Eraserhead
Par Hurluberlu le lundi 31 mars 2008, 15:04 - Films (re)vus - Lien permanent
Premier film de David Lynch, premier coup de maître. Le film, strictement inclassable, est un pur ovni cinématographique nous faisant partager les délires angoissés d’un Henry Spencer (John Nance) qui ne cesse de cauchemarder dans une chambre. Son malheur vient sans doute qu’il n’en sort pas assez, et qu’il est très imaginatif: sa paternité est dérangée par l’arrivée d’un monstre effrayant en lieu et place de l’enfant conçu, sa voisine est une bombe sexuelle, sa femme est malade, son radiateur est une salle de spectacle, sa belle-famille une bande de fous, les poulets se découpent vivants, les chanteuses sont d’étranges créatures entre la femme-enfant et le monstre, du ciel parfois tombent d’étranges filaments visqueux et vivants, les gommes des crayons sont faits de la matière grise des têtes qui tombent du ciel. J’imagine qu’un esprit plus tordu que le mien serait capable de considérer ces visions hallucinées et hallucinantes comme des métaphores à contenu sexuel ou psychanalytiquement intéressant —les susmentionnés filaments douteux seraient des spermatozoïdes, les poulets des visions traumatisées de l’acte sexuel, etc.
Ces premiers pas dans le cinéma de celui qui à raison est aujourd’hui considéré comme un grand maître sont donc pour le moins surprenants. L’histoire? Difficile à raconter; il y en a une mais elle est aussi sommaire que les dialogues, rares et laconiques. L’ambiance? Aussi inquiétante que celle des autres Lynch, voire plus car à l’univers tourmenté du cinéaste s’ajoutent des visions bien plus horrifiques que celles déjà inquiétantes des films postérieurs. On retrouve aussi la maîtrise complète, par Lynch en personne, de l’univers sonore qui joue énormément dans les effets d’épouvante du récit: la bande son est comme une immense respiration haletante qui sous-tend presque chaque plan.
Eraserhead est un cauchemar en noir et blanc aux visions marquantes, qui n’a rien perdu de sa force, ni de son éclat.

Commentaires
Bonjour,
Eraserhead est effectivement inclassable même si Lynch pose les jalons de ses futures obsessions cinématographiques (freaks...)
Sinon merci pour le commentaire cinéphile sur le blog, ASI a censuré soit mais qu'on ne me parle plus de tradition pamphlétaire...ou commence l'insulte ou finit le pamphlet vaste programme!