La pluie, avant qu'elle tombe
Par Hurluberlu le dimanche 25 janvier 2009, 12:40 - livres (re)lus - Lien permanent
J'aime beaucoup les romans de
Jonathan Coe. J'ai découvert l'auteur avec Testament à l'anglaise, et
depuis j'ai lu quasiment tous ses livres (il me reste encore à lire La
femme de hasard) Si je suis plutôt reservé quant à Une touche
d'amour et Les nains de la mort qui ne m'ont pas laissé un grand
souvenir, je tiens La maison du sommeil et Testament à
l'anglaise pour des chefs-d'œuvres, qui m'ont procuré de très grands
plaisirs de lecture. Son dernier diptyque —Bienvenue au club et Le
cercle fermé— était peut-être un cran au-dessous, mais j'ai tout de même
dévoré avidement les deux pavés, qui restent également d'agréables souvenirs.
Et, comme cela avait été le cas avec pour son précédent Cercle fermé
que j'avais lu dès sa sortie ou peu s'en faut (grâce à un ami qui me l'avait
gentiment offert), c'est dès qu'il est sorti que je me suis lancé dans la
lecture de son dernier roman, intitulé La pluie, avant qu'elle tombe.
Que j'ai dévoré presque aussi vite que les précédents livres.
Coe délaisse ici les brillantes constructions d'échos et de coïncidences enchevêtrés pour un récit épuré, resserré autour de la voix de Rosamond, vieille femme décédée qui transmet aux générations futures, et tout spécialement à Imogen, une lointaine et mystérieuse parente, une histoire familale complexe et douloureuse, sur des cassettes enregistrées peu avant sa mort. Sur la majorité des pages c'est donc une voix d'outre-tombe qui narre les événements marquants d'une vie, résumés par vingt photos choisies par elle pour ce qu'elles enserrent derrière les sourires souvent trompeurs des personnes représentées. Car une photographie, saisissant un vague instant que l'on imagine heureux en raison du bonheur affiché des proches réunis, ment: derrière l'instantané trompeur sont enfouis tensions, rivalités, épisodes malheureux. Et aussi quelques moments de béatitude complets résumés par la poétique expression du titre: "la pluie, avant qu'elle tombe", expression enfantine que reprend Rosamond pour résumer un jour enchanté qui lui offrit une immense et simple joie.
Pas de dénonciations politiques comme on pouvait en trouver dans Le cercle fermé ou Testament à l'anglaise. Pas non plus de ribambelle de personnages allant et venant dans d'amusants chassés-croisés orchestrés par Coe, comme c'était le cas dans La maison du sommeil. Mais une prose qui a le raffinement de l'épure et la pureté du diamant; une simplicité nouvelle chez l'auteur: si on retrouve quelques uns de ses "trucs" narratifs —une énigme qui ne sera dévoilée qu'à la fin (qui est Imogen?), un récit qui recouvre un long laps de temps, etc.—, ils passent cette fois-ci au second plan au profit des descriptions d'images et des petites histoires qu'elles sous-entendent: ce qui compte au final, c'est le seul style de l'auteur.
