Contrairement à ce que je m’imaginais du personnage, Bresson est loin d’être le rigoureux janséniste éloigné des tentations terrestres, ne vivant que par et pour son art extrêmement recherché et précis; il apparaît sous la plume d’Anne Wiazemsky très attiré par les charmes secrets de son modèle, séduit par l’innocence et la beauté de son actrice qui se refuse néanmoins à son désir tout en découvrant soudainement la puissance de ses appas. Les semaines estivales du tournage d’Au hasard Balthazar sont pour la narratrice le moment clé où elle découvre à la fois son corps, sa vocation et le cinéma, elle qui jusqu’à présent n’en avait qu’une faible connaissance. Et c’est ce fragile passage que saisit une écriture autobiographique intéressante, qui cherche à rendre compte dans sa forme même du changement subtil qui s’opère au cours du tournage. L’étape est décisive, qui fera de la petite fille d’un Grandécrivain une actrice de premier plan. Et un futur écrivain dont la sobriété de l’écriture capte ces moments fragiles qui, il y a quarante ans, offrirent à l’auteure le passage à la maturité, et à la majorité. Un court roman juste et émouvant.