Les roseaux sauvages
Par Hurluberlu le vendredi 15 février 2008, 13:14 - Films (re)vus - Lien permanent
J’ai revu hier soir Les Roseaux
sauvages, d’André Téchiné. Le titre renvoie à la fable de La Fontaine,
Le Chêne et le Roseau, et ces roseaux sauvages sont quatre jeunes
adolescents pendant l’année du bac, François, Maïté, Henri, et Serge. Sauvages,
car ils possèdent la liberté, l’insouciance et la grâce de la jeunesse.
Roseaux, car contrairement au chêne, ils plient et ne rompent pas: ce qu’ils
prenaient pour des certitudes et de grandes vérités s’effrite face au monde
adulte auquel ils commencent à se confronter, et c’est justement ce qui leur
donne la force de grandir. Ce monde étranger qu’ils apprennent à connaître
apparaît sous deux formes: la découverte de leur sexualité, et l’affrontement
politique —le film se déroule en 1962 et la guerre d’Algérie se répercute sur
leurs vies. Téchiné est un grand metteur en scène en ce sens qu’il donne sa
chance à chaque personnage, et qu’il ne juge jamais; il fait sienne l’attitude
du professeur Morelli: “vous pouvez dire “il a raison”, “il a tort”, “c’est
bien”, “c’est mal”, moi je n’y arrive pas” (je cite de mémoire). Après tout, le
grand drame de ce monde, c’est que tout le monde a ses raisons, et qu’il faut
l’accepter. Comme il faut accepter que le corps, que le coeur n’obéissent pas à
des logiques rationnelles , mais à des sentiments, des sensations, voire des
pulsions. C’est cela devenir adulte: accepter l’autre, le découvrir, en
comprendre les raisons sans s’enfermer en soi-même. La mise en scène solaire et
faussement simple de Téchiné nous plonge ainsi dans ces doutes et ces grandeurs
de l’âme adolescente, à la recherche d’elle-même et à la découverte de l’autre.
En faisant entrer la grande Histoire, celle avec un grand H et de grandes
tensions, dans la petite, celle avec des petites gens et d’infimes détails,
l’auteur propose —plus qu’une reconstitution historique— une écriture proche du
récit autobiographique (“ça sent le vécu”, comme dirait l’autre), où le
parcours des individus est aussi tributaire des bouleversements du monde. Ne
pas juger, telle est la leçon du metteur en scène. Et qu’est-ce que c’est
beau...
