Hier j'ai revu L'Eau Froide, d'Olivier Assayas. C'est la version longue de La Page Blanche, et c'est encore un téléfilm produit pour la série d'Arte "Tous les garcons et les filles de leur âge" qui devint un long métrage projeté dans les salles. Je ne connais pas vraiment le travail d'Assayas —le seul autre film que j'aie vu de lui est Clean, que j'avais modérément apprécié lors de sa sortie—;mais L'Eau Froide fait pour moi partie des grands films sur l'adolescence (avec À nos amours et Les Roseaux Sauvages, et d'autres que j'oublie sans doute ici). En revoyant les scènes de la fête adolescente dans une maison abandonnée, j'ai éprouvé un pur plaisir de cinéphile, celui de voir un cinéaste pleinement libre qui prend plaisir à filmer toute la fougue de la jeunesse en quelques plans extrêmement proches des personnages (en raison de l'usage fréquent de la caméra à l'épaule), plans qui montrent en même temps toutes les incertitudes de cet âge imparfait. Surtout c'est le premier grand rôle de Virginie Ledoyen, dont on peut voir l'audition dans les bonus du DVD, et qui est vraiment absolument rayonnante dans ce rôle borderline, à la frontière entre folie déchaînée et douceur apaisée.

La bande son est géniale, proposant une compilation parfaite de mémorables morceaux des années 70 (entre autres: Me and Bobby McGee de Janis Joplin; Avalanche, de Leonbard Cohen; School's Out d'Alice Cooper; Janitor of Mercy de Nico), le scénario est suffisamment ténu pour que les personnages puissent exactement exprimer toute l'hésitation de leur âge et de leur époque, et on a l'impression que le cinéaste, avec un buget et une équipe réduite, est peut-être plus libre et enthousiaste qu'il ne l'aurait été avec des conditions de tournage plus confortable. En tous cas, il y a un enthousiasme communicatif dans la mise en scène, et bien que le sujet ne soit pas non plus joyeux, j'ai éprouvé un vrai plaisir cinéphile face à cette vision presque libertaire de l'adolescence dans les années 70.