C’est avec un énorme plaisir de lecture que j’ai dévoré Eureka Street, de Robert Mc Liam Wilson. C’était le genre de livre qui me faisait de l’œil en librairie, mais que j’avais longtemps renoncé à acheter, de peur de ne pas pouvoir le finir en raison de son impressionnant nombre de pages. Ce n’est d’ailleurs pas le nombre de pages en soi qui me rebute, mais la crainte de ne pas terminer le livre parce que je pourrais laisser trop longtemps en jachère la lecture du pavé et que l’idée de recommencer au début me ferait ensuite renoncer à en reprendre la lecture. C’est une crainte assez irrationnelle mais qui m'incite à ne pas entreprendre des lectures qui me sembleraient trop ambitieuses pour mon emploi du temps et pour ma gestion bizarre de mes lectures.

Toujours est-il que j’ai choisi ce livre un jour d’achats compulsifs en librairie et que cette susdite frénésie acheteuse a sans doute dissipé ma crainte habituelle de ne pouvoir raisonnablement finir le livre, tout comme elle a effacé un commandement farfelu que j’essaie depuis peu d’appliquer à mes lectures —celui de proscrire les auteurs anglo-saxons afin de découvrir des littératures moins présentes sur les étals des libraires. Et bien m’en a pris, car dès que j’entamai la lecture, je sentis que je ne pourrais la lâcher de sitôt.

Dans un Belfast marqué par les luttes religieuses, les attentats terroristes et les émeutes provoquées par les innombrables groupuscules guerriers d’Irlande du Nord, Jake cherche l’amour, et son grand ami Chuckie le trouve, en même temps qu’en bon protestant il déploie un très lucratif esprit d’entreprise. Voici comment pourrait se résumer l’intrigue — “toutes les histoires sont des histoires d’amour” annonce d'emblée la première phrase. Mais cela ne rendrait pas compte du déploiement hilarant de trouvailles narratives et stlylistiques, d’une série de personnage secondaires bien campés, de dialogues drôles, d’histoires folles et d’un ensemble romanesque aussi varié que captivant. Robert McLiam Wilson a un style que Brice Matthieussent, son traducteur (c’est aussi le traducteur de Jim Harrison, et sans doute d’autres auteurs des éditions Christian Bourgois) réussit à restituer dans un français jouissif à lire. Je conseille donc ce livre aux non-lecteurs de ce pseudo-blog.