Bouge pas, meurs et ressuscite
Par Hurluberlu le dimanche 19 avril 2009, 13:55 - Films (re)vus - Lien permanent
Revisionnage hier soir de Bouge
pas, meurs et ressuscite, premier film de Vitali Kanevski (1990). En 1947,
sous Staline, en Sibérie, près d’un camp de travail où sont parqués notamment
quelques prisonniers de guerre japonais (mais pas seulement), deux enfants,
l’intrépide garçon Valerka et la fille plus réfléchie Galia, apprennent à
survivre. La force du film semble venir de ses défauts même; ou plutôt de ce
qui dans un certain cinéma serait considéré comme des défauts: les cadrages et
les placements sont souvent approximatifs, on n’a pas une image léchée et
surtravaillée, le scénario est très elliptique. Mais là n’est pas l’essentiel
pour le réalisateur: ce qui compte, ce sont ces deux jeunes personnages
fabuleux de vitalité, d’innocence et d’imprévoyance dans un univers marqué par
la folie des adultes et la dureté des conditions de vie. Cela fait autant de
vie qui explose dans le cadre, autant de vitalité enfantine qui surgit au
mépris d’une construction linéaire et transparente du récit, mais au profit
d’une ravissante liberté de style conforme à l’insouciance enfantine qu’il
dépeint. En arrière-plan cependant, c’est un tableau guère réjouissant de la
Russie de l’après-guerre, des privations et des persécutions qu’elle opère
—tableau qui n’a été rendu possible que par la glasnost
gorbatchevienne sous laquelle le film a pu se monter. On assiste à la folie des
hommes que le régime entend détruire, à la misère quotidienne, aux expédients
employés pour tenter de survivre au milieu d’une pauvreté générale. C’est
plutôt glauque, donc.
Mais au milieu de tout ça, il y a l’enfance, avec ses (grosses) bêtises et ses inventions, face à des adultes plutôt absents —et plutôt durs, sinon fous, dès lors qu’ils sont présents. Valerka, attachante graine de délinquant, et Galia, son amie plus posée, sont joués par deux acteurs fascinants: ils ont un naturel et une présence qui tient littéralement ce film. On s’attache aux personnages bien plus qu’à l’histoire, pleine de trous, de non dits qu’il faut savoir remplir: car ce sont les deux enfants le vrai sujet du film, et le naturel incroyable avec lequel ils jouent a de quoi captiver indépendamment des avancées du scénario. Scénario néanmoins très réussi, puisqu’il n’est jamais lourdement didactique, et qu’il offre un panorama presque documentaire d’une réalité historique longtemps tue dans le régime soviétique.
À ranger dans la série des chefs-d’oeuvres sur l’enfance, aux côtés des 400 coups, de L’enfance nue, de L’enfant sauvage et Allemagne année zéro. Et plein d'autres que j'oublie certainement...
