Le style est très recherché, et se perd parfois à mon sens dans des complexités lexicales superflues, mais on se laisse souvent envoûter par le charme de ces phrases au rythme suranné. Toutefois, il m’est fréquemment arrivé de revenir en arrière dans ma lecture, égaré que j’étais par des phrases si précises qu’elles ne permettaient aucune distraction dans la lecture et exigeaient donc une attentive compréhension. Je dois cependant avouer qu’à mon sens le roman ne tient pas les promesses suggérées par la quatrième de couverture. La dangereuse fascination pour les fous, pour cette humanité étrange et menaçante, pour cette déraison qui va jusqu’à s’inscrire dans les recoins d’une chair torturée est bien rendue, mais plus j’avançais dans le récit, moins j’étais convaincue des étapes que devaient subir la protagoniste et avant elle son oncle Étienne de Creyst pour avancer dans leur connaissance intime et déviante de la folie. J’avais l’impression de me retrouver dans une version réactualisée de Sade et de Dracula, sans vraiment trouver une grande originalité à l’inquiétante étrangeté que l’auteur tentait d’instiller dans ses descriptions. Je n’ai pas réellement cru aux récits des errances des personnages, de cette progressive entrée dans un monde malsain, puisque j’estimais y retrouver les lieux communs explorés par d’illustres prédécesseurs sans y ressentir la pointe de nouveauté qui en justifiât l'exploration. D’une certaine façon, les prémisses de la narration m’ont bien plus convaincu que ses conclusions, trop alambiquées, voire rocambolesques, pour pleinement emporter mon adhésion. De fait, l’analyse de cette douteuse fascination qu’imprime la folie dans les âmes raisonnées, l’étude de cette étrange idée de considérer la démence comme l’accès à une vérité nouvelle quoiqu’inquiétante me semblent bien plus réussies que la douteuse et grotesque fin convoquant allègrement toutes les perversions humaines dans un bouquet final peu convaincant. Il n’en reste pas moins qu’à défaut d’apprécier pleinement l’histoire, j’ai au moins rencontré un styliste fasciné par les méandres infinis de la langue française, quoique quelques passages légèrement affectés de préciosités m’aient semblé trop appuyés.