Quand JusTice fait du Soulages (ou l’inverse)

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Un jour, je couvrais une expo de Pierre Soulages et le gars me dit : « Tu vois, dans le noir en fait, on trouve tout un tas de couleurs. Et on se rend compte qu’il n’y a pas un seul noir, mais bien plusieurs. La nuance, c’est important. » Et il m’achève en disant : « En fait, c’est toujours dans les choses qu’on croit absolues que se trouve l’infini. » Autant dire que j’ai écouté, en pensant qu’il aurait pu me dire ça autrement. Par exemple : « Tu vois mec, c’est dans les choses qu’on croive qu’elles sont finies, qu’en fait elles continuent, jusqu’à temps que le monde tourne dans le sens des aiguilles d’une horloge ». Malheureusement, on était dans un musée et pas dans Les Anges de la Téléréalité. Du coup, j’ai eu droit à un cours particulier par quelqu’un de très important dans le milieu de l’art moderne, et ça n’a pas de prix (enfin si, celui du billet d’entrée, gracieusement offert pas la rédaction pour laquelle je grattais du papier).

« Soulages est à la peinture ce que Justice est (bon ok… était) à la musique. »

Pour mettre un peu la chose en perspective, Soulages est à la peinture ce que Justice est (bon ok… était) à la musique. Il faut faire un petit retour en arrière pour se rappeler d’un groupe électro français, à l’époque complètement inconnu. D.A.N.C.E. arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, inattendu et assez frais. Pourtant, juste avant ça, ils avaient cartonné avec un remix de Simian Mobile Disco, We are your friends : c’était la ligne de basse qui faisait tout. Clairement, Justice avait trouvé son créneau, une musique un peu sombre, saturée, presque « dégueulasse ». Dans la foulée, le premier album arrive et confirme la chose ; j’en conserve un magnifique vinyle, baptisé Cross, en vestige de cette époque bénie, à côté du Homework intemporel des Daft Punk.

« Phantom Part.1 et Part.2 ; les fantômes, c’est fait pour hanter n’est-ce pas ? »

 

Écouter Cross, c’est comme entrer dans une cathédrale où la lumière ne fonctionnerait pas, où le ménage n’aurait pas été fait depuis des mois, où les curés seraient habillés en soutanes de cuir. On est dans un univers entre rock, punk, électro et grande invocation religieuse. Alors sans refaire tout l’album, il y a quand même quelques morceaux qui vivent dans l’inconscient électro : Phantom Part.1 et Part.2, les fantômes, c’est fait pour hanter n’est-ce pas ? Mais quel rapport entre Pierre Soulages, Justice et la musique électro ? Calmez-vous, la réponse est pour bientôt.

10 juin 2007, fin de soirée. Je crois me rappeler que l’été était déjà là. J’attendais patiemment l’arrivée de mon groupe préféré sur les ondes de la BBC. L’émission dans laquelle Pete Tong propose un Essential Mix, orchestré par les plus grands DJs du moment. L’émission continue toujours aujourd’hui et très franchement, on a jamais l’occasion d’être déçu. Les meilleurs (bon, les pires aussi) sont passés par là. C’était le soir de JusTice. Casque sur la tête, prêt à bouger mon corps, les paroles si reconnaissables de Pete Tong annoncent la couleur : « blablabla French artists blablabla Xavier de Rosnay bla Gaspard Augé blabla they are Justice ». C’est là que tout a commencé.

« On était en plein miracle, genre une oasis de couleurs musicales dans un désert de lignes de basses saturées. »

J’avais jamais vraiment entendu un truc comme ça. C’était à base de sons des années 80, mixés avec des morceaux électro de l’époque, eux-mêmes mixés avec du Justice. En gros, France Gall répondait à MGMT, en glissant doucement vers Stress. Pourtant, ce grand fouillis maîtrisé était absolument génial ; Justice avait réussi à mettre de la couleur dans sa musique obscure, sale, angoissante. On était en plein miracle, genre une oasis de couleurs musicales dans un désert de lignes de basses saturées. Une explosion de rythmes, entre « Ils sont pas sérieux ?! » et « Putain c’est vraiment trop trop stylé ! ». En fait, c’était du Pierre Soulages musicale, les 50 nuances de noir revues et corrigées par les professeurs de la French Touch des années 2000.

Depuis, c’est le calme plat. Le duo est muet, et on raconte qu’on peut croiser Gaspard dans le métro parisien, toujours avec la même coupe, toujours avec la même moustache. Son fantôme sonore traine par là, surement à la recherche d’inspiration, apportée par le claquement des rails des rames furieuses du métro. À quand la suite, les gars ?

Cinéma – lorsque la jeunesse inspire

Comme disait François de La Rochefoucaud, « la jeunesse est une ivresse continuelle ; c’est la fièvre de la santé, c’est la folie de la raison ».

C’est d’ailleurs sûrement pour ça que le cinéma s’en inspire régulièrement. À cet égard le réalisateur français, Kim Chapiron, a sorti au début du mois d’avril, un film retraçant l’histoire de trois jeunes étudiants d’HEC qui montent un réseau de prostitution sur le campus de leur école de commerce. Une comédie tragique, qui critique, sans condamner, le déterminisme social de ces « pauvres bougres » qui encouragent l’exploitation de l’homme par l’homme. Exécuté de main de maître par l’ancien membre du collectif Kourtrajmé, mis en musique par quelques membres du team ED Banger (Justice et  Breakboat entre autres), ce film est surtout l’occasion d’aborder encore une fois  un sujet qui inspire le cinéma: la jeunesse.

L’occasion pour nous de revenir sur une petite sélection de films dont les protagonistes sont des jeunes.

Le + juridique : Quatre garçons pleins d’avenir

Le film français que chaque étudiant en droit doit avoir vu au moins une fois dans sa vie. L’histoire de quatre potes, étudiants à la faculté de droit d’Aix en Provence, qui découvrent leurs  résultats de fin d’années. Alors que trois d’entre eux obtiennent leurs licences, le quatrième, le bien nommé Arnaud, découvre qu’il manque  pour la troisième fois consécutive sa première année. Commence alors une soirée de fin d’exam, qui va entrainer les quatre amis d’aventure en aventure. On notera la participation exceptionnelle du héros national, le père du « petit bonhomme en mousse » : Patrick Sébastien et rien que pour ça, on vous le conseille.

Le + Rebelle : Le péril jeune

Un ami  m’a dit, un jour « j’ai essayé, de vivre mon année de terminal, comme dans « le Péril jeune ». Sur le coup je n’avais pas relevé la portée de sa phrase, mais depuis que j’ai vu le film et surtout que j’ai appris à connaître mon pote, elle a pris un sens tout particulier. Car le « Péril jeune » est une ode à la jeunesse et surtout à la liberté frondeuses que l’on a lorsqu’on la détient.

Rimbaud disait « on n’est pas sérieux lorsque l’on a 17 ans », et c’est bien vrai.

D’un point de vue cinématographique, « le Péril Jeune » c’est le premier film de Romain Duris et c’est aussi l’un des premiers de Cédric Klapish, s’en suivront ensuite bien d’autres entre les deux hommes et notamment toute la saga de l’Auberge Espagnole (les poupées Russes et  le Casse-tête Chinois).

Mais d’un point de vue simplement de spectateur, « le Péril jeune » reflète vraiment ce qu’est la jeunesse d’une certaine époque, à savoir celle des années 90. Si le décor a un peu changé en presque 20 ans, les préoccupations et  les mentalités sont demeurées identiques.

Si la force de la jeunesse était justement d’être immuable, drôle de paradoxe, que vous pouvez (re)vérifier en regardant le film.

Le + musical : Quadrophenia 

Keith Moon, le batteur génial et fou des « Who »

Quadrophenia est l’une des deux  comédies musicales composées par le groupe anglais The  Who qui a donné lieu à un film (avec Tommy).

Sortie en 1979, Quadrophenia raconte l’histoire que se sont livrée les Mods  (abréviation de modernist)et les Rockers dans l’Angleterre des années 60. Si les premiers aimaient rouler en scooters Vespa (ou Lambretta) , et avaient un style  plutôt Preppy (chemise Ben Sherman, Jean’s Levis 501 et chaussure Italienne, le tout couvert par une parka kaki). Les seconds quant à eux,  roulaient  en moto et aimaient à porter des perfectos en cuir.   Au-delà des différences de style, Quadrophenia est une belle plongée dans l’Angleterre  pré-Thatcherienne avec une bande originale incroyable, réalisé par un des plus grands groupes de tous les temps.

https://www.youtube.com/watch?v=HcyuJTgKjZc

 

Le + sociétal : La Haine

Encore un sacré film de ouf et encore une bande-son de malade mental et là encore la découverte d’un acteur exceptionnel, puisque c’est le premier film du grand Vincent Cassel, alias Vince ma gueule…

C’est aussi, mais surtout l’histoire de trois jeunes des cités en proie à la désillusion de la vie, comme dirait IAM dans « demain c’est loin »,  « c’est toujours la misère pour ceux qui poussent derrière (…) Pousse pousser au milieu d’un champ de béton ».

Seul film français qui traite vraiment du problème sociétal des banlieues, de cet ennui implacable qui frappe la jeunesse de ces blocs aux noms étranges de fleurs. Tournée en noir et blanc  par Mathieu Kassovitz, la Haine est un film troublant, fascinant, et désormais, culte. Parce que forcément tu t’es déjà matté dans le miroir façon Vince en demandant à ton reflet si “c’est bien à toi qu’il parlait” et parce que tu as les poils qui se hérissent lorsque DJ Kut Killer plaque sa version d’assasin de la police avec sa son sample d’Édith Piaf. Bref, un grand film un point c’est tout.

 

Le + décadent: Ken Park

Film sorti en 2003, interdit au moins de 16 ans et censuré aux États-Unis. Ken Park  raconte l’intimité de quatre familles habitant Visalia, une petite ville de Californie isolée dans les terres entre Los Angeles et Fresno. Le film met en scène la vie de trois jeunes garçons et d’une adolescente, tous amis d’enfance, et de leurs parents. Leurs vies sont présentées sans fard, pour mettre en évidence la montée de la violence, le sexe, la haine, l’amour et les dérapages émotionnels qui confinent à la folie. Malsain et plein de vices, il n’en demeure pas moins un film troublant sur les dérives d’une jeunesse que la société américaine a poussée à bout.

https://www.youtube.com/watch?v=qYgwh1bmODA

 

Le + culte: La fureur de vivre

Film culte à plusieurs raisons, d’une part,  car c’est l’un des uniques films de James Dean et deuxièmement, car c’est un film référence pour toute une génération d’américain. En effet,  La Fureur de vivre de Nicholas Ray, devint le film phare des adolescents de l’époque. Dean y incarne Jim Stark, un adolescent rebelle et bouleversé.

Ce rôle le propulse « fer de lance » de toute une génération et fige à jamais, après sa tragique disparition, son image d’éternel adolescent fragile et révolté.

En liens avec tout un mouvement d’auteurs et d’intellectuels qui ont remis en cause la rigidité éducative et puritaine de l’Américaine des années 50; oppressé par 5 ans de guerre ravageuse, la génération post 45, désire une émancipation des moeurs, qui se fait ressentir au travers de la “Beat Genaration”. Un groupe d’auteurs dont le plus célèbre d’entre eux, Jack Kerouac  éclata au grand jour, grâce à son oeuvre majeur “On the Road”. Entre Kerouac et Dean, il n’y a qu’un pas, celui de la fougue de la jeunesse, de l’envie de voyager et  de découvrir le monde.

Le fait est que la “fureur de vivre” est une grande classique du cinéma mondiale, qu’il faut  avoir vue au moins une fois.

 

Le + “Troublant”: Elephant

Le 20 avril 1999, Eric Harris et Dylan Klebold tuent 13 étudiants et en blessent 24 autres dans la tristement célèbre Columbine Hight School dans le Colorado. C’est ce geste inexplicable  et complètement fou que dépeint le réalisateur américain Gus Van Sant dans le film “Elephant” en référence à l’aveuglement politique de son pays – l’éléphant, dira-t-il, est cette bête monstrueuse que personne n’aura su voir, ce mal en sommeil qui déferla sur les Etats-Unis.

À la base ce n’était cense être qu’un film sur la violence hyperbolique commandée par la  chaine HBO (encore elle. ) , mais c’est devenu une véritable référence du cinéma des années 2000 couronné notamment par une double palme d’or au festival de Canne.  En abordant la tragédie de Columbine, ce moment où l’Amérique découvrit la furie suicidaire de ses enfants, le cinéaste a pour la première fois présenté l’adolescence sans paillettes et loin des clichés du “teen movie” que le cinéma avait l’habitude de faire (breakfast club,  les goudnies ect).

Elephant est un film incroyable qui dépeint la jeunesse d’une autre façon et c’est troublant.

 

Le + “Psycadélique”: Donnie Darko

Deni Darko est un adolescent schizophrène hanté par l’étrange apparition  d’un lapin géant monstrueux  et qui perçoit des indices lui permettant de croire que la fin du monde est proche. Ce film fascine autant qu’il dérange. En effet, si certains seront subjugués par le jeu d’acteur de Jack Gyllhenhal et  par le suspense haletant qui tient le spectateur en haleine jusqu’à la dernière seconde. D’autre le considère comme  un cocktail new-age qui cherche l’originalité dans la compilation des clichés américains (du lycée à la banlieue pavillonnaire, la famille super coincé et le lycée de province).

Pour notre part, on trouve que c’est un film très intrigant, qui mérite d’être regardé plusieurs fois pour être vraiment compris.

Le + “Girly”: Virgin Suicide

Dans Virgin Suicide, Sofia Coppola dénonce l’observation du monde adolescent américain : l’immaturité fatigante des garçons, la bigoterie rigide d’une mère hystérique, la sévérité d’un père largué (Kathleen Turner et James Woods excellents à contre-emploi), la pression d’une société bien-pensante. C’ l’éternel « eux contre nous », le sempiternel « tu seras médecin mon fils et bonne épouse ma fille, et pour commencer, pas question que tu ailles à cette fête de samedi soir« . Cette rigidité sociale pousse  cinq soeurs à se suicider, et puis interroge sur le pourquoi.

Un joli film empreint de réalisme pour lequel les Français de Air ont plaqué une bande-son impeccable (et c’est loin d’être négligeable lorsqu’on voit Kirsten Dunt à l’écran..)

Le + “Road Movie”: Into the wild

À 22 ans, Christopher McCandless est un jeune gamin, qui a feuilleté deux lignes de Thoreau et trois pages de Jack London, abandonne sans un mot sa famille après son diplôme et va vivre deux années d’errance avant de crever comme une merde dans un bus oublié au milieu de l’Alaska.

Ce film est un éloge de la liberté parsemée de sublimes images des États-Unis, et à l’esthétique très soigné, organisé de mains de maître par le grand Sean Penn.

Après, à mon humble avis, et après avoir revu le film, je trouve que le héros est un petit connard égoïste qui laisse lâchement tomber sa famille grasse et repue à son premier caprice d’enfant gâté. Voilà, c’est cru, mais c’est pour rompre avec l’admiration que je lui vouais pendant mes années lycées. Il faut le re(regarder) pour s’en rendre compte, ça n’enlève rien à la beauté du film, mais il faut enlever l’affiche au dessus de mon lit  (votre) lit

https://www.youtube.com/watch?v=zupSm0fnG1Y

Avec cette petite sélection de films sur la jeunesse, vous avez de quoi vous faire une petite semaine de rattrapage avant de vous attaquer au dernier film de Chapiron. Mais à notre simple avis, rien ne vaut de vivre l’expérience de la jeunesse pour la  comprendre, si tenté qu’il est quelques choses à comprendre – “Il faut bien que jeunesse se passe”.