En outre, nos guérilleros parisiens ne se contentent pas d'observer depuis leurs deux-pièces exigus la politique sud-américaine qui les révolte tant: ils s'emploient aussi à mener des actions subversives contre les gouvernements tortionnaires dans l'espoir que le marxisme enfin triomphe dans les terres natales qu'ils ont quitté. Cela va d' un esclandre poétique dans les bars-tabacs à base mégots de cigarette à la planification de l'enlèvement d'un diplomate argentin pour réclamer la libération de prisonniers politiques en passant par le trafic de pingouins et de tatous royaux pour transférer en douce de la fausse monnaie. Et là dessus s'entremêlent les histoires sentimentales très compliquées d'un de leurs amis, Andrès, qui quoiqu'il approuve les idées gauchistes véhiculées par le groupuscule, refuse de participer à leurs actions poético-politiques —ce qui sera la source d'une crise dans son simili-couple (à trois). 
À vrai dire peu importe ce qui se passe vraiment dans ce roman farfelu: car Cortàzar nous mène en bateau, se plaisant à jouer avec le lecteur dans un délire verbal halluciné; plutôt que de lire un récit construit, on plonge dans un long trip littéraire fait de longues digressions tout aussi loufoques qu'inutiles—par exemple sur les relations complexes entre masturbation et révolution—, de discussions aussi longues qu'arrosées et de luttes aussi révolutionnaires que comiques. En arrière-plan, se dessine bien sûr l'horreur politique du continent sud-américain dans les années 70, mais Cortàzar s'intéresse surtout aux délires verbaux de ses personnages qui représentent tous la douce folie ludique et extravagante de la littérature face aux oppressions de l'Histoire. Tout repose sur un style enchanté et délirant, et c'est pourquoi il est assez difficile d'entrer dans ce roman, tant la fureur joyeuse désoriente au début le lecteur... Mais vite on se laisse porter par la verve enchantée de l'auteur, réjoui de plonger dans cette agréable et allègre divagation.