Pourquoi les sales types nous font-ils rire ?

Bizolle 25/11/2016
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C’est triste à dire, mais regarder les sales types faire des crasses aux autres, que ce soit au cinéma ou à la télévision, c’est toujours particulièrement drôle. Moralement, ce n’est pas correct, pourtant on ne peut s’empêcher de rire à pleines dents lorsqu’on voit le Sergent Hartman mettre la misère à ses soldats dans « Full Metal Jacket » ou lorsqu’un dingo entarte un pauvre passant lors d’une caméra cachée. Mais pourquoi le connard est-il si amusant à regarder? Tâchons de le découvrir…

Parce que que le sale type va toujours plus loin dans son comportement

Nous on essaye d’être des mecs biens, polis, serviables, et attentionnés. Mais lui, la morale « il s’en tape le cul sur la banquise », et il pousse sans cesse un peu plus les bornes de la décence. Au début, on est surpris, on ne comprend pas, on pense à quelque chose, mais on se dit qu’il ne va pas oser et puis finalement il ose. En général on retrouve ce genre de comportements dans les caméras cachées. Le monde regorge de ces mecs complètement fous qui font tout et n’importe quoi, pourvu que ce soit un truc improbable. En France, le grand spécialiste c’est Rémi Gaillard, qui prône ouvertement sa désinvolture, avec un slogan aussi direct, qu’explicite : « c’est en faisant n’importe quoi que l’on devient n’importe qui ». Comme ça au moins c’est clair, tu ne peux pas te tromper sur l’activité du bonhomme. Mais à ce petit jeu là, il semblerait que les Russes tiennent le titre de champion de la folie. Comme tout bon super héros, son identité demeure secrète, mais on le surnomme dans le milieu « super Connard », en tout cas sur YouTube où l’on peut voir ses exploits. Pas grand-chose à dire si ce n’est que le bonheur des uns fait le malheur des autres, comme bien souvent dans le domaine.

 Parce que le sale type met à bout ses congénères sans une once de remords

Tyler Durden, anti-héro de Fight Club

Il est le provocateur de ta classe de 6ème, celui qui fait le beau jusqu’à te faire sortir de tes gonds, sans jamais s’arrêter. Monter sur le ressort, il est ce Tyler Durden qui à la tronche en charpie et qui continue de se moquer, comme si rien ne pouvait l’arrêter. Car en définitif, rien ni personne ne peut le stopper. C’est ainsi que l’humour naît, à l’usure, travaillé au corps façon Frazier qui te tourne autour sans discontinuer. Toi, simple mortel, tu aurais lâché l’affaire depuis longtemps, mais lui, il est entraîné et calibré pour faire le relou et il ne s’arrêtera pas tant qu’il n’aura pas mis son interlocuteur au bord de la crise de nerfs. Notre maître à tous, François Damiens qui, par ses caméras cachées à travers  la Belgique, a réussi à s’imposer comme le champion de ce petit jeu de provocation plus ou moins assumé. C’est d’autant plus respectueux, que le commun des mortels ne pourrait pas tenir deux secondes dans ces joutes verbales assumées par François dit « l’embrouille ». On pourrait mettre tous les DVD tellement on est fans, mais on s’en tiendra simplement à ce passage, où l’embrouille joue un garde maritime déguisé en marin d’eau douce. Du grand art.

Parce que le sale type est moqueur, mais assez malin pour ne pas le montrer

Mettre en dérision son interlocuteur contre son plein gré, c’est le mélange entre la rhétorique et la malice, entre le « je te fais un croche-pied, mais je t’aide à te relever »,  le geste d’amabilité qui tourne en dérision l’être humain. La moquerie c’est salaud, mais c’est indéniablement quelque chose de drôle. Du Grand Journal à Jean-Yves Lafesse, ils en ont fait leur gagne-pain, en prenant à partie des passants dans la rue ou avant quelques manifestations pour les tourner au ridicule aux yeux du public. Tout le monde se souvient de quelques phrases filmées par l’équipe de Yann Barthès lorsque des fans exprimaient leurs joies ou leurs peines après différents concerts que se soit celui de Snoop Dogg ou de Pete Doherty. Au cinéma c’est Pierre Brochant qui prime sans cesse François Pignon, sans que celui-ci n’eût rien compris au manège mené par son hôte. Au début on a tendance à trouver ça malsain puis finalement on est pris au jeu, et on ne peut que rigoler devant la pertinence du propos et la justesse des mots. Il y a beaucoup d’exemples de moquerie, qu’on pourrait vous montrer, car il faut avouer qu’en France c’est presque un sport national. Mais, on va faire la place à ce cher Marc The Ugly, le nouveau sale type du net et accessoirement un flingueur professionnel. Il a la trempe d’un Laurent Baffie et la culture footballisitique d’un Thierry Rolland alors pour nous autres qui sommes des aficionados du ballon rond, on ne peut qu’applaudir des deux nageoires.

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Parce que le salle type est très suffisant, alors que c’est un tocard  

On a tous en nous un petit peu d’arrogance, puisque c’est un sentiment humain qui permet de s’affirmer en société. Mais ce qui peut être de la confiance en soi devient de la prétention lorsqu’elle est trop exacerbée. Dans la vie de tous les jours, on appelle ça un gros con, alors qu’au cinéma ou à la télévision on appelle ça un artiste. La seule différence c’est que le premier est sérieux alors que le second ne fait que jouer un rôle. Si le premier n’est pas fréquentable, le second est complètement hilarant si l’on ne le prend pas au premier degré. C’est cette autodérision non assumée qui uni tous les sales types du cinéma français, de Brice de Nice, à Hubert Bonisseur de la Bath alias OSS 117, en passant par Serge Benamou, se sont tous des frimeurs, qui se la raconte alors qu’ils sont complètement à côté de la plaque. C’est sûrement ce qui les rend si drôles et si sympathiques auprès du public.

Jouer le sale type n’est pas chose aisée, il est en revanche bien plus facile d’en être un dans la vraie vie. D’ailleurs très souvent,  les plus moralisateurs et les plus critiques à l’égard de ces différents personnages, sont ceux qui leur ressemblent le plus. Forcément on aime pas subir ce qu’on fait subir aux autres au quotidien…