M comme Marcel – La drague 2.0

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Quand j’avais 14 ans, j’étais un pro de MSN. Sans mentir, j’avais un don pour trouver le bon statut, la bonne photo de profil et le bon angle de webcam, je connaissais la drague 2.0. La coqueluche du collège, quoi. Plaire aux filles, c’était moins difficile à l’époque, essentiellement parce que ma e-reputation était plus clean et plus facile à entretenir. Aujourd’hui, c’est toute une affaire.

Drague 2.0, « C’était mieux avant » ?

Je sais de quoi ça a l’air. Je ressemble à ces aigris qui rabâchent que « c’était mieux avant ». Attention, ce n’est pas le propos ! Effectivement, avant c’était plus simple d’avoir l’air d’un mec bien. Mais c’était aussi l’époque de l’appareil dentaire et des moments gênants. Et puis Youporn n’avait pas encore été inventé. Bref, c’était pas non plus la panacée. Il y avait juste moins d’interfaces et donc plus de contrôle.

Commençons avec celui à qui je dois presque tout, Tinder. Là, ça reste simple et mon expertise en photogénie reste ma meilleure alliée. Une photo seul, de face, dans toute ma splendeur ; une photo avec mes potes qui ont l’air de se tordre de rire à une de mes blagues ; une photo avec une copine pour la jouer mystérieux. Un, deux, trois, dix matchs. Je maîtrise tout ça, pas d’inquiétude, allez donc vérifier auprès de Tina83.

Ca se complique avec Facebook. Impossible de contrôler totalement ce que publient vos ‘amis’ à votre propos. Une seconde d’inattention et paf, je me retrouve avec une photo pas très flatteuse mettant en avant mon penchant honteux pour les soirées déguisées – une bonne occasion de quitter Facebook ? -. Difficile de garder mon image travaillée de gars bien sous tout rapport ! Et au risque de passer pour un control freak, il est difficile de demander à tous vos contacts d’éviter toute photo gênante.

On peut aussi bien sûr citer Twitter grâce à qui mon ex Charlotte avait réalisé que ma syntaxe n’était pas parfaite en toutes circonstances. De toute évidence, c’était un défaut rédhibitoire, ce qui m’a valu d’être éjecté de sa vie fissa. Le problème de Twitter, c’est qu’à la longue, j’ai perdu l’habitude de tourner 7 fois ma langue dans ma bouche avant de publier d’où une nette dégradation de ce qui se voulait être au départ un aperçu de mon intellectuel étonnant.

Enfin, comment ne pas parler de Snapchat qui n’a proposé qu’au bout de quelques versions des filtres et autres updates permettant un tant soit peu d’esthétisme ? Si 40% des gens utilisent bel et bien Snapchat pour envoyer des grimaces et autres déformations faciales, 40% l’utilisent pour envoyer des selfies faussement spontanés qui s’avèrent souvent flatteurs du fait de la qualité assez médiocre de l’image. Vous savez très bien ce que font les 20% restants, inutile de s’attarder.

Drague 2.0, Où, quand, comment ?

 

A cela s’ajoute la douloureuse problématique de la géolocalisation. Whatsapp, Viber, Messenger : votre interlocuteur sait tout. Où vous vous trouvez, à quelle heure et surtout, si vous avez lu « ce fameux message ». Si Marc Zuckerberg a eu pitié de nous en permettant d’ignorer certains messages, les autres n’ont pas encore eu la décence de faire de même, me mettant régulièrement dans l’embarras. « Alors ? » « Tu fais la tête ? » « Pourquoi tu ne réponds pas après 3 minutes ? » « Puisque c’est comme ça, tout est fini. ».

Et je ne vous raconte même pas la fois où j’ai séché la fête d’une de mes copines de l’époque en prétextant une grippe pour aller voir mes potes. Pour me donner bonne conscience, je lui ai envoyé un message Facebook. Erreur fatale.

« Désolé pour ce soir, je suis assommé par les médicaments »

« Qu’est-ce que tu fous dans le 15? »

Bref, c’est rapidement l’enfer et on glisse tout doucement de la connexion à l’oppression. Comment faire pour garder mon aura de mystère dans ce monde ultra-connecté ? C’est bien ça le fond du problème : pour mon malheur, je vis une époque friande de démystification. Les chances que les nouvelles technologies révèlent mes défauts à la fille que je convoite sont démultipliées… Tout comme le sont celles que cette même fille me semble moins jolie qu’à première vue. Catastrophe en vue !

Drague 2.0, pourquoi Instagram nous sauvera tous

 

Heureusement, Kevin Systrom et Michel Mike Krieger ont décidé de venir à ma rescousse et ont créé cet outil merveilleux qui transforme le moche en beau : Instagram. C’est scientifiquement prouvé, ce filtre est magique. Du coup, quand j’ai un doute, je file sur l’Instagram des filles que je fréquente, juste pour me mettre un peu de baume au cœur. Et croyez-moi, en cette période printanière, il y a du baume à revendre.

Petit manuel d’usage à l’égard des Roméo qui veulent « pécho » sur Tinder.

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Que les choses soient claires : je ne suis ni sociologue, ni ethnologue, ni sémiologue. A vrai dire, je ne revendique, dans ce qui va suivre, aucune spécialité en « ogue ». Plutôt en « aire », comme « trentenaire » et « célibataire ». Et comme je cumule également les attributs en « té » (curiosité, liberté, fraternité), je me suis lancée. Sur Tinder.

Virtuel vs. « IRL ».

Tinder, pour les novices, c’est une application mobile de rencontre géo-localisée. A la bonne heure ! Rien de très original sur le fond : « IRL » (in real life) on cible un bar sympa (coucou Rosa Bonheur), potentiellement rempli de célibataires tout aussi sympas et…on sympathise. On choisi une « target » sur un premier critère physique et on échange (au pire un mauvais rosé, au mieux un « 06 »). Le jeu de séduction se poursuit ensuite, si tout se passe bien, sur un deuxième critère plus intellectuel et on évalue la situation (sur une échelle binaire de 0 – plan d’une nuit – à 1 – plan d’une vie).
Tinder, à ce titre, ce n’est rien de plus qu’un algorithme, un code qui formalise les codes du système de séduction « IRL ». Le rosé en moins.

Et comme dans un bar, on n’y cherche rien mais on y trouve de tout. Tinder n’est au fond, que le reflet d’un écosystème peuplé d’espèces (parfois en voie de disparition) aussi varié que dans la réalité (et tous les goûts sont définitivement dans la nature).

 

 

Tinder Surprise

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Tinder, sur la forme, c’est – littéralement – un catalogue. Que l’on aime feuilleter en vue d’effeuillage ou que l’on redoute en écho à notre crise d’égo. C’est plutôt fun, parfois flippant, extrêmement chronophage et souvent mieux sur papier. Mais toujours surprenant.

Surprenant car Tinder, c’est – un peu – « Copains d’Avant » (ou ex / plans culs d’avant), ce réseau social où tu cherches les gens perdus de vue et qui, quelques années plus tard, te font dire que tu aurais toi-même préféré perdre la vue plutôt que de t’infliger ça.
Surprenant car Tinder, à l’heure de l’avènement des réseaux sociaux, c’est aussi des inconnus qui n’ont absolument aucune notion du « personal branding ». Roméo n’a pourtant jamais pécho Juliette sans bosser un minimum sa « réputation »…

Alors à tous les Roméo de Tinder (et de Rosa Bonheur), j’aimerai vous adresser ceci : un petit manuel des « Don’t » et « Do’s » pour « matcher » en toute tranquillité. Allons droit au but.

– DON’T

 

Le profil « selfie râté » :

Un selfie réussi, c’est un selfie qui respecte les règles de base du portrait parfait : on prends en photo sa tête (plutôt que son dos, ses muscles ou ses pieds), on cadre (la contre-plongée n’a jamais mis en valeur personne), on fait le point et on retouche au besoin sur Instagram (parce qu’un selfie flou ou sombre n’a manifestement aucun intérêt, pas même artistique).

Et on choisi son moment : les selfies « sortie de la douche » par exemple, restent interdit par la brigade du bon goût.

(Gif: gifbay)

 

Le profil « avec mes potes » :

Tu prends donc délibérément le risque qu’on te « like » pour le pote à côté de toi. C’est pas très malin et carrément du suicide. Sans compter le message « je passe ma vie avec mes potes à boire de la bière » que ça véhicule. On assume et on y va tout seul, comme un grand.

Cette analyse vaut aussi pour les photos avec ta mère (=  « je n’arrive pas à couper le cordon »), ton enfant (= « adopte mon package » – d’autant plus qu’il n’a rien demandé…le pauvre), tes collègues (= « je passe ma vie au bureau »), une nana bombasse (= « je suis un homme à femme » ou « j’ai déjà une femme »).

Bref, ton entourage, on le rencontrera plus tard. Peut-être.

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Le profil « ami des bêtes » :
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Comme pour tes potes, tes collègues ou ta famille, ton animal de compagnie doit rester au panier. On n’est pas dans « 30 millions d’amis » : t’afficher avec un chat, un chiot, un dauphin, un koala ou un poney n’a jamais excité personne.
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On trouve ça au mieux mignon, au pire pervers.
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Le profil « sans photo » :
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Un avatar…sérieusement ?
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Le profil « à message » :
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Cela ne montre ni ton côté philo-intello-poète (puisque les citations de Nietzschene sont pas de toi), ni ton humour (puisqu’on veut voir d’abord ta tête).
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Cela montre juste que tu n’as aucune confiance en toi.
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Le profil « porno » :
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Un sexe en érection sur Tinder, ça n’a jamais fait bander personne. Surtout que ce n’est jamais le tien. Gardons l’imagerie pour Pornhub ou la surprise pour la vraie vie.
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Le profil « sportif » :
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Bon point. Mais par pitié, garde en tête que trop de Quechua tue le Quechua.
Cela vaut également pour le profil « grand-voyageur-tendance-aventurier-de-l’extrême »
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Le profil « musicien » :
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Un Roméo qui joue de la guitare à la fenêtre de sa Juliette, ça nous faisait craquer quand on était ado. Aujourd’hui, surtout passé 30 ans, on se dit juste que tu es un artiste raté et fauché.
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– DO’S

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Règle n°1
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On soigne son profil Facebook.

Breaking news : ton compte Tinder est synchronisé avec ton compte Facebook.Donc tes photos « bourré en soirée » ou à l’anniversaire de mamie, ça reste en privé.

C’est le moment aussi de faire du tri dans tes amis et tes centres d’intérêts (savoir que tu es « pour la réconciliation des œufs brouillés » ou que tu aimes Lara Fabian ne sera jamais un intérêt commun avec personne).
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Règle n°2
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On « cible » à sa hauteur.

Autrement dit, on ne « like » pas au dessus de ses moyens. Angelina Jolie, elle sort avec Brad Pitt. Reste honnête et modeste.
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Règle n°3
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On travaille ses accroches.

« It’s a Match ! ». Ca y est, tu es mis en relation avec Juliette. C’est le moment d’engager la conversation sans (trop) de maladresses et d’être créatif. Par exemple, « Salut Ingrid, est-ce que tu baises ? » – façon « Tournez Ménages » des Inconnus, c’est NON. Le « Qu’est ce que tu fais sur Tinder ? », c’est également prohibé. Parce que si je suis là, Roméo, c’est sûrement pas pour faire un tennis.
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Règle n°4
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On se rencontre « IRL ». A un moment donné.
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(photo: 1001actus)

Les 12.000 échanges de messages instantanés, emails ou SMS c’est bien. C’est même bien parti à priori. Mais se rencontrer dans la vraie vie, c’est mieux. Pour confirmer.
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Pour boire du rosé. Et plus si affinités…
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Laure D.