L'Institut Benjamenta
Par Hurluberlu le mercredi 22 octobre 2008, 15:16 - livres (re)lus - Lien permanent
Etrange roman, L'Institut
Benjamenta. Plus qu'un récit, c'est la description d'une atmosphère, à
mi-chemin entre le conte de fées et le roman d'initation. Plus qu'un roman,
c'est un délire contenu et malade. Plus qu'un histoire, c'est une succession de
saynètes oniriques et métaporiques, un ensemble plutôt ardu et crypté qu'il est
difficile de saisir pleinement. Plusieurs fois au cours de ma lecture, je suis
revenu sur les passages que j'avais pourtant tout juste lu, car l'écriture
demande une attention forte et constante et ne permet pas de rapide survol.Je
crois surtout que je suis passé à côté; non que je n'ai pas aimé, mais j'ai eu
l'impression de parcourir un monde dont les clés me manquaient pour que j'y
pénètre vraiment: je suis donc resté à la marge, observant attentif ce qui s'y
tramait tout en étant bien conscient que je n'y comprenais pas grand chose.
Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas aimé; mais je veux bien confesser qu'à défaut d'avoir un avis tranché, je ne sais que penser vraiment de cette œuvre, qui m'est restée extérieure et hérmétique. À vrai dire je serai curieux de voir ce que donne l'adaptation cinématographique des frères Quay, dont par ailleurs j'ignore complètement la filmographie, toute alléchante qu'elle me paraisse (ils ont ainsi adapté également L'Invention de Morel d'Adolfo Bioy Casarès). Le roman me semble inadaptable, l'idée de le transposer à l'écran mérite donc une certaine attention. La bande annonce visible sur dailymotion suggère un univers très onirique et presque lynchien, quoique peut-être plus apaisé. Elle donne en tout cas un aperçu de l'étrangeté qui semble imprégner le récit, et de ce point de vue, je considère ces quelques images comme un signe que les frères Quay ont au moins cherché à rendre l'atmosphère bizarroïde du roman.
De fait, j'ai l'impression de considérer le roman intéressant en ce qu'il peut être vu comme une matrice, non seulement d'une œuvre cinématographique postérieure, mais aussi et surtout d'une descendance littéraire qui me toucherait peut-être plus: je lis en effet ce texte comme un préfiguration des visions kafakaïennes. Pour autant, le récit en lui même, plus qu'étrange, m'est hélas resté étranger: l'oeuvre mériterait ultérieure relecture, dans quelques années; peut-être suis-je trop naïf pour ne pas percevoir pleinement le sens qui sourd de ces pages malsaines et envoûtantes.
