La fille sans qualités
Par Hurluberlu le mardi 14 octobre 2008, 22:01 - livres (re)lus - Lien permanent
La fille sans qualités est un
roman glacial voire glaçant racontant comment Ada, lycéenne dotée d’une rare
intelligence, incarne jusqu’à l’effroi le cynisme, la froideur, l’absence
totale d’émotion, de regrets ou de remords; comment, avec son camarade Alev,
elle en vient à considérer son rapport à l'humanité et à la vie sous le seul
angle scientifique et implacable du pragmatisme tel qu'il fut analysé par la
théorie des jeux. Comment s'ensuit dans le lycée un jeu dangereux entre ces
deux élèves et un de leurs professeurs, pris dans leurs rets démoniaques et qui
ne s'en dépêtra qu'aux prix de violences dont l'auteur ne nous épargnera aucun
détail glauque (mais ce n'est qu'un bref passage à la fin.
La fille sans qualité est un roman qui a l'implacable froideur d'une démonstration scientifique, et qui suit le déroulement d'un jeu dont le chaos n'a pas encore ordonné la fin —je vous l'ai dévoilée en partie, mais le début nous laisse subodorer que ça ne se termine pas en conte de fées, et d'ailleurs ne lisez pas la quatrième de couv', elle révèle bien plus que la phrase précédente. C'est à la fois sa principale qualité et son plus gros défaut: car on a beau sentir une maîtrise parfaite des arguments et des ressorts du roman, il manque au récit du cours de plus en plus sordide des événements la part de folie verbale que l'on ne retrouve par définition jamais dans une démonstration scientifique. Or, dans l'exposé des faits, dans le déroulement des séquences, se met en branle une monstrueuse machine —moins scientifique que juridique, d'ailleurs, mais en tout cas toujours très argumentée— que Juli Zeh se plaît à explorer sans pourtant jamais dévier d'une trajectoire écrite que l'on aurait aimé voir s'égarer loin des sentiers étroits de la seule progression réflexive, dans des zones proches de la folie ou de la fureur que sa froide logique ne fait qu'effleurer. Son style épouse la pensée de son personnage principal, laquelle n'est jamais proie d'émotions contradictoires, mais toujours sujet décidant rationnellement de choses qui lui sont somme toute complètement indifférentes. C'est donc à la fois une grande réussite —celle d'appliquer à un sujet glacial un style tout aussi peu chaleureux— et en même temps un grand échec, car je me refuse à considérer l'humanité, ou du moins son devenir, dans les termes effarants qu'exposent Ada et, semble-t-il à travers Ada, l'auteur.
En outre, j'ai l'impression que l'auteur, pleinement consciente du talent de sa plume, se plaît à prolonger outre mesure ses réflexions. Je ne me suis pas ennuyé à la lecture, non, mais je pense que le récit eût gagné en force et en sécheresse s'il avait été condensé: cela se serait fait sans doute au détriment de quelques développements logiques et autres froides démonstrations, mais cela aurait aussi permis un resserrement stylistique et narratif qui m'aurait sans doute plus convaincu de la froide analyse des temps modernes que nous fait l'auteur, et des qualités d'une stylistiques si idéalement appliquée à un sujet si amoral. Car au finale, si j'ai eu plaisir à me perdre dans les circonvolutions du développement logique de l'auteur, quoique je les eusse préféré raccourcis, je ne suis pas entièrement convaincu des prémisses, encore moins des conclusions, auxquelles elle aboutit. Sans doute ne suis-je pas aussi fin stratège qu'Ada ou que Juli Zeh, mais j'ai du mal à lire l'homme comme un seul animal rationnel, indifférent à toutes choses et froidement calculateur. Aussi ai-je un peu de mal à adhérer entièrement, sinon à l'histoire que j'ai eu plaisir à suivre, du moins au raisonnement, qui, tout brillant qu'il apparaisse, me semble surtout mystificateur.
Une brillante démonstration, d'autant plus brillante au finale qu'elle me paraît surtout vaine, quoique certaines fulgurances m'aient sans doute séduit.

Commentaires
n'hesitez pas a vous equiper d'un lexique wow, j'ai du maal � comprendre, j'avoue :) en tout cas merci pour ce billlet int�ressant ! c'ets toujours sympathique de paqser sur ce blog :)
Je pense au contraire, que la fin du roman est optimiste, et qu'à travers le jeu et les statégies rationnelles qui se développent au fil du récit, les personnages trouvent tous une approche atypique du bonheur et une sorte de chemin vers la liberté à la fin.
Il faut être de cette génération pour se sentir concerné. Mais la distance avec laquelle on nous inculque aujourd'hui les valeurs, l'histoire et tous les préceptes moraux, nous pousse, nous les jeunesi, à nous autoproclamer génération "blasée". Nous n'avons pas vécu de guerre, pas vécu la guerre Froide, ni les attentats, ni la peur, ni la fuite, et pour s'enfuir d'un ennui historique, on préfère ignorer les bruits des bombes qui éclatent de l'autre coté de la Terre, réléguées au second plan dans les journaux télévisés, après l'annonce des résultats du football. Les "princesses", les fumeurs de canna et les gens sans qualités et autres sortes de specimens humain, nous sommes tous intimement convaincus que l'avenir ne nous appartient pas en ne "sachant pas" où on se dirige, en ne comprenant pas la société, par flemme ou par esprit de contradiction. L'histoire est atroce en apparence, mais profondément humaniste au fond. On observe les changements dans les sentiments de Smutek, dans les désirs d'Ada et dans leurs ressentis. On admire l'art de la répartie. On admire le culot des évènements et la sortie fracassante.
Ca ne doit pas donner un exemple à la jeunesse, mais ça montre qu'on est compris. Et que les solutions au bonheur passent par le rapport aux autres. Après je comprend que cela puisse effrayer ou dégouter, mais ce livre ne laisse pas indifférent et donc, nous montre qu'on est des êtres sensibles au final. Je m'exprime mal parce qu'il est tard, mais voila, en gros, mon point de vue. J'ai dix-sept ans.
Je ne reconnais pas, dans ce roman, la jeunesse actuelle. Le nihilisme dont font preuve les personnages , la froideur des sentiments ne correspondent pas, je pense, à notre génération.
Ce bouquin est effectivement intéressant, mais je le trouve très prétentieux. Les phrases pseudo-philosophiques ça va 5 minutes, le"super"intelligence de l'héroïne ou encore l'observation de la "froide Sophie", tout laisse à penser que l'auteur se complait dans une tour d'argent littéraire à 2000 bornes de la jeunesse actuelle.
Cependant, je n'ai pas lu l'homme sans qualités, qui est une référence majeure tout au long des réflexions. Il est possible que je ne sois donc pas à même de juger ce livre.