Ludologie
Par Hurluberlu le dimanche 2 mars 2008, 21:36 - livres (re)lus - Lien permanent
Ludologie de Ludovic Debeurme
(2003), paru chez l’indispensable éditeur Cornélius, je ne l’ai
découvert que maintenant parce que j’avais acheté, lu et été au finale fort
intrigué par son monumental dernier livre, Le Grand Autre. J’ai donc
décidé d’aller plus loin dans la découverte de cet auteur, et intrigué par le
titre, je me suis décidé pour Ludologie, croyant lire dans le titre
obscur l’annonce d’un traité en bande dessiné relatif aux jeux. Ce qu’il est,
d’ailleurs. Mais le livre n’est pas qu’un discours sur les jeux, c’est aussi un
discours sur Ludovic, l’auteur et narrateur, une sorte d’introspection presque
psychanalystique. En une série de courts récits relatifs à lui-même, Debeurme
nous explique ses croyances enfantines, les jeux morbides auxquels il se
livrait enfant et les jeux sexuels de son adolescence, ses obsessions et ses
angoisses. Pour faire bref, son cheminement personnel. Tortueux, voire torturé.
La matière même d’où provient l’univers dessiné qu’il livre aux lecteurs dans
ses albums.
Les échos que j’ai cru trouver entre Ludologie et Le Grand Autre me semblent importants, mais j’y reviendrai sans doute quand j’aurai relu ce dernier. Cette forme d’autobiographie dessinée, fragmentée et plus descriptive que véritablement narrative, me fait penser de mémoire aux passages où dans Approximativement Lewis Trondheim converse avec ses doubles représentant chacun un aspect des obsessions du personnages. On est la dans de l’auto-psy sauvage et radicale , où l’auteur met en scène son rapport au matériau premier de sa création: ses tourments intérieurs qui envahissent de façon souterraine chaque œuvre, même la moins autobiographique.
Je constate d’ailleurs que, tandis que j’ai un fort a priori négatif sur l’autobiographie en littérature, et sur une certaine forme d’autofiction qui domine dans le marché actuel du livre sans images, je suis au contraire preneur de l’autobiographie en bande dessinée. Peut-être parce que je fais partie de ces gens qui ont commencé à lire de la bande dessinée adulte grâce au Persépolis de Marjane Satrapi —il y a cinq ans, hein, j’ai pas attendu le film que je n’ai d’ailleurs pas vu pour découvrir Persépolis. Ce qui a fait que j’ai aussi associé mon intérêt pour la bande dessinée à celui pour l’autobiographie dessinée. Intérêt non exclusif, car il ne m’empêche d’ailleurs pas d’apprécier également les œuvres de pure fiction. Mais je reviendrai prochainement sur l’écriture de soi, car je suis en train de lire un intéressant récit sur ce sujet.
