Les falsificateurs
Par Hurluberlu le mercredi 9 juillet 2008, 22:01 - livres (re)lus - Lien permanent
Le livre d'Antoine Bello se lit bien, se lit
vite, un peu trop même. L'idée au fondement du livre est géniale, c'est
d'ailleurs elle, telle que décrite sur la quatrième de couverture, qui m'a
incité à l'acheter: "C'est l'histoire d'une organisation secrète
internationale, le CFR (Consortium de Falsification du réel) qui falsifie la
réalité mais dont personne ne connaît les motivations. C'est l'histoire de
quelques unes des plus grandes supercheries de notre époque : de Laïka, la
première chienne dans l'espace, qui n'a jamais existé, de Christophe Colomb qui
n'a pas découvert l'Amérique, des fausses archives de la Stasi. C'est
l'histoire d'un jeune homme, embauché par le CFR, qui veut comprendre pourquoi
et pour qui il travaille. C'est l'histoire d'une bande d'amis qui veulent
réussir leur vie, sans trop savoir ce que cela veut dire. C'est, d'une certaine
façon, l'histoire de notre siècle". Le style est très efficace, les
phrases s'enchaînent sans accroc et le roman se dévore donc, quoique certaines
ficelles soient un peu trop voyantes —comme cette manie de faire une phrase
cliffhanger à chaque fin de chapitre ou presque. Mais comme parfois
dans certains romans policiers, je suis sorti un peu déçu: d'abord, parce que
le roman se termine sur un "À suivre" suggérant la possibilité d'une
suite, et donc laissant le lecteur insatisfait de n'avoir lu qu'une partie d'un
texte plus large qu'il n'a pu lire en entier (à moins que ce ne soit un
stratagème pour instiller une paranoïa chez le lecteur s'inquiétant de
l'existence réelle du CFR); ensuite parce que si l'idée est correctement
développée, passionnante, avec ce qu'il faut de suspense pour tourner avidement
les pages,on sort de la description des intrigues du CFR un peu déçu que cette
histoire de complot mondial si bien menée aboutisse finalement à pas grand
chose. Comprenons-nous bien: le style est efficace, l'idée de départ est
génial, mais une fois qu'on a refermé le livre après une lecture haletante, on
se dit finalement: tout ça pour ça?... Le CFR, toute ambitieuse qu'en soit
l'idée, est au final un pétard mouillé. C'est-à-dire que des enjeux dont était
porteur le sujet, il ne reste qu'un agréable moment de lecture, mais rien de ce
frisson littéraire qui fait que le livre reste après lecture longtemps dans
l'esprit du lecteur. Certes, il est évident que les histoires manigancées par
le CFR (par exemple celle ci, ou aussi le combat que mène cette
association) sont une métaphore sur le rôle de l'écrivain, qu'il y a des
références littéraires subtiles. Mais une courte nouvelle comme Tlön, Uqbar, Orbis Tertius de Borges réussit dans les quelques
pages qui la composent à laisser bien plus de souvenirs forts chez le lecteur
fasciné que les cinq cents pages des falsificateurs, qui, je le
crains, seront vite oubliés. En somme l'auteur ne pousse pas aux bouts de la
folie et du danger les implications de son brillant édifice: car s'il arrive à
rendre crédible cette machination internationale qu'est le CFR, si ainsi il
reprend avec humour les récentes vagues de complotites aiguës —je pense au 11
septembre, qui sera ans doute le sujet de l'éventuel deuxième tome—, il
n'atteint pas le niveau de style et de délire qui auraient fait de son roman
une œuvre plus forte qu'elle ne l'est finalement, une savante construction
recréant l'histoire et la littérature à l'aune d'un style peut-être moins
efficace mais aussi un peu plus mystérieux. Peut-être que j'attendais aussi
trop de ce roman, et que je voulais de lui qu'il fût non pas un simple roman
divertissant, mais surtout ce genre de délire pervers et brillant qui sait
aller au delà du genre thriller dans ces zones dangereuses de l'esprit
littéraire. Il reste cependant que je ne regrette pas ma lecture, car il est
toujours bon de s'amuser en lisant, et c'est ainsi que j'ai lu ce roman.

Commentaires
Le style est sans doute efficace, comme vous le soulignez plusieurs fois, c'est la marque d'un écrivain professionnel, d'un type qui comme Bello, veut réussir sa vie, ou sa carrière, ou pondre un best seller. Dommage que ce soit si creux, effectivement, mais c'est la fatalité, j'en ai bien peur (pour lui), pour ce genre de personnage. A la bonne vôtre
La suite des Eclaireurs vient de sortir. Ca s'appelle "Les Eclaireurs".