A propos Bamb

Juriste repenti, vinylo-toxicomane, prophète garagiste, mais Excelien par nécessité . Milite pour l'humilité artistique et se passionne pour l'histoire.

Non, le Rock and Roll n’est pas mort, je l’ai rencontré

Rencontre avec le Rock and Roll

Ces derniers temps, la musique Rock and Roll s’est réjouie du retour sur le devant de la scène des groupes catégorisés comme « les grands groupes de rocks des années 2000 » : Strokes, Franz Ferdinand, Phoenix, Vampire Weekend… chacun y est allé de son album tant attendu par les fans et la presse, après trois voire cinq ans de dur labeur, de recherche artistique, de travail personnel, de projets ambitieux, de dépassement de soi, pour en arriver le plus souvent à un album qui, outre de sentir les pieds, se retrouve être un peu mou du flanc, sans personnalité, cachant le plus souvent un manque d’inspiration flagrant derrière une production qui en fait trop et une communication bien rôdée. Et bien sûr, en toute logique, ça marche. Le public (c’est-à-dire nous) fait semblant d’aimer, se persuade qu’au fond il écoute du Rock and Roll (bah oui il y a des guitares) comme papa en son temps, qu’il assiste en quelque sorte à un truc qu’il pourra raconter à ses enfants. Bref, le public ne bronche pas car on ne lui offre pas tellement le choix.
Ce que l’on sait moins par contre, c’est que, caché derrière les prix verts Fnac et autres  concerts au Zénith, se trouvent des jeunes (et vieux) groupes, talentueux, qui vendent des disques (Ah bon ?), partent en tournée tous les six mois, et sortent au minimum deux albums par an (si on ne compte pas les singles), le tout sur un support physique écoutable (et non pas perdu dans l’immensité internet et du big data), le vinyle.

Puisque je vous le dit.

Symbole de cette vitalité propre au Rock and Roll, de cet art de vivre qui a fait de cette musique une mentalité qui ne se prend pas au sérieux, la scène Rock and Roll Garage US est un vrai rayon de soleil dans notre paysage musical morose. Plonger en son sein, c’est un peu prendre le sentier broussailleux bordant la route goudronné, on ne sait pas trop sur quoi on va tomber mais on le fait car on souhaite tourner le dos à la grisaille qu’on nous impose.
Quand on y arrive, on découvre un véritable monde parallèle, un univers avec ses codes, ses groupes, ses cultures, ses histoires, ses anecdotes… Si l’Angleterre avait été la reine des années 2000 en matière de Rock and Roll (Libertines et Arctic Monkeys en tête), l’Amérique en est le prince déshérité des années 2010.

Il va bien falloir travailler méthodologiquement : ça sera géographiquement. Oui. Coup de projecteur sur cette scène alternative US qui mériterait qu’on s’y attarde, définitivement.

CALIFORNIA DREAMIN’

Haut lieu historique de rêverie Rock and Roll et autre vérités connues (Jefferson Airplane, Grateful Dead, Creedences, Doors…), la Californie est toujours, à l’image de la fille qu’on veut se taper le premier jour de rentrée, la plus belle, la plus intelligente, et la plus géniale à la fois. Elle est divisée autour de ses deux pôles, à savoir San Francisco et sa sœur rebelle, Los Angeles.

A « Frisco », c’est l’histoire d’une grande bande de potes réunis autour du véritable gourou de la ville, John DYWER. Ce gars-là, c’est le vieux briscard de l’underground qui a sorti pas moins de 20 albums depuis le début des années 2000, le tout sous plusieurs noms (le plus connu étant Thee Oh Sees), et qui a fondé le label CASLTE FACE Record qui lança de nombreux groupes de la bay arena.

Thee Oh Sees

C’est le groupe de Rock and Roll emblématique de la ville (et des US au sens large). Emmenés par le fameux John Dywer, ils ont sorti depuis 2007 dix albums (quand par exemple les Strokes en publient 5 en 12 ans). Leur discographie est articulé autour des albums du « vrai » groupe, et les projets solos de Dywer qui portent aussi le nom de Thee Oh Sees. Depuis 2011 et la sortie du fabuleux « Carrion Crawler / The Dream » et avec en 2013 « Floatin’ Coffin », les Oh Sees ont trouvé leur recette miracle, à savoir un Krautrock psychédélique ramassant absolument tout sur son passage et qui a doté le groupe d’une réputation en concert absolument remarquable (voir la photo de l’article). Les albums solos de Dywer, eux, sont plus une sorte de folk-rock un peu déglingué. Bref, un groupe mythique.

(Dywer en solo)

Ty Segall

Ty Segall, où l’image du kid blond surfer californien à chemise de bûcheron. Avant d’entreprendre une carrière solo (le plus souvent accompagné de side-kick), il a fait ses preuves en tant que batteur dans quelques groupes de Rock and roll lycéens (notamment les très bon Epsilon) et fait des concerts en one-man-band (assis derrière sa batterie avec sa guitare) pour cause de membres absents. Nouvelle coqueluche de l’Amérique, étoile confirmée de la scène garage rock US, s’est même fendu d’une couverture de ROCK & FOLK chez nous (Novembre), Ty Segall possède une discographie impressionnante faite d’albums solo (Melted, Goodbye Bread, Twins…), de collaboration avec ses nombreux potes (Hair, Reverse Shark Attack…) et autres projets de groupe (Slaughterhouse, Fuzz…). En 2012, le bonhomme n’a sorti pas moins de 3 albums dont nous vous proposons un extrait du psychédélique-folk « Hair » (en collaboration avec White Fence) ainsi qu’un live issue de « Twins ». Il est revenu en 2013 avec son album folk et intimiste « Sleeper » et un projet de groupe un peu lourdingue, FUZZ.
Extrait de l’album « Hair » (2012) avec White Fence

Ty Segall avec son band (dont Mikal Cronin à la basse) chez Letterman pour la présentation de son troisième album en 2012 « Twins ». Ca swingue ! 

 

 

The Fresh & Onlys

Autre groupe lancé par le label CASTLE FACE de Dywer, les Fresh & Onlys sont 4 potes assez éloignés de l’imagerie contemporaine californienne, emmenés par leur chanteur barbu et non moins énigmatique, Tim Cohen. Leur premier album éponyme sorti en 2009 reste un classique garage bouillonnant et vaporeux mais extrêmement talentueux. Les Fresh & Onlys ont su évolué au fil de leur 4 albums (et 2 EPs) pour aboutir avec « Long Slow Dance » en 2012 à un album très mélodique et pop, loin du Rock and Roll psychédélique garage de leur début. Fin mélodistes, chacune de leurs sorties est d’une qualité que peu de groupes peuvent revendiquer. Un aperçu de l’évolution du groupe avec trois chansons ci-dessous :
Peacok & Wing sur leur premier album psychédélique et nerveux sortie en 2009


Waterfall sur le très Hippie et Garage « Play It Strange » en 2010 

La chanson-titre Long Slow Dance sortie en 2012. [youtube]http://www.youtube.com/watch?v=jHoT9pK8wFc[/youtube]

Sonny & The Sunsets

Sonny Smith est un personnage un peu à part, comme un oncle du Rock and Roll bienveillant, sortant des disques d’une haute précision et d’une régularité sans faille avec son groupe des « Sunsets » depuis maintenant 4 ans. Sa musique se résume à celle d’une pop simple et joyeuse, sans artifices inutiles, doté d’une mélodie sympathique qui donne généralement le sourire. En 2013, le quatrième album du groupe Sonny & The Sunsets donc, fait part aux mélodies contemporaines avec un aspect folk toujours présent, et une qualité d’écoute irréprochable. Un artiste facile d’accès et sans prétention, à mille lieux de ce que l’on peut trouver aujourd’hui. Un extrait de son dernier album.

White Fence

Nom d’emprunt, White Fence est le projet Folk-Rock d’un artiste un tant soi peu solitaire nommé Tim Presley. D’abord installé à Los Angeles, le chanteur-guitarise rejoint San Francisco et toute sa clique de groupes tant pour l’ambiance et l’enthousiasme de la ville que pour le charme. Bricolo-débrouillard, l’artiste sort en 2009 un album solo fait maison (littéralement) qui eût un bon écho dans le cercle Garage Rock. Artiste prolifique, il sortira le très bon « Is Growing Faith » en 2011 pour s’associer avec Ty Segall sur « Hair » en 2012, mais aussi sortir ses deux albums « Family Perfume (Volume I & II) », et plus récemment en 2013 « Cyclops Reap ». On aime le côté simple et mélodique quoique bancal de son Garage Rock qui revêt un certain charme quant à sa simplicité d’élaboration.
Premier album en 2009

Outre ces artistes, on retrouve à San Francisco les défunts moustachus glamoureux Bare Wires (auteur du très Rock and Roll et Punk « Seeking Love » en 2010), pas mal d’artistes solos ayant participé de près ou de loin à des albums des groupes cités plus haut. Bref, une mine d’or de talents et de joie.
A Los Angeles, c’est un peu différent : moins de cohésion, moins de groupes, mais tout autant de qualité.

Fidlar

Jeunes, fougueux, rigolards, talentueux… De nombreux qualificatifs pourraient correspondre à ce jeune groupe (1er album en 2013) très prometteur qui a déjà fait parler de lui chez nous (disque du mois dans ROCK & FOLK, passage sur « L’album de la semaine » chez Canal +). Leur premier album est une pépite Garage-Punk mais, à la différence de nombreux groupes s’essayant dans ce domaine, il ne suffit pas de brailler fort et de dire des gros mots : Fidlar le fait, mais dans une évidence mélodique de haute volée, alternant urgences punks aux morceaux plus sympathiques et plus relax. Le tout saupoudré d’une savoureuse touche d’humour et d’autodérision dont on ne pourrait surtout pas imaginer que certains groupes en fasse preuve aujourd’hui. Un modèle du genre.
http://www.youtube.com/watch?v=BYbJmQj5VkE
Clip de « Gimme Something » où FIDLAR se prennent pour les CCR.

The Allah-Las

A l’inverse de Fidlar, les impeccables Allah-Las ont une allure plus bourgeoise et moins pittoresques. La bière et la sueur ont laissé place aux vestes en daim, moustaches taillés, et guitares carillonnantes. Outre ces petites remarques gentilles qu’on peut leur faire sur leur pose « bobo » et leurs filtres Instagram, il n’empêche que le groupe a livré un très bon premier album (éponyme, en 2012) et se pose comme admirateur des sixties oubliées. Leurs chansons talentueuses (Busman’s Holidays, Déjà Vue, Catamaran…) font tout de suite références aux Byrds et à la Californie ensoleillée. On ne boude pas notre plaisir.

The Growlers

Surfeurs branleurs, les Growlers ont (ré)inventé un style de musique qu’ils ont affectueusement nommé « Beach Goth » (héritage de Rock and Roll, Surf Music, Psychédélisme ayant pour ancêtres des groupes comme West Coast Pop Art Experimental Band…). En fait, le groupe a enregistré plusieurs EPs vers 2008 et, devant le succès du genre musical, ont décidé de réenregistrer leurs chansons pour sortir deux albums en 2009 et 2010. En 2013, ils publié le savoureux « Hung At Heart » fait de mélodies perchées, complaintes du chanteur accompagné par des arrangements simples et subtils (guitares claires, orgue pointilleux, rythmique entrainante). Alors que les gentils Allah-Las s’étaient approprié ce genre du « Beach Goth », les crados  Growlers nous rappellent que ce sont eux à l’origine du truc.

Foxygen

Le duo rock and roll plus ou moins californien de Foxygen jouit d’une belle réputation en devenir. Auteur d’un très bon album en 2012 qui fut notamment remarqué dans la presse « spécialisée » et la blogosphère française, les deux comparses ont sorti une petite merveille cette année avec « We Are The 21st Century Ambassador Of Peace & Magic » (tout un programme). Révélateur de leur popularité en devenir, on trouve le vinyle à la Fnac. Le disque est un savoureux mélange de psychédélisme à l’ancienne, douceur pop innocente, rock and roll enjoué, où les rythmes s’enchaînent et se défont selon les incantations très Jaeggerienne du chanteur. Leur chanson « San Francisco », est surement l’une des plus belle réussite de l’année.

LOOKIN’ FOR DETROIT

Outre la Californie, la ville de Détroit peut se targuer d’une scène prolifique et historique (White Stripes au hasard). Décryptage de deux groupes à l’image de leur citée, « Rust Belt » du rock Garage.

The Dirtbombs

Les Dirtbombs, c’est deux basses, deux batteries, 40 ans de moyenne d’âge, 6 albums, et une quantité incalculable de 45 tours. Le groupe qui publia son premier « opus » (quel vilain mot) en 1998, vient de sortir son nouvel « LP » en 2013 (bien mieux). Outre des prestations live à déboucher les tympans, l’image d’indépendance que représentent les Dirtbombs, et l’authenticité dont ils font preuve, font que le groupe possède une grande notoriété sur la scène alternative américaine. Bref, 15 ans après leur premier album, ils continuent de faire des concerts, sortir des disques, envoyer la sauce sur différents concepts (reprises de titres techno de Détroit version Rock and Roll sur « Party Store », adaptation de succès Motown façon Stooges sur « Ultraglide in Black »), et de régaler leur public à chaque apparition. Respect.

The Go

The Go est un groupe caractérisant bien l’injustice musicale qui peut frapper le talent et ne plus le lâcher pour toujours. Quand on voit certaines « choses » qui remplissent les stades à n’en plus pouvoir et qu’on remarque que The Go n’est jamais sorti de l’ombre en 15 ans de carrière, ça fait réfléchir. Comme les Dirtbombs, les Go ont sorti leur premier album en 98 et comptait dans leur rang un guitariste nommé Jack White, futur fondateur d’un groupe nommé White Stripes. « Watcha Doin’ », « Hawl The Haunted Beat You Ride », et plus récemment en 2013 « Fiesta », The Go sortent des albums d’anthologies qui ne trouvent écho ni dans la presse, et encore moins au sein de la population. Pourtant, certaines bonnes âmes militent corps et âmes pour la reconnaissance du groupe de rock and roll comme  le label français « Mauvaise Foi Record » qui a pris l’initiative d’éditer chez nous l’édition vinyle du nouvel album « Fiesta ». Franchement, allez-y, ça vaut le coup. Un extrait ci-dessous.


Plus au Sud, à Atlanta, se trouvent les chefs de file du mouvement garage américain, les célèbres et grands déconneurs de The Black Lips.

The Black Lips

Les Black Lips, c’est la grande classe. Fondé au milieu des années 2000, le groupe aux reconnaissables références sixties a su capter l’air de son temps pour proposer un Rock and Roll terrible, bordélique à souhait, plaisant, et indéniablement génial. Leurs albums s’enchainent et le succès ne se dément pas, tournant au quatre coins de la planète et faisant à chaque fois salle comble. D’une simplicité déconnante, leur musique représentent parfaitement ce qu’on appelle (souvent à tort et à travers) le « Garage Rock » : une batterie, deux guitares, une basses, des chœurs, de la bière, de la fuzz, et du talent. Leur dernier album en date, « Arabia Mountain » sorti en 2011 contient de nombreuses pépites et s’écoute d’une seule traite malgré ses 14 titres. On ne peut que conseiller l’autre chef d’œuvre du groupe, « Good Bad Not Evil » publié en 2008 et l’hilarant titre Bad Kids. En concert, c’est tout autant jouissif (crétinerie sans fin, envahissement de scène quotidien, canettes de bières volantes…). Pour vous dire à quel point ces groupes de rock and roll marquent une rupture avec ce que l’on veut bien nous faire écouter à la radio et voir à la télévision, leur concert à Lyon en juin dernier s’est passé dans la banlieue-usine de Feyzin, dans un gymnase que l’on avait séparé en deux d’un grand draps blanc, et d’une soirée inoubliable pour les 100 personnes présentes. Pourvu que ça dure.

http://www.youtube.com/watch?v=lrNSjItTfes
Pour finir notre tour d’horizon, direction Miami et ses joyeux lurons des Jacuzzi Boys, qui viennent de sortir leur troisième album.

Jacuzzi Boys

Dans la même veine Californienne, les Floridiens de Jacuzzi Boys sont un groupe plutôt pop qui signe un parcours sans faille depuis la sortie de leur premier album « No Seasons » en 2010. Par la suite, ils sont sorti un des meilleurs albums en 2011, le très apprécié « Glazin’ » : une production épuré, un style minimaliste et direct, des mélodies qui reste en tête, que demander de plus ? Après avoir gagné leurs galons de groupe plus que recommandable notamment sur scène, les Jacuzzi Boys viennent de sortir leur troisième album, plus pop, toujours aussi évident, et qui ensoleille un peu notre automne.

Extrait du nouvel album éponyme

Automatic Jail sur l’album « Glazin' » publié fin 2011

MORALE

On aurait pu en citer d’autres, (les New Yorkais de Woods et Crocodiles, les Night Beats, les Cosmonauts…), parler plus longuement du rôle des labels indépendants (In The Red, Castle Face, Woodist…), mais ça serait trop en demander au pauvre lecteur qui a déjà du mal à ingurgiter tout ça.
Tant mieux, il vaut mieux prendre son temps, ne pas faire le choix de la course effréné à la découverte, en gros plutôt que d’enchaîner des shots de Vodka en continue, savourez une bière chez vous tranquillement.
Mais par contre, il serait dommage de parler de tout cela sans évoquer le vinyle. Oui, le vinyle. Car il faut savoir que lorsque qu’on vous parle d’albums, de singles, d’EPs, ce n’est pas un mythe : ces disques sortent vraiment, ces disques sont achetés, ces disques sont en ruptures de stock messieurs (et on ne parle pas de trois exemplaires). Il y a des gens chez eux qui possèdent vraiment ces chansons, qui les écoutent sur leur platine, des jeunes, des vieux.

Oh Sees Vinyk

« Castle Mania » des Oh Sees sortie en 2011. C’est quand même autre chose qu’un onglet Bandcamp
Aller chez le disquaire, c’est un sentiment que notre jeune génération avait oublié. Trouver la perle rare, demander conseil, toucher son disque, le sentir, l’écouter tranquillement en suivant le débat de passionnés se déroulant à côté de nous, tant de chose qui font que nous conseillons au moins, si l’idée d’acheter des disques vous refroidi vous et votre budget, de pénétrer dans ces haut-lieux de musiques et de culture, juste pour voir (et écouter). Ca vous changera de Deezer, radicalement ! (Bien sur on peut faire les deux).

Dangerhouse, à Lyon, surement le meilleur disquaire hexagonal.
Quoi qu’on en dise, la transmission musicale et la popularité ne se mesurent pas en visionnage Youtube ou en écoute sur Bandcamp, non. Quelle prétention de s’estimer artiste de renom quand personne chez soi ne possède sa musique, quand on n’est pas capable de donner, si on le demande, le moindre disque publié en son nom.

L’EP « Secret Walls » des Fresh & Onlys sortie en 2011. Généralement, les labels insèrent un coupon de téléchargement gratuit de l’album.

Il est aussi important de parler des concerts : ici, point de stades, de salles géantes où vous passez la plupart de votre temps à regarder l’écran géant à défaut de véritablement voir le groupe jouer. Les groupes cités ici jouent généralement dans des salles accueillant de 150 à 700 personnes, ce qui créer une véritable ambiance où l’on est en réelle communication avec les artistes qui sont littéralement à deux pas de nous. Faut savoir aussi qu’ils ne chôment pas. Lorsqu’ils partent en tournée européenne, les groupes font ce qu’on appelle le one night one show, à savoir un concert par soir dans une ville différente, et cela sans interruption, une vrai vie d’artiste. C’est quand même toujours sympa de pouvoir fumer une clope avec eux au début du concert et de les voir derrière leur comptoir pour vendre leurs propres disques et autres badges & T-shirts…  En plus, quand le prix d’une place se situe aux alentours de 15€, on est toujours gagnant.

Les Jacuzzi Boys au Point Ephémère à Paris fin Novembre. 200 personnes à tout péter.
Dans cet article, les groupes dont on vous parle ne sont pas des musiciens underground enregistrant de la musique à l’aide de logiciel plus ou moins obscurs et dont la sphère d’écoute et leurs trois vinyles ne dépassent pas la cour de récré ou la complaisance des amis. Non, ces musiciens ont du succès, tentent de vivre de leur musique (et de toute façon s’en foutent), sortent des disques (que l’on trouve à peu près partout) car ça leur plait, ne se foutent pas de la gueule de leur public en annulant des concerts pour cause de maux de gorges (sachant qu’en plus ils en font un par soir généralement), s’amusent, nous régalent, et rendent vie à cette musique appelé Rock and Roll vouée à ne jamais disparaître.
Pour vous aider à vous y retrouver au milieu de cette sélection (non exhaustive) d’artistes plus talentueux les uns que les autres, on vous a fait une petite playlist à écouter au coin du feu:

A choisir entre la route goudronnée ou le chemin broussailleux, on a vite fait notre choix chez Hurluberlu.fr !

Une journée avec: Les « NUGGETS »

Il était une fois les Sixties, il était une fois l’innocence et la violence réunies en un seul.  Il était une fois les « Nuggets ».

American [sixties] dream

Avant l’entrée en matière, définition physique : NUGGETS, c’est une compilation paru en 1972 sur le label ELEKTRA (celui des DOORS, STOOGES et de LOVE entre autre). Qu’est ce qu’on y trouve ? Des groupes ayant enregistré un ou deux 45 tours à l’époque (voir un 33 tours pour les plus talentueux [chanceux ?]) et qui sont tombés dans l’oubli peu après.
L’histoire se déroule entre 64 et 67 dans une Amérique alors envahie par le « British Beat » : Beatles, Stones, Kinks, Who, Yardbirds… Tous ces groupes au fort relent R’nB et Pop fascinent alors les jeunes américains (en particulier les blancs, en perte d’identité musicale avec le déclin du Rockabilly. Les jeunes noirs ayant encore le blues, la soul, et le mouvement Motown qui commence à sérieusement enflammer les pistes de danse). C’est alors qu’une grande partie de ces jeunes sans repère vont s’acheter une première guitare, un fut de batterie, un 45 tours, et vont commencer un peu partout dans le pays à répéter chez eux, jouer « Louie Louie » dans les clubs de la région, le rock « Garage » était né.
Étonnant paradoxe que de voir des groupes Anglo-saxon, directement inspirés de la scène Blues, R’nB, Rock’n Roll américaine, brancher les Américains sur leur propre musique qu’ils avaient oubliée.
Cela dit, passons. Tout d’abord l’objet : double 33 tours, pochette assez barrée, avec une inscription « Original Artyfacts From The First Pschychedelic Era 1965-1968 ». On tient là quelque chose d’important, chargé d’histoire, du « lourd » en quelque sorte. Après le cérémonial quasi-religieux de la pose du disque sur la platine et le crépitement du sillon, les premières notes se font sentir… Ca sent le Psyché à plein nez, ça bouillonne dans la pièce, et les ELECTRIC PRUNES jouent « I Had Too Much To Dream Last Night ». Le morceau met du temps à partir, la Fuzz résonnante capte l’attention, la voix s’élève, et décolle lors du refrain. Et nous on se met à rêver. Brutalement réveillé par la fin du morceau, trois notes de guitares et le frétillement d’un tambourin : c’est les STANDELLS qui répètent tranquillement leur leçon de British Beat. Une guitare, puis un clavier, puis une basse, et une chanson qui prouve encore une fois qu’un morceau à trois accords peut allègrement battre un titre de plusieurs minutes aux arrangements pompeux et au concept éprouvant : un modèle du genre [Dirty Water].
Belle mise en bouche avec des groupes comme ceux cités plus haut. On continue sur notre lancée avec le rythme soutenu et un clavier qui fait fortement penser aux 5 Gentlemen et leur « Si Tu Reviens Chez Moi » (Vous ne connaissez pas les 5 Gentlemen ? On y reviendra). Le trio des STRANGELOVES nous livre un morceau classique et direct. On prend [Night Time]. Arrivent alors les « Faboulus Knickerbockers » comme décrit sur la pochette de leur album : un titre « Beatlesque » où l’énergie déployée, l’interaction entre les deux grattes, et la naïveté des paroles fait mouche [Lies].
Et puis il y a les VAGRANTS. Ah, Les Vagrants… Un seul 45 tours publié, ces gars là venaient de New York, avaient une certaine classe, et une maturité dans leur reprise de « Respect » assez impressionnante. Un orgue tout simplement parfait, des chœurs approximatifs comme on les aime, et un chanteur vraiment crédible. Malheureusement pour eux [à l’heure où j’écris, le solo d’orgue résonne dans la pièce, petite pause], Aretha Franklin sortait sa version de « Respect » un mois après celle des Vagrants, les condamnant à ne pas sortir de leur club de Long Island pour le restant de leur courte carrière…

Si on apprécie le caractère jeune et rageur des groupes « Nuggets », l’inspiration ne fut pas parfois leur point fort : si lors du prochain morceau vous pensez entendre « Like a Rollin’ Stone » de Dylan, c’est normal, c’est quasiment la même chanson. MOUSE & The TRAPS nous livre quand même un titre sympa [A Public Exécution] ponctué d’arrangements bien sentis (guitare lead & orgue en particulier). On finit sur « No Time Like The Right Time » des BLUES PROJECT. Là encore, un orgue délicat rythme le morceau où les chœurs se chargent de soutenir la diatribe du chanteur. Un titre qui n’arrivera que 96ème au Billeboard Américain.
On a finit la face A, ouch… On prend le temps, certains allumeront une cigarette, d’autre iront boire, quelques uns iront se perdre dans la pochette barrée du disque (comme moi). On attend la suite, qui va être à la hauteur, je vous le dis.

Retournement du disque, crépitements, j’en passe. Si on avait gouté à l’innocence de la face A, on découvre la violence de la face B. Riff brutal, guitare fuzz, voix engagée, les SHADOW OF KNIGHT balancent « Oh Yeah » de manière impressionnante. Je suis toujours scotché par ce morceau. En passant, les SHADOW OF KNIGHT, une des meilleures formations de Chicago qui réussira à sortir deux très bon albums en 1966. On traverse l’Amérique pour se retrouver à l’ouest, à Los Angeles. Cette ville avait les DOORS, elle avait aussi les SEEDS : « You’re Pushin Too Hard » sera le gros succès du groupe. Un son inimitable (une gratte délicate, un orgue au son particulier, et la voix de Sky Saxon, chanteur-bassiste, reconnaissable au premier cri). Couplé à un autre succès « Can’t Seem To Make You Mine », le groupe aura une durée de vie correcte pour un groupe Nuggets.

Les SEEDS qui prennent la pose

On ne peut pas reprocher au disque d’avoir quelque moment de faiblesse, du moins c’est ce que je pense du morceau qui suit : « Moutly » des BARBARIANS, qui racontent l’histoire du batteur (Moulty justement) qui perdit sa main droite dans un accident de voiture et qui s’épanouira grâce à la musique et à son groupe. Outre l’histoire sympa, on retiendra de ce morceau l’harmonica plutôt cool.

Des faiblesses surgissent les points forts, c’est connu, et c’est ce qui arrive à Nuggets. Après l’apaisement de « Moulty », débarque un des groupe les plus talentueux du disque, les REMAINS et leur « Don’t Look Back » rageur. On imagine déjà leurs concerts déjantés à Boston dans les salles de 20m²… Tout est parfait dans ce titre, les accords qui maintiennent la chanson de manière stupéfiante jusqu’à la coupure incroyable où cette même guitare balance un riff tranchant, le chanteur nous interpelle, la basse débarque à son tour, et tout reprend de plus belle quelques secondes après. Extra.

Les REMAINS, qui ont quand même fait les premières parties des Beatles lors d’une tournée américaine

Le disque nous offre un nouveau moment d’apaisement avec « An Invitation To Cry » des MAGICIANS. Plutôt sympa, mais trop sentimental pour nous on va dire. Et pourquoi ? Pour enchainer avec un titre symbolisant à lui seul l’esprit Nuggets « Liar Liar » des CASTAWAYS (qui apparaît sur la BO d’Arnaque, Crime, et Botanique). Mais l’aspect cool du titre n’est pas là : crée par une bande de potes dans la région de Minneapolis, ce groupe sortit un seul titre qui se plaça 12ème du billeboard durant l’été 1965 et disparu par la suite. Encore un orgue fameux, une guitare qui fait son job, une voix particulière, telle est la recette Nuggets.

Arrivant à la fin de cette face B, le disque nous achève avec « You’re Gonna Miss Me » des 13th FLOOR ELEVATORS (surement le groupe le plus connu de cette compilation avec Count Five). Machisme exacerbé, violence revendiquée, concept complètement barré (le « tougoudougoudou » que vous entendez, c’est un type qui a installé un micro dans une jarre et souffle dedans, avouez que c’est cool), les 13th FLOOR ELEVATORS venaient du Texas, et le Texas n’aimait pas ce genre de chevelu consommateur de drogues, ce qui leur créa quelques problèmes et notamment un exil en terre alliée, à savoir San Francisco. Les Punks avant l’heure.


Les 13th Floor Elevators sur un show télé avant qu’ils soient considérés persona non grata au Texas

A l’image de Sir Edmund Hillary se reposant et contemplant la vue après avoir franchi une des faces de l’Everest, on a franchi les deux premières de Nuggets, et on ne boude pas notre plaisir.

Mais le temps du repos attendra, on a trop à faire. Mes amis, le Psychédélisme nous attend, et il est pressé d’en découdre. Passé le crépitement, la fuzz résonne de plus belle, l’harmonica semble sortir des tréfonds de nos enceintes, la rythmique se met en place, la batterie assure son rôle, le chanteur nous explique qu’il a perdu la fille qu’il aimait et on a droit à un des plus gros morceaux de Nuggets : « Psychotic Reaction » de COUNT FIVE (qui restera 12 semaines dans le TOP TEN du billeboard lors de l’automne 1966). Et le groupe lui, restera dans son fief de San Diego, ne bougeant que le petit doigt pour aller faire un show télé par ci par là. Le disque explose ensuite sur un grand classique « Hey Joe », par les LEAVES, présent sur un grand nombre d’albums Garage de l’époque (on ne parle pas d’Hendrix). Sur ce morceau, on retiendra surtout la basse claquante assez impressionnante qui semble vraiment porter l’ensemble du groupe sur toute la durée de la chanson.

Après ces deux morceaux très bon mais qui pourraient altérer l’écoute d’un auditeur n’aimant pas vraiment s’aventurer sur les chemins tortueux du psychédélisme, Nuggets lui offre sur un plateau un titre entrainant, ponctué d’un orgue (j’ai un problème avec les orgues) encore une fois à tomber par terre, des claquements de mains qui swinguent, et deux minutes de bonheur avec « Romeo & Juliet » de MICHAEL & THE MESSENGERS, on en redemande. Dernier répit avant la fin de cette face qui, je vous l’annonce, mettra votre patience et vos oreilles à rude épreuve, « Sugar & Spice » des CRYAN SHAMES, un de mes titre préféré. De la pop ensoleillé comme on en aime,  une gratte fabuleuse, un ensemble de voix qui réchauffe le cœur et l’esprit, un titre qui donne envie de sourire, même devant le dernier album des RHCP. Je vous avais prévenu, ce qui suit est à réserver pour les mélomanes complexés, les snobs inassumés, ou encore les masochistes repentis. Deux titres, deux hymnes au psychédélisme dézinguant, quoique bordées par une morale pop et garage. Comprenez : on expérimente mais on ne dépasse pas la ligne jaune de l’inutile, du pompeux, et de l’éprouvant. « Baby Please Don’t Go » des AMBOY DUKES, et « Tobacco Road » des BLUES MAGOOS sont le bouquet final de cette 3ème Face. Concernant les « MAGOOS », ces new-yorkais ont publié deux bons albums en 66 et 67 qui restent quand même moins timbrés que cet excellent « Tobacco Road ».

Le seul disque sorti par les Blues Magoos en France (1966), un EP 45 tours comprenant « Tobacco Road » mais aussi leur excellent single « We ain’t Got Nothing Yet ». Disque côté aux alentours de 100€. « Psychedelic Sound  » indique alors la pochette…
L’esprit vidé ou en état de névrose avancée, on lance la dernière face du disque. Peu de répit pour notre pauvre personne, le CHOCOLATE WATCH BAND envoie « Talk About Girls » : assez sombre, voix grave, guitares insistantes, refrain nerveux, rien n’est fait pour nous détendre, le disque nous teste. On prend note. Puis les nuages se dispersent, le soleil pointe le bout de son nez, on respire, « Sit Down I Think I Love You » de MOJO MEN trace une nouvelle route, celle de la pop joyeuse, avec des relents de Flower Power qui commence à poindre. Le morceau suivant continue sur cette voix, « Run Run Run » de THIRD RAIL, une intro qui balance, une voix niaise, des chœurs qui assurent, les heures sombres de « Baby Please Don’t Go » et de « Tobacco Road » semblent être loin. On se met ensuite à planer avec « My World Fell Down » de SAGITTARIUS. Des chœurs à la BEACH BOYS, un morceau délicat qui fait place aux mélodies vocales, et qui s’autorise même la venue d’un violon (chose rare sur Nuggets). C’est pas tout mais où sont passés la violence et l’esprit festif du premier disque ? Les NAZZ sont là pour assouvir notre demande avec « Open My Eyes » : une énergie débordante, une solidité dans le morceau, un effet flanger sympa (bon, ils en abusent un peu, mais que voulez vous, les types de l’époque le découvrait, on leur pardonne. Regardez Hendrix sur « Electric Ladyland »).  S’en suit un gros retour aux sources avec « Farmer John » des PREMIERS (un des rares groupes latino-américain de l’époque), enregistré live (cri de groupies, claquement de mains, ambiance…). Grand classique donc avant de s’attaquer à un gros morceau, comme les 500 derniers mètres d’une ascension, il nous reste à écouter « It’s-A-Happening » des MAGIC MUSHROOMS (ils n’ont pas choisi leur nom au hasard), là encore Nuggets fait la loi, un trip barré, ponctué d’un orgue salutaire, et d’une philosophie de vie à débattre.

Le CHOCOLATE WATCH BAND et ses bottines

Puis le son n’est plus, le bras de la platine va retrouver sa place qu’est la sienne, le disque cesse de vivre, et nous on est sonné. Il faut le dire. On vient de prendre en pleine face 4 années d’une des périodes les plus créatives, la plus intense du Rock’n Roll. Rappelez-vous « Original Artyfacts From The First Psychedelic Era »…

Bref, les NUGGETS restent une référence absolue pour de nombreux groupes (il n’y a qu’à voir la nouvelle hype concernant les STRYPES et leur « You can’t judge a book by looking at it’s cover » reprise des Shadow Of Knight). Le monde ne retiendra de ces groupes pas grand-chose, mais ils représentent une sorte de musique restée en dehors des canaux du « mainstream », de la popularité facile, même si, certains groupes, non sans un étonnement certain devant l’engouement de leurs disques rapidement oubliés, ont décidé de reprendre leurs guitares et leurs claviers et d’abandonner leur poste d’employé administratif, de buraliste, de vendeur de vélo, pour faire des concerts, jouer leurs chansons, et partager leur passion, celle de la musique simple, sans prétention, universelle.

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