Faut t-il se droguer pour apprécier la musique électronique ?

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« T’écoutes de l’électro « underground »,  tu prends des cachets toi alors ? ». C’est une question récurrente qu’entendent inévitablement les fans de musique électronique. Cet amalgame existe encore pour beaucoup de personnes, qui jugent bien souvent sans connaître le milieu. Comment discerner le vrai du faux dans un univers musical qui prend de plus en plus d’ampleur ces derniers temps ?

La drogue et l’électro

Il est vrai que l’écoute de musiques électroniques (et plus particulièrement la minimale, la psytrance, la techno ou la deep house) est souvent associée à la consommation de stupéfiants. Nos parents diront que c’est véridique et prouvé depuis la nuit des temps (d’autres affirmeront même qu’ils étaient présents dans les raves ou à Woodstock, rien que ça, dans le but d’en imposer face à leurs rejetons), les rejetons en question diront que rien de tout ça n’est vrai et que la drogue est inexistante dans les soirées électro. Qui a raison et qui a tort ? C’est une bien vaste question…

Faut t-il se droguer pour écouter la musique électronique ?

 

D’où ça vient ?

Aux origines, la musique électronique était surtout diffusée au cours des « raves », ces rassemblements autour de la musique électronique underground qui se déroulent en pleine nature ou dans tout autre lieu non prévu pour à la base, selon Wikipédia. L’avènement de ce type de manifestations vient d’un soulèvement de la jeunesse dans les années 80, mouvement qui s’est amplifié dans les années 90, notamment en Angleterre, à l’époque où les clubs fermaient leurs portes à l’heure où le permis de débit d’alcool expirait. Les bases idéologiques de ces rassemblements étaient un refus des valeurs mercantiles du système et la recherche de la transcendance grâce à la musique. De toute évidence, la drogue faisait partie intégrante de ces manifestations « sauvages », ce qui n’est pas un terme péjoratif puisque c’est ce qui faisait précisément le charme de ce concept, avec notamment le LSD et l’ecstasy qui circulaient en masse au cours de ce genre de festivités.

Qu’en est-il de nos jours ?

Aujourd’hui les événements de musique électronique ont pris de l’ampleur, se sont développés dans les clubs et autres lieux d’événements, bien que les raves existent toujours mais destinées à un public beaucoup plus pointu et connaisseur de musiques de plus en plus psychédéliques (psytrance/dark/progressive/core). Mais attention, il ne faut pas s’y méprendre : la musique électronique « underground » devient aujourd’hui un phénomène de mode, séduisant d’ailleurs un public de plus en plus jeune. Ainsi, la gamine de 17 ans qui prend de la MDMA en se trémoussant sur du Jamie Jones en 2014 et un vrai « teufeur » du même âge sous acid lors d’une soirée avec les Spiral Tribe 20 ans plus tôt sont à des années-lumière d’écart…

Pourquoi ça pose problème ?

C’est là qu’est aujourd’hui le problème. Les jeunes ne maîtrisent plus leurs consommations, que ce soit en parlant d’alcool ou de drogue. La prise de stupéfiants relève aujourd’hui souvent du « fun » lors de concerts ou de festivals électroniques. Les cachets peuvent parfois circuler à tout-va, la facilité d’accès à la drogue aujourd’hui explique aussi sa consommation excessive chez certains jeunes (trop jeunes ?). La musique électronique est devenue la nouvelle pop pour un grand nombre de jeunes, ce qui explique un intérêt si grand pour des événements qui n’auraient ramené que quelques puristes de l’électro il y’a 10 ans.

Concert de C2C en France

La prise de stupéfiants impose également des dérives, notamment celle de l’excès et de l’addiction. Un problème de plus en plus récurent, ce qui a conduit des médecins anglais à ouvrir à Londres la « Club Drug Clinic » dans l’hôpital de Chelsea & Westminster. Ils voient donc passer tous les jours des clubbeurs sortant de la Fabric ou du Ministry of Sound, les aidant petit à petit à stopper ou réduire leur consommation. Une initiative qui a le mérite d’être saluée, qui pourrait même d’ailleurs contribuer à redorer le blason de la musique électronique.

La drogue est donc aujourd’hui encore omniprésente dans ce type d’événements, et il semblerait que rien ne puisse changer cela. Mais il ne faut pas interpréter cela comme une maxime qui imposerait à tous les fêtards à la recherche de bonne musique électronique de se droguer pour profiter du « bon son ». Bien au contraire…

Peut-on écouter de la musique électronique sans drogue ?

Les « camés » qui courent les festivals électro pendant la période estivale se drogue parce qu’ils recherchent un état « d’extase » ou de « transe », pour simplement mieux ressentir et vivre la musique. La drogue provoque une légère euphorie, une sensation de bien-être et de plaisir qui s’accompagne d’une relaxation, d’une exacerbation des sens (dont l’ouïe) et d’une impression de comprendre, d’accepter les autres. A l’époque, c’était « Sex, Drugs & Rock N’ Roll », mais si l’on tient compte du fait que les DJ’s sont les nouvelles rockstars d’aujourd’hui (étant donné le succès rencontré par l’électro aujourd’hui), il semblerait que cette maxime soit encore bien respectée.

Mais ne vous y méprenez pas, la drogue n’est pour autant pas une fatalité pour la musique électronique. La bonne musique reste de la bonne musique, quel que soit l’univers musical, et rien ne pourra changer ça. Notre Lolo national (Laurent Garnier) nous l’explique d’ailleurs très simplement dans une interview donnée récemment à l’Express : « Quant aux amalgames sur les drogues, j’ai renoncé à m’énerver contre ces raccourcis ridicules. La drogue a toujours été liée au monde de la nuit et de la fête. Pourquoi stigmatiser la techno ? Est-ce que, pendant le Festival de Cannes, on parle de la consommation de cocaïne ? Non, on parle de cinéma ». Comme quoi un artiste sain de corps et d’esprit peut également faire vibrer des milliers de personnes.

Nuits sonores Garnier

Il est donc bon de le rappeler : écouter de la musique électronique participer à ce style d’événements n’est pas synonyme de prise de drogue, et encore heureux ! Un grand nombre de festivaliers ou amateurs de cette musique arrivent parfaitement à profiter de la qualité musicale sans être sous l’emprise de quelconque produit hallucinogène. L’engouement n’a d’ailleurs jamais été aussi fort qu’aujourd’hui, et on ne peut que s’en féliciter en France. Mais la drogue a toujours été associée à l’art en général et pas qu’à la musique électronique.

Moralité, il semble presque impossible de définir quelle causalité il existe entre drogues et musique électronique, bien qu’elles soient inévitablement liées. Néanmoins, on ne peut que vous encourager à écouter de la vraie, bonne et pure électro, notamment lors du festival des Nuits Sonores qui aura lieu à Lyon chaque année fin mai/début juin, 4 jours non-stop de fête électronique dans toute la ville, à ne pas manquer (festival au cours duquel Laurent Garnier sera d’ailleurs bien présent comme chaque année)…

Pourquoi c’est (déjà) culte – La Boiler Room

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C’est peut-être les soirées des années 2010, la rencontre entre le cool et le web 2.0, entre la musique et les Internets. Difficile, en effet d’être passé à côté du phénomène Boiler Room, véritable raz-de-marée de la « hype » qui rassemble chaque mois quelques centaines de fidèles à la recherche de la Guest List qui leurs permettra d’assister à un événement organisé par le collectif Londonien et des milliers d’internautes derrières leurs écrans d’ordinateurs. 

Ce qui pouvait en effet s’apparenter, au début, à des soirées underground, est désormais un phénomène planétaire qui rassemble chaque mois pas moins de 3 millions de spectateurs. Retours sur ce phénomène hallucinant.

La recette du « comme à la maison »

Loin de l’ambiance aseptisée du clubbing  de « masse », la Boiler Room (car oui c’est bel et bien un nom féminin)  a émergé à Londres en 2010. Le principe était de rapprocher les DJs de leur public en leur permettant de jouer dans un lieu original et souvent intimiste, le live étant retransmis en direct sur Internet.

L’idée c’est de prendre les pointures de la scène électronique mondiale et de les mettre dans votre salon ou parfois l’inverse. Par exemple, le DJ canadien Richie Hawtin a tout simplement organisé une Boiler Room dans son appartement de Berlin .

Né en juin 2010 dans une fête improvisée à Londres dans une ancienne « boiler room », un centre d’appel pour vendre des actions complètement pas rentables et qui à fait, entre autres, la richesse de Jordan Belfort, le héro malheureux du Loup de Wall Street. Le phénomène s’est vite étendu dans les villes où la musique électronique est légion et notamment à New York, Los Angeles et Berlin.

Paris est resté pendant très longtemps à l’écart du phénomène, puisqu’elle n’a accueilli sa première Boiler Room qu’en 2012, avant que d’autres villes françaises ne suivent et notamment Lyon qui a accueilli l’évènement lors de la  dernière  édition des Nuits Sonores, pour le set énormissime de Rone (ceux qui y étaient savent).

L’apogée du web 2.0 pour ne pas rater l’immanquable 

Les soirées privées ont toujours existé, mais le gros avantage des Boiler Room, c’est que l’internaute a la possibilité d’avoir  un œil à l’intérieur du microcosme de la culture club. L’univers de la musique électronique est très fermé ; il a ses propres codes et ses références, et bien souvent sans un solide carnet d’adresses, il est difficile de s’approcher des principaux acteurs qui composent ce réseau : les DJs .

La Boiler Room est aussi l’occasion de gratter le numéro de la sublime Nina Kraviz

Si l’accès au Boiler Room est très sélectif, tout un chacun peut  voir le set de Maya Jane Coles ou de Gesaffelstein, en direct live grâce à un site de streaming. L’internaute est donc plongé, l’espace de quelques minutes, dans l’univers de tel ou tel artiste, avec son lot de surprises et d’imprévus. C’était le cas lors de  la Boiler Room de Motor City Drum Ensemble, où un gars débarque, fait semblant de scratcher pour déconner et tout le set s’arrête à cause de lui.

Si cela peut paraître aberrant pour certains que des milliers d’internautes squattent leurs écrans d’ordinateurs pour voir mixer un mec au lieu de sortir s’adhérer la tête avec des vraies personnes, pour celui qui suie le concert, l’envie qui prime est de ne pas louper l’immanquable. Ce que les Anglo-saxons appellent le “Fear Of Missing Out”, la peur de manquer un événement crucial, une dernière track jouée, ou un nouvel album en préparation; un truc de fan, entretenu par la sélection des évènements.\

La sélection par la hype 

C’est une règle immuable de l’être humain, moins on a accès à quelques choses et plus on désire l’avoir. C’est le fameux théorème amoureux du « suis moi et je te fuis et fuis-moi et je te suis », appliqué au club c’est plutôt que l’on aurait toujours tendance à vouloir rentrer là où on ne peut pas rentrer, plutôt que de profiter de notre soirée dans un endroit accessible. C’est la culture naturelle de l’épanouissement par la sélection, et ça les organisateurs de la Boiler Room l’ont bien compris.

Blaise Belleville, le “company director” de Boiler Room qui a déjà à son actif le succès des soirées All Age dédiées aux adolescents, n’a que 26 ans. Et c’est sûrement pour ça qu’il est à même de comprendre que la position du curseur sur l’échelle “hype – célébrité” est la clé de voûte du succès, et qu’il faut donc le manier avec la plus grande subtilité.

Ainsi,  pour n’importe quel amateur d’électro, les soirées Boiler Room c’est le Graal : trois ou quatre performances par soirée, des programmations démentes pour qui s’intéresse un peu aux cultures électroniques, pas un kopeck à dépenser pour rentrer, des lieux souvent complètement fous et l’assurance de passer une grande soirée. Le seul problème c’est que la guest list est ridiculement petite et presque aucun moyens pour le commun des mortels d’y inscrire son nom. La seule solution qui  reste est donc d’allumer l’ordinateur pour profiter du son…

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De la musique de qualité et gratuite 

Si vous n’aimez pas passer vos samedis soir assis sur le canapé à mater un live sur votre ordinateur avec un pot de glace Haagen Daz alors vous pouvez toujours aller rechercher de quoi nourrir votre Ipod, puisque presque tous les mixs de la Boiler Room sont en téléchargement gratuit sur leur Souncloud, mais comme on est des amis, on  vous a mis une petite sélection de ce qui s’est fait de mieux ces dernières années et qui sont déjà cultes.

Rendez-vous alors à la prochaine Boiler Room, près de chez vous?