American Tabloid
Par Hurluberlu le vendredi 17 avril 2009, 19:11 - livres (re)lus - Lien permanent
Oui, ce
blog est quelque peu délaissé. Quoique rien ne me le certifie vraiment, j'ose
croire et espérer que je maintiendrai à partir de ce billet un rythme de
publication plus régulier... Une des principales raisons de cet abandon récent
(et que j'espère passager) tenait au fait que pendant quelque temps j'ai un peu
tergiversé quant à mes lectures, rejetant l'un après l'autre quelques pavés
pourtant bien entamés en raison d'un intérêt décroissant au fur et à mesure que
leur lecture avançait. Et pour pallier à cette baisse de régime, un jour je me
suis dit qu'une petite cure de romans policiers ne pourrait me nuire et
remettrait d'aplomb le lecteur las que je commençais à devenir. Bien m'en a
pris, puisqu'ayant commencé le premier des trois policiers achetés, je n'ai
plus décroché de l'écriture haletante et du récit passionnant avant d'avoir
fini les presque huit cents pages: American Tabloid, donc.
De l'auteur James Ellroy, j'avais auparavant lu Le Dahlia Noir, qui m'avait un peu déçu à cause de mon aversion profonde pour les whodunits; cela ne m'avait cependant pas empêché d'apprécier la maîtrise narrative de l'auteur, mais, comme toujours, je restais peu convaincu par l'immanquable résolution. Je n'avais cependant pas banni l'auteur de mes futures lectures pour autant et c'est un peu par hasard que mon choix s'est finalement porté sur American Tabloid: un ami m'en avait certes vanté autrefois les qualités, mais la taille du pavé n'était pas pour encourager le lecteur hésitant que j'étais devenu. Heureusement, le souvenir des recommandations de mon ami emporta ma décision...
L'histoire est impossible à résumer: les événements se succèdent au rythme effréné des retournement d'alliances, des complots politiques et des espionnages divers et variés. Pour simplifier à mort: à travers quelques personnages rarement sympathiques, nous visitons les arrières-cuisines peu reluisantes de la CIA, du FBI et de la présidence des États-Unis du 22 novembre 1958 au 22 novembre 1963. Et il s'en passe des belles: de collusions mafieuses en conspirations anti-castristes —le débarquement raté de la Baie des Cochons est étudié— nous parcourons cinq années d'histoire américaine plutôt mouvementées. Trois personnages principaux: Ward Littell et Kemper Boyd, agents du FBI; Pete Bondurant, brute épaisse et canadienne, séide d'un Howard Hugues claustrophile, haineux et dément. Autour d'eux? Les frères Robert et John Fitzgerald Kennedy, quelques boss mafieux, des agents de la CIA, des cubains anti-castristes, des membres du Ku Kux Klan, Howard Hugues et l'odieux et machiavélique John Edgar Hoover, patron du FBI. Les luttes d'influences, conspirations politiques et des trafics crapuleux animent toutes leurs relations.
Ce qui est formidable, c'est que non seulement on reste scotché à l'intrigue, mais qu'en plus on ne décroche jamais alors qu'elle ne cesse de se complexifier —le petit moins étant cependant que l'on perd en psychologie des personnages ce que l'on gagne en péripéties. James Ellroy est clairement un narrateur hors pair, capable de rendre compte d'une situation et de ses successifs retournements avec une économie de moyens impressionnante: un style sec et rapide, sans fioritures, nous entraîne dans ce maquis touffu sans que l'on s'y perde. En revanche, quoiqu'ils changent souvent de camp au cours de l'intrigue, les personnages restent sommairement esquissés: il ne faut pas attendre des créatures d'Ellroy de longues digressions introspectives sur leurs parcours. C'est là la grande force et la petite faiblesse de ce roman: le récit est admirablement mené, mais le lecteur gagne en efficacité du style ce qu'il perd en analyse des hommes et de leurs actions. Aussi ne sort-on pas vraiment du genre du récit d'espionnage, quoiqu'on prenne grand plaisir à s'y plonger; et il manque donc un soupçon supplémentaire de génie pour que cette lecture puisse rester imprimée dans l'esprit du lecteur. Car je suis persuadé que, quoique je puisse garder le souvenir d'un grand plaisir de lecture, j'aurai bien vite oublié personnages et intrigues principales.
