Littérature – Le Pingouin d’Andreï Kourkov

Theo Gillet 28/12/2015
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Andreï Kourkov avis« L’homme n’est pas fait pour vivre seul et il est incapable aussi de vivre en société » écrivait Georges Duhamel. En effet l’homme au cours de son existence, ressent le besoin de trouver son alter ego chez le sexe opposé, des camarades avec qui entretenir des relations sociales dans  faire vivre le débat. Même le plus atteint des misanthropes ne peut supporter la solitude. Seulement voilà, par moultes tentatives infructueuses, ou en complément d’un fort capital social et amoureux, l’homme ressent le besoin de la compagnie d’un animal. On connait tous les moments d’affections uniques que peuvent nous procurer nos amis « les bêtes », craquer sur l’une d’entre elles peut s’avérer être un retour sur investissement très attractif. Qui n’a jamais ressenti de l’amour pour  » le chien chien a son papa » ou le « minou a sa maman » ( oui je sais c’est marrant) ? Outre les « classiques », certains vont jusqu’à s’éprendre pour des furets, boa ou caméléon rachitique. La littérature entrevoit encore plus exotique, le Pingouin !

 

Le Pingouin

Le pigouinBref, Andrei Kourkov, écrivain ukrainien de langue russe, né a St Saint-Pétersbourg en 1961 a imaginé une fiction qui met en valeur un animal insignifiant en apparence, et ridicule dans sa démarche, le Pingouin ! Dans ce savoureux roman, à la fois très bien écrit et facile d’accès, l’auteur narre l’histoire de dépendance réciproque entre un humain et un Pingouin. Victor, célibataire résident à Kiev est un journaliste en mal d’écriture. Il a pour désir de devenir romancier, il compte pour seul lien social  Micha son pingouin domestiqué rescapé de la fermeture d’un zoo.  La chance sourit a Victor lorsqu’un patron de presse lui propose d’écrire des nécrologie sur des personnes encore vivantes. Ce travail est très bien payé mais voilà que les personnes dont Victor dresse des  » petites croix » disparaissent soudainement. Entre temps, Victor  fait la connaissance d’un autre Micha  » pas le pingouin »qui lui demande de veiller sur sa fille Sonia. Stop, il ne faut pas en dire plus.

Bon, je suis loin de m’affirmer critique littéraire alors si je vous en parle c’est que ce livre d’Andreï Kourkov m’a plu ! Voici un ouvrage qui intrigue mes amis.  A mi chemin entre le roman fantastique et le thriller, tout est bon dans le Pingouin ! Il est impossible de ne pas s’attacher a ce satané pingouin dépressif. Au fil du roman on aussi ressent cette dépression vécue par Micha qui est en mal de son Antarctique natal. Le phénomène dépressif qu’incarne Micha s’apparente  aussi une nostalgie mélancolique pour l’ancien régime Stalinien. On comprend toute la spécificité émotionnelle et l’intelligence de perception dont est doté cet animal.

En effet le Pingouin semble blasé par la société de consommation qui touche l’Ukraine, comme si « c’était mieux avant ». Cette sorte de personnification est due au génie d’Andreï Kourkov qui utilise le registre de la fable animalière pour dépeindre avec humour la vie politique et social des années post soviétiques.Par son regard acéré et ironique il nous dépeint une société nouvelle en URSS qui n’arrive pas à résorber les affres du Stalinisme. On voit évoluer Victor et son Pingouin dans un univers où l’hiver est tenace,le champ lexical de la neige, du froid, de la fonte est ultra présent et répétitif tout en étant très bien détaillé.

Le Pingouin dépeint la naissance d’une société civile dissidente ou plus simplement indifférente au régime et à ses buts, hors de la tutelle du Parti, et qui conduit à l’émergence des forces démocratiques et centrifuges au sein de l’Union et à des mouvements nationalistes ou religieux clandestins. Le livre reflète bien  les libertés d’expression et de déplacement bafouées par des restes du régime totalitaires mais aussi un écoulement monotone et monacale de l’existence, le sentiment que l’on ne peut se fier a personne et que l’important est de se contenter du minimum et surtout s’efforcer de vivre malgré la morosité ambiante.

Andreï Kourkov le pingouinLe personnage de Victor est d’une simplicité et d’une naïveté troublante, sans cesse en questionnement sur lui même, le sens qu’il donne a sa vie a mesure que les minutes s’égrainent. Ce roman décrit ces instants simples de la vie de tous les jours, ces habitudes qui nous sont chères et qui permettent de tenir le coup ( Victor prend plaisir a déguster un café le matin à sa fenêtre l’action est décrite de la plus belle des manières.) De plus, Victor célibataire sans famille, à la charge de s’occuper de Sonia une petite orpheline qui lui procure un épanouissement nouveau, il va aussi renouer avec le plaisir charnel grâce a Nina une fille d’a peine 18 ans qui comble sa solitude.

Le thème de la mort est présent tout au long du récit, la déchéance de l’humain qui arrive en fin de vie, la précarité des soins offerts pour une masse de viande périssable. L’amour est également omniprésent avec la relation si particulière qu’entretient Victor avec Micha, l’affection qu’a le pingouin pour son maître , le regard fixe et plein de tendresse qu’il pose sur lui, mais aussi dans sa relation atypique qu’il entretient avec Nina et du rôle de pseudo père qu’il joue avec Sonia.

Pas de doute le pingouin de Andreï Kourkov marque les esprits, il est un roman qui raconte la vie tout simplement, une prise de conscience de celle ci et des instants qui la composent. Ce petit livre d’a peine 300 pages a confirmé les talents d’écrivain de Kourkov et l’a rendu célèbre dans le monde entier, il préside aujourd’hui l’Union des écrivains Ukrainien. De quoi faire un petit tour chez le libraire ou bien le commander en ligne !

T.G