La vie secrète de E. Robert Pendleton
Par Hurluberlu le mercredi 14 janvier 2009, 16:54 - livres (re)lus - Lien permanent
J'ai du mal à adhérer
entièrement au genre du whodunit, car je sors toujours déçu du moment
où le coupable est enfin démasqué: ses mobiles me paraissent toujours
dérisoires, sa découverte futile, l'explication peu convaincante. Et pourtant
je continue à lire des whodunit en espérant à chaque lecture ne pas
sortir déçu par la révélation finale. Vain espoir: si bon que puisse être le
livre (par exemple celui-ci), lorsque l'énigme
est résolue je trouve l'explication toujours douteuse. Et ça n'a donc pas raté
avec cette Vie secrète de E. Robert Pendleton (titre moins beau que
l'original Death of a Writer), auquel pourtant je reconnais
d'indéniables qualités: la découverte ultime du coupable me semble minable par
rapport aux problématiques plus larges abordées dans ce bouquin.
E. Robert Pendleton est un écrivain raté qui subsiste en donnant des courts de creative writing dans l'université pourrie de Bannockburn. Le jour ou Allen Horowitz, un ancien camarade devenu désormais un auteur à succès, est invité à y donner un cycle de conférences, Pendleton tente de se suicider. Une étudiante décide alors de consacrer sa thèse à l'œuvre romanesque de ce dernier, et découvre dans la cave dudit Pendleton un roman qu'il avait publié à compte d'auteur, dont il avait sciemment dissimulé l'existence à ses proches. Avec l'aide d'Horowitz, elle réusira à le faire publier chez un vrai éditeur, et le livre obtiendra un succès aussi bien critique que public. Sauf que... sauf que le livre raconte l'accomplissement d'un meurtre d'enfant qui ressemble étrangement à un fait divers non résolu advenu dans les environs... Or, le livre a été publié avant la découverte du corps. Le roman de Pendleton est-il vraiment une fiction, ou est-ce la confession glaçante d'un tueur d''enfant ?
La grande force du livre, c'est l"épaisseur de ses personnages: motivations complexes, doutes, faiblesses et forces nous sont admirablement décrits. Chacun a ses zones d'ombre qu'il tente de cacher aux autres, chacun traverse une crise qu'il tente de surmonter au milieu de cette affaire sordide dans laquelle ils sont, de près ou de loin, impliqués. Ainsi Adi, l'étudiante, se drogue-t-elle pour tenter d'échapper à un sentiment oppressant de culpabilité; Ryder, l'inspecteur enquêtant sur l'affaire, est empêtré dans des problèmes familiaux qu'il reporte sur son travail; Horowitz lui-même, nonobstant son indécente réussite, n'est pas exempt de manques et de remords. De plus, la description du petit monde universitaire de Bannockburn, rongé par les querelles mesquines, les problématiques stériles et gangrené par le fric, est plutôt bien vue, certains passages sont même très grinçants. Et puis, j'ai le livre se dévore agréablement sans pour autant que les ficelles ne soient trop voyantes: l'auteur sait se faire discret, laissant plus de pages à la profondeur des personnages aux dépens d'une progression de l'intrigue qui n'est pas pour autant oubliée.
Mais il ya a quand même ce satané défaut des whodunits: la fin, décevante, forcément décevante, bien qu'elle fasse preuve d'une certaine originalité. Toutefois, le lecteur a eu le temps de soupçonner de nombreux personnages, de questionner chacun des personnages interrogés par Ryder, et, comme dans Twin Peaks, de détecter sous le vernis de cette Amérique banale, les histoires enfouies d'amour, de haine et de violence.
Au final, une bonne petite lecture, quoique le genre whodunit décidément ne me convienne pas.
