Lettre ouverte à la Mère Noël et roman policier

Citation

 Chère Mère Noël, Les lettres de Noël ne débutent pas souvent comme cela, car on oublie la Grande Femme derrière l’Homme du Moment ! Toutes ces lettres d’amour, dégoulinantes d’espoir, de yeux brillants et de déclarations sur l’honneur de bonne foi et de sagesse pour le Père Noël. Mais voilà pas UNE pour la Mère Noël.

 

La vie n’est pas toujours rose pour la Mère Noël. La mer, elle aimerait bien la voir de temps en temps, la Mère ! Mais elle doit s’occuper de tout le monde.

2000 chaussettes vertes, 1000 slips, 1000 costumes verts et bonnets à laver, à repasser, à distribuer. Voilà l’envers du décor de la vie de la Mère Noël.

Après le vert, le rouge du gros bonhomme, non pas le Beaujolais nouveau mais le rouge vermillon, le Saint-Emilion, le Saint-Nicolas. Et ses petits grelots à lustrer, son appétit à satisfaire, pauvre Mère Noël ! Elle n’est pas au « UN mois par an », elle, c’est 85 heures toute l’année !

Heureusement pour la cuisine, le CEL (Comité d’Entreprise des Lutins) a organisé des paniers repas pour la durée de la préparation de Noël.

Mais, les animaux domestiques sont une tâche qui incombe à la Mère Noël. Il y a les rennes à chouchouter à coup de chouchoutes, et de choux croûtés au caramel. Car Amelle, la renne suppléante, ne mange que de ça au dessert.

Des cerfs – parlons-en – l’autre jour, lors d’un entraînement, ces coquins ont encore essayé de prendre la place des rennes devant le traîneau.

Alors, me direz-vous comment fait la Mère Noël pour tenir la cadence ?

Que se donne-t-elle comme moyen pour s’évader dans sa bulle ?

Elle lit un bon roman policier comme « Les Sœurs Sans Nom » de Muriel Bonnardel. Alors, bon… une sœur, la mère Noël n’en a pas, son nom est bien connu et elle ne rêve pas non plu d’assassiner son mari.

Son mari qui rit, et non pas La Vache Qui Rit, quoique  – « la vache »; comme il la trouve belle la Mère Noël. Bref, le Père Noël rit de la voir jouer au détective avec Nicole Meuriez.

Elle ? C’est la grand-mère qui raconte sa première enquête, en quête de vérité, Viridis Veritas. Oh, ça suffit tout ce vert on a dit !

C’est vrai que la Mère Noël aurait pu jouer à Candy Crush, mais voilà rien ne vaut un bon suspens avec un mort au deuxième chapitre, du chantage, des suspects et de l’amour ! De plus, ce livre propose une découverte de la Provence et plus particulièrement de  Manosque, avec une touche d’ésotérisme.

L’auteur a bien fait de lui envoyer son roman policier. Elle a appliqué la devise de son détective « Qui ne tente rien n’a rien » ! Sa tante, d’ailleurs, elle n’a rien demandé cette année. C’est si compliqué chaque année de lui trouver un cadeau, alors ce Noël ce sera « Les Sœurs Sans Nom » m’a dit la Mère Noël.

Vous l’aurez compris, la Mère Noël – que j’aime beaucoup – est ma cousine, et (non pas Bécassine), et je souhaitais attirer votre attention sur sa situation.

Pour conclure, cher CEL, je vous suggère d’inclure de nombreux exemplaires de « Les Sœurs Sans Nom » dans la hotte du Père Noël, ayant vu les effets bénéfiques que procure sa lecture.

Vous pourrez lire un extrait ou commander directement sur le site Edilivre.com 

Cordialement,

50 nuances de Houellebecq

Image

Le gars, il a écrit un roman qui s’appelle Soumission. C’est marrant parce que quand on y pense, on est en plein dans la période de promotion du sadomasochisme, avec la sortie de Fifty Shades of Grey au cinéma. Mais rassurez-vous, tout ça n’a rien à voir avec le déballage érotique mal écrit d’une quarantenaire en pleine crise d’adolescence. N’attendez pas de moi que je vous fasse un résumé critique de ce film ; je ne pourrai pas être un bon juge parce que je suis un mec. Il a peut-être une chance d’être bien, à condition d’y aller les yeux bandés (cherchez les différents jeux de mots de cette phrase). Comme le film dure précisément 2h05, je me suis dit que ces 5 minutes superflues devaient être passionnantes ; et je n’ai pas été déçu : un splendide survol en planeur, piloté par Christian Grey, pendant qu’Anastasia tente en vain de se donner de la contenance en faisant semblant d’être malade. Je vous le donne en mille : paysage absolument magnifique ! Le reste du film est comme une répétition laborieuse. Ce film m’a permis de me rendre compte que les aiguilles de ma montre étaient fluorescentes ! C’est déjà ça de gagné.

Soumission est donc le dernier roman polémique de Michel Houellebecq. En fait Houellebecq, c’est un peu le mal aimé de la littérature française, puisqu’il vend autant (sinon plus) de livres à l’étranger que dans son propre pays. Il en a tellement eu marre qu’il s’est même exilé en Irlande ; bon, il parait que c’est pour des soucis fiscaux mais je continue de croire en la poésie de l’homme qui refuse son environnement et qui s’enfuit en pleine nature. Genre Into the Wild mais en plus riche. Un mythe devenu cliché, mais tout de même assez stylé. Pourquoi les gens attirants sont toujours ceux qui font le plus de controverse ?

« Houellebecq reste quand même un des grands auteur français à l’heure actuelle. »

Bref. Revenons à nos moutons. Soumission c’est donc une sorte de futur imaginé, dans lequel Houellebecq se projette. Le nouveau président français est issu d’un mouvement politique appelé : La Fraternité Musulmane. Alors on pourra dire ce qu’on veut sur la pertinence d’un tel sujet aujourd’hui ; seulement, on parle de littérature ici. Contrairement à la tonne de critique qui s’efforce de se donner une contenance, j’ai fait des études littéraires et pas Science Po (oui, c’était par choix). Et Houellebecq reste quand même un des grands auteur français à l’heure actuelle. Je veux dire, un vrai auteur. Un mec qui bosse son écriture, qui réfléchit à ce qu’il fait. Qui propose des nouvelles choses. Et qui écrit de la poésie en plus de tout ça : quel autre écrivain d’aujourd’hui possède son anthologie poétique éditée ? Chantée par Jean-Louis Aubert ? Personne. Parce que ce gars-là a une vision assez sensée de tout ce qui se passe en France, et ce qui fait chier tout le monde c’est qu’il l’écrit haut et fort.

Oui c’est vrai que le mec divise pas mal, et soit on adhère, soit on est hermétique. C’est déjà un bon point, dans une époque où on passe notre temps à dire « Je m’en fous ! ». « – Tu vas arriver en retard – Je m’en tape ! », « – Elle va dire quoi ta mère ? – Je m’en tape ! », « – Pose cette manette et viens manger ! – Je m’en tape à fond ! ». Plus sérieusement, j’ai deux auteurs fétiches : Simon Liberati (ici notre article sur Simon Liberati), dont je parlerai un jour ; et Houellebecq. J’aime les choses de mon temps et Balzac m’emmerde au plus haut point, je sais, c’est pas correct ; mais comme dirait un pote à moi : Je m’en tape.

« C’est peut-être aussi le moment de se mettre à jour, et de rentrer de plein pied dans le monde d’aujourd’hui. »

(Source photo : Les 4 vérités)

Les 60 premières pages du livre sont les plus réussies que j’ai pu lire depuis 2013 (depuis Dans la solitude des champs de coton de Koltès en fait). Et vraiment, rien que pour ça, ça vaut le détour. C’est peut-être aussi le moment de se mettre à jour, et de rentrer de plein pied dans le monde d’aujourd’hui. Faire connaissance avec Houellebecq se fait par différentes petites étapes, presque comme une danse : on s’y intéresse, puis on le met de côté, on y retourne et ça nous plait, après on le hait. Mais au fond, regardez une photo de ce pauvre mec, moqué par les journalistes ignorants et dépourvus de toute sensibilité poétique, et dites-vous que son oeuvre est beaucoup plus colorée et optimiste que ce gars, avec sa clope et son pull gris effilé.

On devrait jamais critiquer un livre juste sur l’opinion qu’on se fait de son auteur, mais bel et bien en lisant son texte ; un peu comme The Voice mais version littérature quoi. « This is The Book ! ».

Si vous désirez lire le fameux livre Soumission de Houellebecq, on vous invite à cliquez ICI !

Littérature – Yann Moix et sa deuxième Naissance

Sept heures de vol de jusqu’à Montréal. Il me fallait un bon bouquin. J’avais repéré le prix Renaudot 2013, un pavé de mille deux cent pages dont le titre m’intriguait : Naissance. Je connaissais peu de choses sur l’auteur.
Yann Moix, diplômé de l’Ecole supérieure de commerce de Reims et de Sciences Po avait à mes yeux le profil de l’écrivain parfait. Il avait publié de nombreux romans dont l’un d’eux avait remporté le prix Goncourt du premier roman en 1996, Jubilations vers le ciel.

Yann Moix, un expert en matière d’écriture, j’étais sûr de ne pas être déçu.

Selon le résumé de l’ouvrage, le livre traitait principalement de la filiation au travers du rapport de l’auteur avec ses parents et de son émancipation du microcosme de la ville d’Orléans d’où il est originaire. Il s’agit d’un livre poétique au sein duquel l’auteur nous donne ses réflexions sur le monde postmoderne d’aujourd’hui.
J’ai aimé le style de Yann Moix, les images qu’il créé sont amusantes, parfois folles, parfois tristes, parfois curieuses. Les multiples successions de termes projettent le lecteur dans un monde imaginaire qu’est celui de l’enfant tout en dénonçant le totalitarisme. Tout y passe : des « exclamations » aux « gazouillis » en passant par « fascisme » et le « nazisme. » Il y a au cours du livre des expressions fascinantes: « C’étaient les ouistitis du néant. » La phrase sonne bien. Elle associe des images incongrues qui forment d’autres sonorités, plus étonnantes encore. Le style de Yann Moix est beau;  il mêle souvent une tonalité plutôt grave à une poésie fraîche et parfois lyrique.
Au-delà du style, l’auteur fait se croiser au cours du roman de multiples thèmes. La religion en est un des principaux.

« Pourquoi le fruit défendu n’avait-il point été une banane, un abricot ? »

Né circoncis dans une famille catholique, l’écrivain présente le narrateur comme un être hors-norme, pas à sa place dès le début de l’histoire. Cette incongruité de naître circoncis dans une famille catholique permet à Moix d’introduire une réflexion intéressante mais parfois confuse sur le sens que peuvent donner les religions à la société actuelle. Notamment sur le lien entre le Judaïsme et le Christianisme. L’écrivain interroge la portée des symboles en faisant usage de tournures rhétoriques qui interpellent le lecteur, à l’instar de celle-ci : « Pourquoi le fruit défendu n’avait-il point été une banane, un abricot ? »
Cette question à première vue banale et simpliste fait réfléchir le lecteur sur le relativisme ambiant de notre époque postmoderne, mais également une remise en cause permanente des principes spirituels à laquelle se prête l’écrivain.
Le rapport au corps est également un des sujets majeurs du roman. Ambiguë, sale, provocateur, Yann Moix présente le corps des femmes et des hommes de manière vulgaire. Le corps est décrit négativement et relié à la problématique de la sexualité. Moix fait dire des phrases violentes au personnage principal de l’œuvre : « je m’en vais soumettre mon squelette aux gymnastiques de l’Hadès. » L’usage du terme « squelette » en lien avec l’Enfer prend dans ce contexte une connotation morbide, tout comme la violence avec laquelle l’écrivain dépeint les scènes de relations sexuelles qu’il entretient et qui peinent à apporter au roman la force qu’elles auraient pu lui conférer si celles-ci avaient été plus simplement et poétiquement exposées.

L’objet d’art sublime son maître, pour devenir autonome.

Quant au thème majeur de l’œuvre, ce qui fait son suc, son identité littéraire, c’est la quête du « Moi » intime à laquelle l’écrivain se lance. En ce sens, Yann Moix confirme la portée universelle du dicton de Montaigne qui professe : « Chaque homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition. » Naissance incarne la volonté de l’auteur de découvrir la nature de son soi, ce qui le constitue. Thème majeur de la littérature depuis Saint Augustin dans ses Confessions, l’écrivain tente de mettre à nu les entrailles de son moi profond à travers la poursuite de l’exercice littéraire. Cette quête du « Je » littéraire dépasse l’écrivain, alors que celui-ci écrit : « Lorsque je griffe une phrase, ma fulgurance m’épate. » L’auteur est alors dépassé par son entreprise, thème classique de la littérature ; l’objet d’art sublime son maître, pour devenir autonome.
Il m’aura finalement fallu plus de sept heures de vol pour venir à bout de la lecture du livre. Naissance est à lire si on prend le temps de s’y plonger, de revenir sur certaines phrases que l’on pourrait prononcer dans sa tête à l’infini. La fin du roman est superbe. Elle revient aux prémices de la réflexion sur la littérature conçue comme créatrice d’une nouvelle parole qui viendrait construire une langue neutre, celle du silence. Moix l’affirme lui-même : « Il s’agira de le recommencer (le monde), de trouver un Verbe neuf pour tout redire de zéro. » Mission accomplie.

Yann Moix – Naissance

 

Voir notre article sur 50 Nuances de Houellebecq

J’irai dormir en terre inconnue

Image

Voyager. Je crois qu’après la découverte du feu et de la fourchette, ça a dû être la passion que l’homme a essayé de développer le plus. En fait, en y réfléchissant bien, le voyage a un aspect assez religieux : le pèlerinage, effectué par les divers prophètes et leurs apôtres ; sinon, les seuls qui voyageaient souvent étaient les marchands et les explorateurs (on pense ici bien évidemment à Marco Polo, pensez-y pour votre rattrapage du bac, c’est important). Bref, vous l’aurez compris, le voyageur ancien possède un but concret, tandis que nous, à notre époque, on voyage simplement pour bronzer et ramener des statuettes en terre cuite.

Crédits photo : thesnug.com

« Leur souhait est littéralement d’avaler le monde »

Seulement, dans les années 50 aux États-Unis, naquit un mouvement appelé Beat Generation. Ces gens-là, jeunes américains passionné d’écriture, de voyages et de jazz, reprennent à leur sauce cet acte de voyager, pour l’amplifier et en faire quelque chose de beaucoup plus mystique. Leur souhait est littéralement d’avaler le monde, de le connaitre dans les moindres recoins, pour pouvoir le recracher dans leur littérature. Généralement, on cite trois auteurs principaux de ce mouvement : Allen Ginsberg, William S. Burroughs (qui a une histoire « particulière » cf. Wikipédia) et Jack Kerouac. Ce dernier, vous devez sans doute le connaître, puisqu’il est l’auteur de Sur la route, oeuvre monumentale et ode à la liberté de déplacement. Dans une Amérique qui revient de la guerre, on peut dire que ces trois jeunes mecs n’avaient plus envie de rêver à la manière dictée par l’oncle Sam ; faire de l’argent ne les intéressait pas, et leur seul désir restera de témoigner des gens et des paysages rencontrés.

Crédits photo : quoteswave.com

« Un monde où rien ne se termine tant qu’on est pas entre quatre planches »

Kerouac au fond, c’est plutôt pas mal. On a l’impression de lire un pote à nous, qui nous raconte ses voyages, avec toutes les escales et les galères. Sauf que lui, il trouve toujours un moyen de fumer de la marijuana ou mâcher du peyotl (au Mexique), ou goûter à l’opium (à Tanger, en Algérie). Et finalement, il semblerait que trop de liberté, finisse par tuer la liberté. Parce que, en lisant Sur la route, on comprend que faire San Francisco – New-York est une aventure en soi ; mais dites-vous bien qu’il faut revenir ensuite. À l’époque, il fallait quelques semaines. Et puis Kerouac aime aussi le Mexique, alors pourquoi pas faire New-York – Mexico ? Allons-y. Tant que la voiture roule, tout roule. Et nous, en lisant, on a l’impression que c’est facile. Que tout est facile, que les rencontres sont faciles, que le monde est facile (que les filles qu’il rencontre, elles aussi, sont faciles). C’était l’Eldorado d’après-guerre, dans un monde où rien ne se termine tant qu’on est pas entre quatre planches. Pourtant, une note de lassitude apparaît. Le même genre que celle que l’on a, quand on possède enfin l’objet que l’on a longtemps désiré : on en profite, et puis on le met dans un coin et on l’oublie. Kerouac se lasse de cette liberté et c’est certainement la plus grande leçon à apprendre de son oeuvre. On ne peut pas trouver la quiétude, comme il le dit lui-même, si l’on ne s’arrête pas quelques instants.

Crédits photo : surlaroute.insa-rennes.fr

Rien que pour le souffle et le style de l’auteur, je vous encourage vivement à lire Sur la route. Même si ça fait peur, prenez le temps de partir avec lui (il y aura des tas de bouchons pour aller et partir de la plage, j’en suis sûr). Je vous conseille en supplément de lire Les anges vagabonds, qui fait un peu office de suite ; la partie mexicaine est beaucoup plus intéressante. Surtout le côté mythologie. Je comprends pas ce qu’on leur trouve, moi, à ces pyramides mayas… C’est juste un tas de caillasse non ?

Littérature – Étienne Liebig « On est toujours le con d’un autre »

Image

Il y a des questions qui demeurent toujours sans réponses, l’existence de Dieu, la recette exacte du Coca-Cola, ou les deux buts de Thuram en demi-finale de coupe du Monde, mais s’il y a bien un truc dont je suis sûr, c’est « qu’on est toujours le con d’un autre ». C’est cette règle immuable que semble oublier Étienne Liebig dans son ouvrage « les Nouveaux Cons ».

Étienne Liebig, tu nous parles de quoi ?

Étienne Liebig, 57 ans, aucun lien avec une quelconque marque de soupe, est musicien, compositeur, éducateur spécialisé auprès d’adolescents de Seine-Saint-Denis, mais aime critiquer dans Zélium et chroniquer aux Grandes Gueules de RMC. À ses heures perdues, le mec écrit avec talent pour notamment dénoncer le fléau de l’humanité : la connerie.

Dans son essai publié il y a maintenant trois ans, récemment réédité, Étienne Liebig critique avec humour et esprit tous les comportements qui irritent. Il nous présente ainsi un portrait de ces nouveaux cons : le nouveau manifestant, le vieux gauchiste, le syndicaliste, l’écolo, la nouvelle « maman », le prévisionniste, l’imitateur de banlieusards, le nouveau retraité, le jeune militant de droite, le blogueur, la nouvelle féministe, le nouveau toxicomane, l’artiste humanitaire, l’élève d’école de commerce et j’en passe.

C’est bien écrit, souvent drôle, parfois de mauvaise foi, voire irritant lorsque l’on se sent écorché par la plume du bonhomme. Un seul défaut peut-être, le fait que l’auteur n’ait pas fait au préalable son autocritique avant de s’élancer à l’assaut de la société française. Mais en toute franchise, pour moins de 5 euros, vous allez quand même en avoir pour votre argent. . .

Étienne Liebig, le justicier masqué

 

 
Pour vous donner envie de vous pencher sur l’ouvrage, on a sélectionné notre con préféré, le François Pignon du recueil, la victime de choix: l’étudiant en école de commerce.

« Voilà un drôle de loustic, qui croit aller à l’école pour apprendre quelque chose, et dépense une fortune à faire vivre de pseudo-professeurs incompétents. Il joue au professionnel de la profession alors qu’il se prépare surtout à vendre des savonnettes ou quelque chose d’approchant, s’il n’a pas un père, un oncle ou un frère qui possède son entreprise. Ce n’est certes pas la seule formation qui fait miroiter à ses élèves des places en or et des salaires mirifiques pourvu qu’ils alignent la monnaie et se payent des cours indigents à des tarifs prohibitifs, mais c’est la plus caricaturale.

Ces petits cons sont absolument persuadés qu’ils passent d’année en année grâce à leur valeur et au travail fourni alors qu’en fait, ils récoltent les fruits de leurs paiements. Je paye donc j’obtiens le diplôme. Diplôme qui dépend de l’école elle-même et attire une soi-disant reconnaissance nationale, comme l’indiquent chaque année des dizaines de canards à la mords-moi-le-nœud sous le titre «Le classement des meilleures écoles de commerce ». C’est un jeu national où chacun fait semblant de croire que le diplôme délivre une quelconque compétence dans le domaine du commerce.

Dans les faits, le seul intérêt de ces boîtes est d’envoyer des élèves en stage durant lesquels ces petits exploités se font des relations et des amis s’ils sont sympathiques et tiennent l’alcool. Chacun sait maintenant que tout le monde peut accéder à ces écoles de commerce, pourvu qu’il paye et qu’une toute petite minorité trouvera un boulot à la hauteur de ses espérances en fin de cycle. Certes, le savoir dispensé dans ces « schools » n’est pas plus bidon qu’en fac de lettres, de psycho ou de socio, mais au moins les élèves de fac ne se la pètent pas et sont conscients que s’ils perdent leur temps, du moins ne perdent-ils pas leur argent.

En fait, on a l’impression que ces braves cons jouent une pièce de théâtre dans laquelle ils prennent toutes les apparences du «commercial qui vend des puits de pétrole à des émirs»: le bon costard, les bonnes chaussures vernies, le bon attaché-case, le bon ordinateur, la bonne coupe de cheveux, le bon sourire de carnassier. Ils ne marchent pas, ils courent, bouffent dans des restos, font des fêtes, s’alcoolisent, s’en mettent plein le nez et niquent les jolies filles de leur promo qui leur ressemblent, mais en blondes à cheveux lisses.

Ils vivent la vie des commerciaux de grosses boîtes, boivent comme eux, se sapent comme eux, baisent comme eux et lisent le Financial comme eux, mais pour rien. Juste pour le fun. Une sorte de foi du charbonnier : Fais semblant d’y croire et bientôt tu y seras. Quelle blague, car sortis de ce rêve, ils se retrouvent à faire du quasi «porte-à-porte »ou du démarchage téléphonique pour gagner un SMIC et se faire insulter par un petit adjudant sous-titré qui n’a fait aucune école de commerce, mais connaît la loi des chiffres et du rendement maximum avant délocalisation. Dix ans après la fin de leurs études, ils portent encore le même costume et les mêmes pompes et sont trop déconnectés de toutes les réalités économiques pour pouvoir décrocher un éventuel boulot à la hauteur de leur putain de diplôme qu’ils ont encadré et accrocher au mur au-dessus de la photo de leur stage en Inde, quand ils croyaient tenir le monde entre leurs mains. »

À la prochaine

La BD, « On fera avec »

Image

« On fera avec ». On fera avec la vie, on fera avec nos échecs, avec nos angoisses et nos remords. On fera avec nos rêves avortés, nos amours morts nés. On fera avec le regard des autres, l’incertitude et la lassitude. On fera avec la mort et le fardeau qu’elle laisse derrière elle.

On fera avec, Manu Larcenet, 1999 est une BD initiatique, à couper le souffle dont vous n’êtes pas prêt de vous lasser. Elle se lit en une demi heure mais vous vous surprendrez à remettre le nez dedans régulièrement.

Hurluberlu, j’ai décidé de l’appeler comme ça parce que Manu il lui a pas donné de nom à son petit bonhomme tout perdu. Bon. Hurluberlu se balade de case en case, et de déception en déception. On a un peu envie de le prendre sous son aile sauf que… « On fera avec », rappelle à quel point on est tous pareil. Et si vous êtes pas comme Manu, ni comme Hurluberlu, ça sert à rien de lire cette BD.

« La vie est compliquée. C’est toujours quand on croit qu’on est tout au fond du gouffre… qu’on est certain de ne pas pouvoir descendre plus bas… Qu’on aura beau s’agiter, l’existence ne pourra pas être plus pourrie…. C’est toujours à ce moment-là que ça empire ».

Avec beaucoup de dérision, Manu Larcenet connu pour son univers toujours entre la noirceur/la laideur du monde et son ironie, dépeint un univers enfantin, mais un peu dur quand même, dans « On fera avec ». On a tous envie de se retrouver dans ses bulles qui éclatent, on a aussi tous envie de leur échapper. Surtout.

Manu a de l’humour, aussi noir soit-il et il a des traits fins. Pas de couleurs. Ici, on est pas dans « Le combat ordinaire » ni dans les blast dans « Blast ». C’est un peu l’une de ses premières BD, ses premiers coups de crayons publiés au grand jour. On ne sait pas vraiment s’il les aime bien mais nous, on adore. Parce qu’On fera avec, est subtile et d’une immense fragilité. Parce qu’On fera avec, nous donne du vague à l’âme, certes. On se dit qu’on n’a pas fini de ramasser des coups dans les dents, que c’est un peu un cercle à l’infini, vicieux ou pas, ça dépend des jours. Ca dépend des gens qu’on croise.

Mais On fera avec apprend surtout à savoir rire de soi. C’est un peu tout ce qui se passe dans nos têtes à nous, nos tranches de vie. Aussi laborieuses et mélancoliques soient elles. Manu Larcenet nous donne un sourire un peu gêné, « putain, c’est vraiment moi ça… », mais peu importe. On peut lui dire merci parce qu’on a presque envie de s’accepter tel qu’on est après une lecture pareille.

« Globalement, on passe une grande partie de sa vie à souffrir. La souffrance du corps et de l’esprit. C’est vrai qu’il y a des moments magiques. Certains instants où on se sent étrangement plus proche de soi et de l’univers… Mais quand même, on doit souvent tout payer par la souffrance ».

Moi aussi, je veux être aventurière.

FIN.

(PS : Si tu veux te procurer la B.D à bon prix, c’est ICI)