Le BannissementRevu hier soir Le Bannissement, d'Andreï Zviaguintsev. De l'auteur, j'avais énormément apprécié Le Retour, son premier film qui pour un coup d'essai était un coup de maître —il reçut d'ailleurs le Lion d'Or à Venise, chose exceptionnelle pour un film de débutant. C'était l'histoire de la confrontation difficile d'un père distant avec ses enfants qu'il avait quitté dix ans auparavant. On retrouve dans Le Bannissement l'acteur qui incarnait le père, Konstantin Lavronenko. Et justement, une des questions majeures du film est celle de la paternité, envisagée sous un angle métaphysique, voire théologique. Un autre abîme métaphysique qu'ouvre le film concerne l'amour —le couple du film l'a perdu, peut-il espérer le retrouver? Autour de ces enjeux très sommairement résumés nous est narré comment une famille part à la campagne, et le drame qui la déchirera.

"Épure" est le mot qui résume formellement le film: jeu des acteurs froid, dialogues brefs et peu nombreux, décors réduits à leur plus simple expression, scénario d'une simplicité évangélique et d'une profondeur philosophique abyssale. Il est d'autant plus difficile de rendre compte du film que ce qui s'y joue, en raison sans doute de cette épure même, dépasse de beaucoup la parole: derrière ces formes simplifiées à l'extrême, on plonge en fait dans des vertiges métaphysiques dont il est extrêmement ardu de rendre compte. Aussi, en raison de cette difficulté-même, je conseille tout simplement aux lecteurs de se lancer dans ce film subtil, pour tenter de saisir les abîmes complexes dans lesquels il nous plonge... et je m'arrête là.