Avant de poursuivre, je préfère citer cet aperçu intéressant de l'OBDNI pour que l'on comprenne à quelle forme de livre le lecteur est confronté: 

Il est évident en effetque Nemo Lokwat, ce "voyageur qui pourrait bien en cacher un autre" est en plus d'être un personnage vernien un avatar graphique de Chris Marker, cinéaste que personnellement je vénère et qui a la particularité d'être d'autant plus mystérieux que ses films —expérimentaux— sont célébrés. S'il y a une personne vivante qui échappe à toute biographie, c'est bien lui! Et c'est pourquoi Alexandre Kha a choisi de biaiser, racontant des fragments de la vie du cinéaste à travers les tribulations de cet étrange homme-chat qu'est Nemo Lokwat. L'attrapeur d'images est donc un jeu de piste, un roman graphique à clefs, et derrière les personnages évoqués se cachent de réelles rencontres de Marker: ainsi, Harry Langwatt est en fait Langlois, et Medvedkine est L'Homme-ours. Il est aussi amusant de retrouver des allusions à certain films de Chris Marker: à commencer par la phrase citée en quatrième de couverture: "c'est l'histoire d'un homme marqué par une image d'enfance"; il s'agit de l'incipit de cette merveille absolue qu'est La Jetée. L'oeuvre est d'ailleurs citée au cours du livre, comme d'autres moments forts de la filmographie markerienne, et pour un fan absolu, c'est un régal de retrouver ces courts extraits de l'œuvre du cinéaste. Mais c'est aussi un inconvénient du livre: les informations sur Marker étant cryptées par le filtre romanesque et graphique d'Alexandre Kha, certaines allusions m'ont échappé (par exemple: qui est Ferragus?). En même temps, cette façon très markerienne de brouiller les pistes, de travestir en conte graphique et philosophique une ébauche de biographie est sans doute l'un des plus beaux hommages que l'on pouvait rendre à Chris Marker: on est complètement dans l'esprit poétique de son œuvre si envoûtante. D'une certaine façon, Kha transpose en bande dessinée les principes mêmes de l'œuvre protéiforme de Chris Marker...Le livre se conclut par une bio-filmographie de Marker Lowkat, cet homme chat qui ressemble beaucoup à Guillaume-en-Egypte, à qui l'œuvre est d'ailleurs dédiée [Guillaume-en-égypte étant un chat-avatar de Marker]...

Et quoi de mieux pour clore ce compte rendu qu'un court-métrage de Marker en personne: La Jetée...


Pour des informations complémentaires, il y a le site de l'éditeur qui a d'ailleurs mis en ligne le dossier de presse (pdf)