Small worldConrad Lang n'a pas de chance. D'abord, il a le même nom de famille que Jack Lang —qui risque bientôt de devenir synonyme de traître, de Judas, ou, pire encore, d'Eric Besson. Mais surtout, il souffre de la maladie d'Alzheimer comme Jack, qui ne se souvient plus du parti auquel il appartient. Martin Suter ne nous épargne rien des détails de l'évolution de la maladie, qui commence au début par quelques absences de l'esprit, incapable de se souvenir d'événements récents, ou de retrouver son chemin dans un parcours pourtant quotidien, et qui se poursuit par une régression toujours plus forte des souvenirs. Ainsi Conrad remonte progressivement le cours de sa vie, oubliant peu à peu les êtres et les personnes qui ont pourtant tant compté pour lui, et revenant à un état mental proche de la petite enfance. Et Conrad a eu globalement une vie de merde (sans doute est-ce lié à son nom de famille infâme), pièce extérieure raccrochée à une famille richissime qui l'a adopté sous la contrainte d'événements malheureux.

Evidemment, l'histoire nous tient en haleine car on comprend qu'il se cache dans la psyché de Conrad des événements étranges qui feraient trembler les fondations de la famille Koch qui le protège s'ils venaient à être révélés par l'évolution étrange des symptômes de la maladie. Mais comme toujours avec les whodunit, et les polars qui reposent sur une énigme que la fin résoudra, je me suis senti déçu lorsque fut révélé le mystère enfoui dans le passé de Conrad. Certes, le roman reste cohérent, bien raconté. La description juste de l'évolution clinique de la maladie mentale est intéressante, on veut connaître le fin mot de l'histoire... mais une fois que celui-ci nous a été révélé, on referme le livre en se disant qu'on oubliera le roman aussi vite qu'on l'a lu. Un plaisant moment de lecture, un mystère captivant, mais rien de l'envoûtement littéraire dont est faite l'étoffe des romans passionnants. Trop linéaire pour mon goût des enchevêtrement tortueux...