Et pourtant, je dois avouer que je suis resté en dehors de l'histoire; je ne pense pas que cet hermétisme soit d'une quelconque façon lié à je ne sais quelle maladresse du romancier —au contraire: j'admire son habileté narrative et stylistique. Non, je crois plutôt que ce roman était peut-être trop exotique pour moi, car des infimes détails propres à l'histoire de l'Egypte me sont resté obscurs —le roman se situe dans le Caire du XVIe siècle et met en scène l'affrontement de deux importants hommes de pouvoir, le Grand Censeur et le chef de la police. Car comme l'auteur est fin, il n'alourdit pas son texte en détaillant chacun des mouvements tactiques et politiques, en explicitant donc la moindre phrase allusive... Et comme, de mon côté, j'avoue mon ignorance crasse de l'univers du récit, j'ai dû sans doute lire bien des passages sans avoir pleinement saisi les tenants et les aboutissants de la lutte stratégique que le roman met en scène. J'ai dû me perdre aussi dans l'évocation des personnages aussi nombreux que dans un roman russe...

C'est donc un sentiment très étrange que j'éprouve une fois le livre terminé, semblable peut-être à ce que j'ai ressenti en découvrant certains films de Bergman: j'admire le talent de l'auteur, mais j'avoue également humblement mes insuffisances de lecteur, et craint d'être passé à côté de l'oeuvre non à cause d'elle, mais bien de moi. De fait, j'ai lu jusqu'à la dernière page avec intérêt, mais j'ai refermé le livre en étant bien conscient que je n'avais pas pleinement saisi les nombreuses subtilités de sa prose. Je regrette donc une rencontre manquée avec ce livre, qui, quoique j'appréciasse le talent de l'auteur, n'est pas parvenu à m'enthousiasmer.