Les Figures
Par Hurluberlu le jeudi 28 août 2008, 18:32 - livres (re)lus - Lien permanent
J’ai choisi
Les Figures complètement au pif sur l’étal de la librairie présentant
aux clients les livres de la rentrée littéraire, mû sans doute par la nécessité
impérieuse et absurde d’accomplir un achat compulsif. Pourquoi avoir choisi
Les Figures plutôt qu’un autre roman? Le nom de l’éditeur, d’abord,
m’attirait puisque je n’avais encore lu aucun livre publié par José Corti —oui,
je sais, c’est une grosse lacune de ne pas avoir encore lu Le Rivage des
Syrtes, et ce n’est certainement pas la seule grosse lacune de ma culture
littéraire. La couverture fut sans doute une autre raison expliquant que mon
choix rapide et hasardeux se porta sur le livre de Robert Alexis: cette
représentation du cauchemar (titre de l’œuvre: The Nightmare de
Nicolai Albigaard) m’évoqua la dernière partie de Bardìn le
super-réaliste de Max, étrange et intéressante bande dessinée publiée en
français chez l’Association, dans laquelle l’auteur raconte un surprenant,
angoissant et inquiétant cauchemar de Bardìn, loufoque personnage naviguant
entre l’univers surréel et le notre. Enfin, et surtout, la quatrième de
couverture me semblait décrire une histoire suffisamment trouble pour
m’intéresser: “Au XVIIIe siècle, Étienne de Creyst, l’un des premiers
médecins aliénistes, découvre chez les fous les multiples possibilités de
l’humain. Il commencera à leur exemple une exploration confinant à la
destruction de l’identité. Les “Figures” révèlent les territoires où il est
surpris de se reconnaître, ceux du minéral, du végétal, celui de la bête avec
laquelle il communie dans l’universel. Trente ans après, le mémoire qu’il a
rédigé est lu à sa nièce. La jeune femme traversera, de la même façon, les
expériences ultimes où se croisent le crime et la sexualité.... Quatre
lectures, comme autant de clés libératrices ou de cercles
d’enfer.”
Le style est très recherché, et se perd parfois à mon sens dans des complexités lexicales superflues, mais on se laisse souvent envoûter par le charme de ces phrases au rythme suranné. Toutefois, il m’est fréquemment arrivé de revenir en arrière dans ma lecture, égaré que j’étais par des phrases si précises qu’elles ne permettaient aucune distraction dans la lecture et exigeaient donc une attentive compréhension. Je dois cependant avouer qu’à mon sens le roman ne tient pas les promesses suggérées par la quatrième de couverture. La dangereuse fascination pour les fous, pour cette humanité étrange et menaçante, pour cette déraison qui va jusqu’à s’inscrire dans les recoins d’une chair torturée est bien rendue, mais plus j’avançais dans le récit, moins j’étais convaincue des étapes que devaient subir la protagoniste et avant elle son oncle Étienne de Creyst pour avancer dans leur connaissance intime et déviante de la folie. J’avais l’impression de me retrouver dans une version réactualisée de Sade et de Dracula, sans vraiment trouver une grande originalité à l’inquiétante étrangeté que l’auteur tentait d’instiller dans ses descriptions. Je n’ai pas réellement cru aux récits des errances des personnages, de cette progressive entrée dans un monde malsain, puisque j’estimais y retrouver les lieux communs explorés par d’illustres prédécesseurs sans y ressentir la pointe de nouveauté qui en justifiât l'exploration. D’une certaine façon, les prémisses de la narration m’ont bien plus convaincu que ses conclusions, trop alambiquées, voire rocambolesques, pour pleinement emporter mon adhésion. De fait, l’analyse de cette douteuse fascination qu’imprime la folie dans les âmes raisonnées, l’étude de cette étrange idée de considérer la démence comme l’accès à une vérité nouvelle quoiqu’inquiétante me semblent bien plus réussies que la douteuse et grotesque fin convoquant allègrement toutes les perversions humaines dans un bouquet final peu convaincant. Il n’en reste pas moins qu’à défaut d’apprécier pleinement l’histoire, j’ai au moins rencontré un styliste fasciné par les méandres infinis de la langue française, quoique quelques passages légèrement affectés de préciosités m’aient semblé trop appuyés.
