Car Ripley Bogle est décidément un être attachant, qui nous raconte au cours de trois jours et nuits de déambulation dans les différents quartiers de Londres les risques de sa vie de doux clochard erratique, et les malheurs auxquels sa pourtant courte existence l'a abonné dès son plus jeune âge... euh, dès sa naissance, même: il a en effet eu le bonheur de naître et grandir à Belfast dans les années 60. Et la suite est à l'aune de cette scoumoune initiale...

Aujourd'hui, donc, nous savons que Ripley vagabonde dans les rues londoniennes de jour comme de nuit, tenaillé par une faim atroce qu'il prend un intérêt masochiste à entretenir le plus longtemps possible quand bien même il aurait dans ses poches assez d'argent pour se sustenter provisoirement. Misanthrope, il évite la compagnie de ses semblables, exceptée celle de Perry, malheureux vieillard caché sur les berges de la Tamise, qui s'est pris d'amitié pour ce solitaire. Comment Ripley est-il arrivé là? À vrai dire, nous ne le saurons pas vraiment... Mais nous apprendrons ce que veut dire grandir dans une ville saignée par le terrorisme et la guerre civile, ou encore comment les amours ne sont pas vraiment de douces expériences, du moins pour Ripley. Et nous refermerons le livre en ayant appris quelles furent les étapes marquantes de la vie encore brève du personnage principal —que, si je ne m'abuse, nous retrouverons dans Eureka Street: preuve sans doute que l'auteur s'est pris d'affection pour Ripley, au moins autant que l'humble lecteur que je suis.

À mon sens, l'intérêt du livre réside moins dans l'histoire, toute captivante qu'elle puisse être nonobstant la (relative) banalité de son cours que dans la façon dont le récit nous emporte: Robert McLiam Wilson a une plume de valeur qui sait emmener son lecteur sur un rythme rapide et avec un style à la fois désopilant, émouvant et finalement réjouissant. C'est ce style, faussement oral et pleinement écrit, qui m'a franchement fait jubiler, bien plus que l'histoire comico-tragique de Ripley...