lesroseauxsauvages.jpgJ’ai revu hier soir Les Roseaux sauvages, d’André Téchiné. Le titre renvoie à la fable de La Fontaine, Le Chêne et le Roseau, et ces roseaux sauvages sont quatre jeunes adolescents pendant l’année du bac, François, Maïté, Henri, et Serge. Sauvages, car ils possèdent la liberté, l’insouciance et la grâce de la jeunesse. Roseaux, car contrairement au chêne, ils plient et ne rompent pas: ce qu’ils prenaient pour des certitudes et de grandes vérités s’effrite face au monde adulte auquel ils commencent à se confronter, et c’est justement ce qui leur donne la force de grandir. Ce monde étranger qu’ils apprennent à connaître apparaît sous deux formes: la découverte de leur sexualité, et l’affrontement politique —le film se déroule en 1962 et la guerre d’Algérie se répercute sur leurs vies. Téchiné est un grand metteur en scène en ce sens qu’il donne sa chance à chaque personnage, et qu’il ne juge jamais; il fait sienne l’attitude du professeur Morelli: “vous pouvez dire “il a raison”, “il a tort”, “c’est bien”, “c’est mal”, moi je n’y arrive pas” (je cite de mémoire). Après tout, le grand drame de ce monde, c’est que tout le monde a ses raisons, et qu’il faut l’accepter. Comme il faut accepter que le corps, que le coeur n’obéissent pas à des logiques rationnelles , mais à des sentiments, des sensations, voire des pulsions. C’est cela devenir adulte: accepter l’autre, le découvrir, en comprendre les raisons sans s’enfermer en soi-même. La mise en scène solaire et faussement simple de Téchiné nous plonge ainsi dans ces doutes et ces grandeurs de l’âme adolescente, à la recherche d’elle-même et à la découverte de l’autre. En faisant entrer la grande Histoire, celle avec un grand H et de grandes tensions, dans la petite, celle avec des petites gens et d’infimes détails, l’auteur propose —plus qu’une reconstitution historique— une écriture proche du récit autobiographique (“ça sent le vécu”, comme dirait l’autre), où le parcours des individus est aussi tributaire des bouleversements du monde. Ne pas juger, telle est la leçon du metteur en scène. Et qu’est-ce que c’est beau...