi de mieux, après m'être informé de L'ombre du vent, que de poursuivre par un livre évoquant un tout aussi littérairement mystérieux Arbre de fumée ?... (je pense d'ailleurs prolonger ce parcours de noms aux déterminations mystérieuses par La cloche de détresse de Sylvia Plath). 


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vendredi 29 mai 2009

L'ombre du vent

Après m'être intéressé à La pluie avant qu'elle tombe, j'ai poursuivi mon parcours sinueux autour des mystérieux phénomènes littéraro-météorologiques en lisant, cette fois-ci, L'ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafon. Mal m'en a pris, car j'ai trouvé le livre extrêmement mauvais: style plat comme la Hollande, personnages schématiques et ridicules, manichéisme bébête (au pays de Candy… il y a des méchants et des gentils), rebondissements rocambolesques, histoire mâtinée d'un mystère peu captivant doté en sus d'explications farfelues, révélations ridicules, etc. La liste est longue des carences qui m'ont sauté aux yeux et fait plus d'une fois soupirer devant les trouvailles lamentables de l'auteur. S'il fallait n'en retenir qu'une, ce serait clairement cette écriture passe-partout, sans aucun style ni originalité, toute concentrée sur la narration sans jamais la moindre prise de risque. Et je préfère ne pas m'étendre sur ce qui constitue le récit même. Si j'en crois la quatrième de couverture, l'auteur vient de la littérature jeunesse, et ça se sent clairement: quoiqu'il semble prétendre s'adresser ici à des adultes, il n'a rien perdu des trucs simplificateurs de ce type de littérature, où toutes les ficelles sont bonnes —et, dans le cas présent, hénaurmes— pour accrocher le lecteur. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai pu terminer le livre sans gros effort, puisqu'en l'absence d'ambition littéraire, le texte avait au moins pour lui de chercher une lisibilité optimale... Mais sans aucune nouveauté du côté de l'écriture, encore moins du côté de l'histoire —très peu convaincante, avec ses personnages irréalistes et ses révélations saugrenues. Rien pour s'émerveiller ne serait-ce que le temps d'une page...

Donc, oui ça se lit, mais la lassitude guette vite le lecteur: le texte est absolument sans surprise, plat plat plat, et sans la moindre invention. Je veux bien reconnaître du bout des lèvres que l'auteur sait aligner les phrases de telle sorte que la lecture soit fluide, mais quelle pénibilité que d'avancer en ce monde si peu intriguant, où tout est clairement martelé histoire pour qu'on ne perde jamais le fil d'un récit sans réel intérêt! 

L'histoire est celle de Daniel Sempere qui, ayant découvert le livre L'ombre du vent de Julian Carax, enquête sur son auteur mystérieusement disparu, dont les livres se sont fait rarissimes depuis qu'un énigmatique personnage s'est donné comme projet dément de les effacer de la surface de la terre... Or, Daniel étant devenu un admirateur de la prose de Carax, veut sauver son œuvre de l'oubli et essayer de comprendre la malédiction qui semble peser dessus. Et nombreux seront les obstacles sur son chemin...

Si le début de l'œuvre semble lorgner vers le fantastique, puisque les mystères entourant Carax sont mâtinés de phénomènes paranormaux, les explications finales  —rationnelles quoique peu vraisemblables— remettront les pendules à l'heure... Tout finit par se rejoindre, les morceaux du puzzle mystérieux composé par l'auteur sont recollés, au prix cependant d'incroyables retournements de situation, de personnages monolithiques et peu crédibles, de dénouements tortueux et de hasardeux compromis. Un livre aussi vite lu qu'il sera oublié...

PS à la personne qui m'a offert ce livre: je suis désolé, mais malgré toute la bonne volonté que j'ai pu mettre dans la lecture de L'ombre du vent, j'en suis vraiment sorti exaspéré... 

dimanche 17 mai 2009

La route

La routeJe viens de terminer La route, de Cormac McCarthy. Étrangement, j'ai dû m'y reprendre plusieurs fois avant vraiment d'entrer dans ce texte: le style lancinant, répétitif et glaçant m'a au début rebuté, et par trois fois j'ai donc reporté la lecture de l'ouvrage. J'entrai avec difficulté dans un monde littéraire aride et froid, et ce n'est que lentement que j'ai pu m'acclimater à cet univers sordide, à ce style épuré pour dire l'extrême noirceur d'une terre finissante. Nous sommes après une énigmatique apocalypse, et tout n'est plus que cendre, horreur et dévastation: les rares rescapés du désastre errent sur la surface de la terre à la recherche d'aliments pour survivre, en essayant d'éviter de rencontrer leurs semblables, vus non pas comme des frères mais comme des ennemis potentiels qui pourraient les tuer, et même les manger. Et dans ce paysage d'éternelle désolation, un père et son jeune enfant avancent ainsi toujours vers le Sud, pour échapper aux rigueurs de l'hiver et entretenir une faible lueur d'espoir, celle d'un ailleurs meilleur quand tout autour d'eux n'est qu'étendue de désespoir et d'horreur. Contraints au mouvement pour éviter de se laisser vaincre par le froid ou par d'éventuelles mauvaises rencontres, ils parcourent une route de laideur monotone en cherchant avidement les quelques éléments qui pourront les aider à survivre.

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mardi 5 mai 2009

Le couperet (le livre)

Le couperetNon, je n'ai pas vu le film que Costa Gavras a tiré du roman de Westlake. Non, je n'avais rien lu de Donald Westlake avant ce couperet. Mais oui, je connaissais le principe du livre, car je n'avais pas échappé lors de la sortie du film aux résumés de l'intrigue donnés par les critiques ciné. Et c'est justement parce que je connaissais ce principe que j'ai voulu lire le roman; car avant même de l'ouvrir , je l'inscrivai d'emblée la liste de ce que j'appelle "mes lectures anarchoïdes", catégorie un peu fourre-tout où je range en vrac L'œil de Carafa, Les livres de Ballard (celui-ci par exemple), Glamorama et American Psycho de Bret Easton Ellis,L'homme-dé, et peut-être même aussi ce très mauvais roman. Et bien sûr pleins d'autres que j'oublie. Ces romans, je les appelle "anarchoÏdes" parce qu'ils racontent la subversion d'un ordre social au profit d'une revendication politique plutôt radicale. Cela ne fait pas pour autant desdites lectures des manifestes anarchistes stricto sensu —et c'est pourquoi j'emploie le néologisme "anarchoïde". Mais elles ont ce point commun de raconter des formes diverses de renversement d'une société par des moyens extrêmes.

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vendredi 17 avril 2009

American Tabloid

American TabloidOui, ce blog est quelque peu délaissé. Quoique rien ne me le certifie vraiment, j'ose croire et espérer que je maintiendrai à partir de ce billet un rythme de publication plus régulier... Une des principales raisons de cet abandon récent (et que j'espère passager) tenait au fait que pendant quelque temps j'ai un peu tergiversé quant à mes lectures, rejetant l'un après l'autre quelques pavés pourtant bien entamés en raison d'un intérêt décroissant au fur et à mesure que leur lecture avançait. Et pour pallier à cette baisse de régime, un jour je me suis dit qu'une petite cure de romans policiers ne pourrait me nuire et remettrait d'aplomb le lecteur las que je commençais à devenir. Bien m'en a pris, puisqu'ayant commencé le premier des trois policiers achetés, je n'ai plus décroché de l'écriture haletante et du récit passionnant avant d'avoir fini les presque huit cents pages: American Tabloid, donc.

De l'auteur James Ellroy, j'avais auparavant lu Le Dahlia Noir, qui m'avait un peu déçu à cause de mon aversion profonde pour les whodunits; cela ne m'avait cependant pas empêché d'apprécier la maîtrise narrative de l'auteur, mais, comme toujours, je restais peu convaincu par l'immanquable résolution. Je n'avais cependant pas banni l'auteur de mes futures lectures pour autant et c'est un peu par hasard que mon choix s'est finalement porté sur American Tabloid: un ami m'en avait certes vanté autrefois les qualités, mais la taille du pavé n'était pas pour encourager le lecteur hésitant que j'étais devenu. Heureusement, le souvenir des recommandations de mon ami emporta ma décision...

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jeudi 19 mars 2009

Q [L'oeil de Carafa]

QLuther Blissett, au départ, est un obscur joueur de football ayant passé une saison courte et plutôt ratée au Milan AC avant de sombrer dans l'oubli des épiphénomènes du sport. Il a seulement laissé un bon souvenir aux tifosi, mot qui dans la péninsule est souvent synonyme d'"Italiens". Luther Blissett? une étoile filante, en somme. Restée dans le coeur de quelques irréductibles nostalgiques d'un temps où Berlusconi n'avait pas encore commencé à envahir la Botte (il allait racheter le Milan AC peu de temps après le départ dudit Luther Blissett et commencer la carrière déplorable que l'on sait).

Au début de l'an 1999, Luther Blissett n'est donc plus qu'un souvenir présent dans la tête de quelques supporters doux rêveurs. Mais soudainement le nom de l'éphémère footballeur va connaître une seconde vie: c'est notamment sous ce pseudonyme qu'un groupe de quatre auteurs publie un roman historique mystérieusement intitulé Q. Un cinquième auteur se joindra peu après au collectif, qui change alors de nom et signe désormais Wu Ming —jeu de mot en chinois, puisque selon l'intonation le mot signifie "anonyme" et "cinq noms". De Wu Ming, j'avais lu 54 il y a quelques années —malheureusement, le livre n'a pas encore été traduit en français. C'était passionnant: le roman imaginait qu'en l'an 1954, la CIA cherchait à rallier Tito au camp occidental, profitant de la vacance de l'autorité soviétique après la mort de Staline, et espérant ainsi marquer un point décisif dans la Guerre Froide encore naissante. Pour ce faire, elle pensait faire produire à Hollywood un biopic autour du général yougoslave, et chargeait Cary Grant, pressenti pour le rôle, d'aller rencontrer sa personne. Mais comme rien n'est jamais simple, des supporters de foot bolognais, un téléviseur napolitain et quelques tueurs mafieux allaient compliquer quelque peu ce projet original. Je garde encore aujourd'hui un très agréable souvenir de ce roman, à la fois farfelu, convaincant et réjouissant.

Et récemment, je me suis dit qu'il serait bon que je me plonge dans le premier roman collectif du groupe (et je n'exclus pas non plus de lire leur dernier opus, Manituana, fort alléchant si j'en crois le site officiel). Ce livre de Q, donc. Sans doute pour éviter que le titre ne donne lieu au jeu de mot foireux que je n'ai pu m'empêcher de faire, la traductrice française a préféré intituler le roman L'oeil de Carafa. Choix à mon sens discutable: un pavé résumé en une seule lettre a de quoi intriguer plus fortement le chaland que le nom finalement choisi. Mais passons —surtout que je m'en fiche, j'ai lu le livre en italien...

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vendredi 13 février 2009

Alpha

AlphaAlpha …directions est un Objet BD Non Identifié: le livre ne ressemble vraiment à rien de ce qui se fait en bande dessinée. Ce qui ne l'empêche pas d'être un projet artistique terriblement ambitieux: premier (gros) volume d'une trilogie (suivront Beta, puis Gamma), le livre retrace rien moins que ce qui s'est passé de la naissance de l'Univers jusqu'à l'apparition de l'homme. 14 milliards d'années racontés en 350 pages, ce qui fait une moyenne de 40 millions d'années par page, et 7 millions d'années par case. Mais on parcourt cette cosmogonie en bande dessinée avec un grand plaisir esthétique: d'abord parce l'auteur dessine incroyablement bien; ensuite, parce que Alpha ne se contente pas de proposer une vulgarisation scientifique en cases: c'est surtout un projet artistique monstrueux, non seulement par l'ampleur du sujet, mais surtout parce que les vignettes des différents stades de l'évolution —de l'univers,de notre planète, et des différents êtres qui la peupleront— sont toujours juxtaposées à diverses œuvres d'art —appartenant à un très large éventail qui va de La Naissance de Venus de Botticelli à la Mouche de Trondheim en passant par la grande vague de Kanagawa d'Hokusai. En superposant ainsi au récit de notre Terre différentes représentations visuelles des mystères de la nature l'auteur questionne les vertiges métaphysique de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, le mystère de l'apparition de la vie, la misère de notre finitude au sein d'un vaste univers où nous ne sommes que poussière. Les textes ne racontant que l'histoire de notre monde, c'est uniquement à travers les images et leur superposition qu'il fait surgir ces questionnements.

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mardi 10 février 2009

Glamorama

GlamoramaJ'avais découvert Bret Easton Ellis avec American Psycho, roman dans lequel il prenait pour personnage principal un exemple de réussite sociale selon les critères contemporains où le paraître l'emporte sur l'être, où la marque est plus importante que la personne, où l'argent exhibé est le seul critère d'appréciation: bref, un golden boy de Wall Street dans les années 1980 nommé Patrick Bateman. Et il imaginait que derrière cette façade chic en toc se dissimulait un horrible et sadique serial killer. Ou comment relier la vacuité du succès mondain et l'abjection morale en un même personnage, et dans un roman qui proposait à la fois une froide description de l'horreur post-moderne et une écriture de plus en plus délirante pour rendre la folie de l'époque et du yuppie qui l'incarne. American Psycho m'ayant séduit, je décidai ensuite de lire le tout premier roman de l'auteur, Moins que zéro, où, quoique je reconnusse son talent stylistique, je fus déçu, car le récit m'apparaissait aussi vain que les personnages dont il entendait pourtant dénoncer l'insondable vacuité. Et puis, au hasard d'une habituelle flânerie dans une librairie, je n'ai pu céder à la soudaine tentation d'acheter Glamorama (alors que j'ai une liste ultra-longue de livres à lire et que c'est pas très malin de l'allonger encore). Et je l'ai dévoré...

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jeudi 5 février 2009

Vertiges

VertigesC'est grâce à Enrique Vila Matas que j'ai découvert W. G. Sebald —je me rends compte d'ailleurs que j'ai fait une trop courte recension de ma lecture du mal de Montano, alors que des mois après j'en garde le souvenir d'un livre fondamental pour dire ce qu'est la littérature. J'ai commencé par lire Les émigrants, puis j'ai dévoré Les anneaux de Saturne. Sebald m'est apparu comme une valeur sûre pour moi, un peu comme peuvent l'être aussi Modiano ou Jonathan Coe (bien que malheureusement il ait moins publié qu'eux): je ne sors jamais déçu de la lecture de leur prose. C'est donc certain de passer un agréable moment en compagnie d'un auteur aimé que je me suis lancé dans Vertiges... Et bizarrement, j'ai fini par traîner cette lecture comme un boulet, comme si c'était une tâche ingrate que, pour je ne saurais dire quelles raisons, je voulais mener à son terme. Et c'est péniblement que j'ai donc achevé cette lecture, ayant perdu tout intérêt pour les récits de Sebald qui dans les précédents livres avaient pourtant emporté ma complète adhésion de lecteur fasciné. Pourquoi ce soudain changement vis-à-vis de la prose de l'auteur? Je ne saurais dire si ma déception et mon désintérêt pour le livre sont liés à des défauts du livre ou à ma seule attitude de lecteur —peut-être suis-je dans une phase de pause vis-à-vis de la lecture et les Vertiges de Sebald auront fait les frais de cet arrêt momentané lié à des circonstances que je ne saurais préciser plus avant.

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dimanche 25 janvier 2009

La pluie, avant qu'elle tombe

La pluie, avant qu'elle tombeJ'aime beaucoup les romans de Jonathan Coe. J'ai découvert l'auteur avec Testament à l'anglaise, et depuis j'ai lu quasiment tous ses livres (il me reste encore à lire La femme de hasard) Si je suis plutôt reservé quant à Une touche d'amour et Les nains de la mort qui ne m'ont pas laissé un grand souvenir, je tiens La maison du sommeil et Testament à l'anglaise pour des chefs-d'œuvres, qui m'ont procuré de très grands plaisirs de lecture. Son dernier diptyque —Bienvenue au club et Le cercle fermé— était peut-être un cran au-dessous, mais j'ai tout de même dévoré avidement les deux pavés, qui restent également d'agréables souvenirs. Et, comme cela avait été le cas avec pour son précédent Cercle fermé que j'avais lu dès sa sortie ou peu s'en faut (grâce à un ami qui me l'avait gentiment offert), c'est dès qu'il est sorti que je me suis lancé dans la lecture de son dernier roman, intitulé La pluie, avant qu'elle tombe. Que j'ai dévoré presque aussi vite que les précédents livres.

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mercredi 14 janvier 2009

La vie secrète de E. Robert Pendleton

La vie secrète de E. Robert PendletonJ'ai du mal à adhérer entièrement au genre du whodunit, car je sors toujours déçu du moment où le coupable est enfin démasqué: ses mobiles me paraissent toujours dérisoires, sa découverte futile, l'explication peu convaincante. Et pourtant je continue à lire des whodunit en espérant à chaque lecture ne pas sortir déçu par la révélation finale. Vain espoir: si bon que puisse être le livre (par exemple celui-ci), lorsque l'énigme est résolue je trouve l'explication toujours douteuse. Et ça n'a donc pas raté avec cette Vie secrète de E. Robert Pendleton (titre moins beau que l'original Death of a Writer), auquel pourtant je reconnais d'indéniables qualités: la découverte ultime du coupable me semble minable par rapport aux problématiques plus larges abordées dans ce bouquin.

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dimanche 11 janvier 2009

Ripley Bogle

Ripley BogleRipley Bogle est le premier roman de Robert McLiam Wilson, un auteur que je connais bien, puisque de lui j'ai déjà lu Les dépossédés (magnifique reportage sur les laissés-pour-compte de l'Angleterre thatchérienne) et Eureka Street qui m'avait fortement réjoui. J'ai donc comblé à rebours mon ignorance de l'oeuvre de l'auteur avec cette dernière lecture qui fut pourtant sa première œuvre. Et j'ai éprouvé une vraie jubilation à la lecture, tant l'auteur joue avec brio avec la langue, jongle de mot en phrase et du présent au passé avec une verve envoûtante (et bravo à Brice Matthieussent, qui est aussi le traducteur talentueux du non moins intéressant Jim Harrison, et qui rend parfaitement en français le style et le rythme endiablés du roman). C'est un plaisir de lecture et j'ai donc dévoré le livre avide de découvrir quelles nouvelles facettes de l'histoire et du caractère du personnage éponyme allaient apparaître à chaque page tournée.

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samedi 20 décembre 2008

Pinocchio (de Winshluss)

PinocchioLe Pinocchio de Winshluss est certainement la meilleure bande dessinée que j'aie lue cette année, un chef-d'oeuvre qui dépasse en qualité les précédents ouvrages de l'auteur (en vrac: Smart Monkey, Pat Boon et Welcome to the Death Club), lesquels mettaient pourtant déjà la barre très haut. Contrairement à ce que laisse supposer son titre, il ne s'agit pas vraiment d'une adaptation dessinée du roman de Collodi. Ou plutôt, c'est une adaptation tellement libre que le récit initial sert plutôt de trame très lâche qui permet à l'auteur d'y broder son propre univers sarcastique et délirant. Et puis, plutôt que du récit de Collodi, Winshluss s'est surtout inspiré de Disney: moins le film Pinocchio que l'univers disneyen étendu, de Blanche Neige à Bambi (explicitement cités, d'ailleurs). Sauf que Winshluss entend pervertir le monde enchanté de Disney par l'introduction des éléments sordides tirés de notre triste présent: ainsi, l'île enchanté n'est pas le disneyland merveilleux que les publicités promettent, mais un enclos puant et sordide où les enfants sont vite déçus; Mangefeu est un immonde capitaliste exploiteur d'enfant martyrisés... D'ailleurs, la perversion des codes du cartoon et de l'enchantement gagne tout le conte: Pinocchio lui-même n'est pas un pantin de bois, mais un robot tueur surperfectionné; sa conscience n'est pas incarnée par un criquet, mais par un cafard égocentrique et paresseux; les sept nains de blanche neige sont des salopards nécrophiles et sadomasochistes, etc.

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mardi 16 décembre 2008

Que notre règne arrive

QuenotreregnearriveDe Ballard, je n'avais lu avant ce livre que son précédent roman, Millennium People, qui m'avait fort intéressé par son approche clinique des manques dont se nourrit la société de consommation, et par la force de la conséquente démonstration romanesque, qui imaginait une révolte violente des classes moyennes contre le vide et les vanités de la vie moderne. Avant cette première approche, j'avais rencontré l'univers de l'auteur par le biais du Crash de David Cronenberg (adaptation d'un roman de Ballard), qui ne m'avait guère séduit, mais qu'il me faudrait peut-être revoir (l'ai-je vu trop jeune?)... Et quand j'ai vu que son dernier roman traduit en français venait enfin de sortir en poche, je l'ai aussitôt acheté. Bien m'en a pris.

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mardi 28 octobre 2008

Zayni Barakat

Zayni BarakatJe ne sais trop que penser de ce premier roman de Gamal Ghitany, auteur qui avant la lecture du livre m'était complètement inconnu (comme d'ailleurs une grande partie de la littérature égyptienne). Zayni Barakat est très bien écrit —ou, en tout cas, très bien traduit. Le roman a donc une voix, et même plusieurs, puisqu'il est polyphonique: ce style est magnifique, imagé, ne perd jamais le lecteur sans pourtant se priver d'arabesques stylistiques, d'allers et retours temporels, de constructions complexes. Et si j'ai lu jusqu'au bout ce roman, c'est bien que ces voix m'emportaient, me captivaient même, m'invitant à prolonger ma lecture. Et pourtant...

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