Et si le secteur tertiaire était l’avenir de l’économie collaborative?

Aujourd’hui l’économie collaborative semble enfin être arrivée à son paroxysme et comme toute chose qui arrive au sommet, le moment où le phénomène ralentira est inévitable. Si leurs créateurs semblent en avoir fait le deuil, on pense plus simplement que sa planche de salut réside dans le secteur du tertiaire, si le législateur lui en laisse la possibilité.

L’économie collaborative qu’est ce que c’est?

Hier considérée comme une alternative pour les débrouillards, elle est aujourd’hui un mode de vie adopté par la majorité de la population. On peut se réjouir de ce changement radical de moeurs, qui met l’accent sur l’utilisation plutôt que sur la propriété, la disruption, l’innovation, l’échange supporté par le numérique, l’interdépendance (le consommateur est au centre et le nombre d’intermédiaires est réduit) et la dynamique (le prix étant ajusté en temps réel et l’accès au produit ou service  se faisant à la demande, au moment et à l’endroit voulu par l’utilisateur).

Si l’économie collaborative utilise le domaine digital pour mettre en relation ses utilisateurs, c’est souvent à tort, qu’on utilise pour le désigner, le terme « uberisation« , qui est clairement une déformation de langage. En effet, Uber est à l’origine un service de chauffeur privé à la demande, qui permettait à n’importe qui, titulaire d’un permis de conduire, d’être chauffeur pour des particuliers à moindre coût. En effet, l’idée même de l’économie collaborative, c’est que la demande est en même temps l’offre et vice et versa. Lorsque Uber permettait à chaque usager, d’être un chauffeur privé, (avant l’interdiction des « UberPop » en France), on pouvait dire que terme « uberisation » était synonyme d’économie collaborative. Mais depuis qu’en France, les Uber ont le statut de voiture de tourisme avec chauffeur (statut de VTC qui est lui-même règlementé par la préfecture), ce n’est plus de l’économie collaborative en tant que telle, mais simplement un service de mise en relation de chauffeur privé digitalisé. On peut en conclure que désormais la synonymie est erronée, mais on comprend bien l’idée…

Que représente le marché de l’économie collaborative?

Si le secteur du tertiaire était l’avenir de l’économie collaborative?

Selon Deloitte, le marché de l’économie collaborative représente aujourd’hui 26 millards et il devrait atteindre 100 millards d’euros en 2018. En France, l’économie collaborative représente un marché d’environ 3,5 milliards d’euros. Un chiffre qui devrait être multiplié par trois d’ici à 2018. L’Hexagone représente un marché dynamique où ne cohabitent pas moins de 276 plateformes collaboratives, dont 70% sont françaises. C’est donc un marché extrêmement important, qui soulève néanmoins quelques zones d’ombre.

Pourquoi l’économie collaborative est-elle à un tournant?

On peut constater à travers ce bouillonnement que le « sharing » semble avoir trouvé ses limites. En effet, on ne peut malheureusement pas tout partager, à commencer par son gaufrier ou sa perceuse, que certains pourtant, ont tenté de louer. De même, qu’on ne peut pas lancer un business de « time sharing« , en pensant que la mise en relation des utilisateurs qui désirent échanger leur temps et leurs compétences gratuitement, puisse être lucrative.

La raison de ces fausses  « bonnes idées » est simple, pour qu’une entreprise collaborative soit véritablement viable, il faut que le nombre d’utilisateurs soit très conséquent, et il n’est pas aisé de créer une communauté importante. Si BlablaCar peut se targuer d’avoir plus de 10 millions de membres actifs sur sa plateforme, il peut aussi témoigner de la difficulté qu’il lui a fallu pour arriver à créer sa communauté. De même qu’Airbnb, qui accueille chaque nuit 425 000 invités, soit 22% de plus qu’Hilton dans le monde entier, alors qu’il ne possède pas un seul bien immobilier, a dû s’y prendre à deux fois avant de réussir sa première levée de fonds.

Mais ce que le covoiturage ou la location de biens immobilier entre particuliers ont permis, tous les secteurs d’activités ne le peuvent pas. L’économie collaborative est donc un faux eldorado, puisque toutes les banches d’activité n’ont pas vocation à être partagées comme on peut vous l’expliquer très bien ici.

Deuxième zone d’ombre de l’économie collaborative, l’augmentation de la législation qui risque de faire du grabuge. Libre de tout marquage depuis le début du match (hommage à Johan Cruyff), le sharing, en tant qu’économie sociale et solidaire est gratifiée d’un traitement fiscal de faveur, notamment en France, qui est pourtant déjà le champion du monde de l’impôt.

Les récents problèmes de concurrence (voir notre article à prendre au 2nd degré sur le sujet) déloyale entre taxi et « Uber Pop » ou entre les hôtels et Airbnb laissent à penser que le gouvernement français va durcir sa politique fiscal à l’encontre des plateformes collaborative. D’ailleurs, le rapport du député Pascal Terrasse sur l’économie collaborative remis à Manuel Valls le 8 février dernier, propose quelques axes de réflexion. Selon le député de l’Ardèche, le cadre fiscal actuel n’a pas besoin d’être réformé pour s’adapter aux pratiques de l’économie collaborative. Néanmoins le texte appelle à clarifier la distinction entre revenus, partage de frais (comme lors d’un covoiturage) et activité professionnelle.

Autre axe évoqué par le rapport: que les plateformes collaboratives se chargent elles-mêmes de transmettre le montant des transactions des usagers à l’administration.

À noter également qu’à compter du 1er juillet 2016, les plateformes seront tenues d’informer leurs utilisateurs de leurs obligations en matière sociale et fiscale. Oui, car les revenus tirés de l’économie collaborative doivent bien être déclarés.

Pourquoi le tertiaire représente l’avenir de l’économie collaborative?

Cependant, alors que l’économie collaborative semble être à un tournant, l’emploi est lui aussi en train de se transformer. À l’image du gouvernement français qui tente de changer une législation bien trop complexe, la façon de travailler change. En effet, les gens ne souhaitent plus être salariés, avec un lien de subordination à un employeur unique, mais veulent être vendeurs de prestation de service à plusieurs entités différentes. C’est en tout cas, ce que révèle l’explosion des sites de mise en relation professionnelle aux Etats-Unis. L’un deux, UpWork, publie une étude selon laquelle 54 millions d’Américains sont travailleurs indépendants permanents ou occasionnels et surtout 80% d’entre eux gagnent mieux leur vie que lorsqu’ils étaient salariés.

L’idée, dans ce nouveau monde économique, c’est que chacun d’entre nous qui est déjà consommateur peut devenir producteur. On ne dépend plus d’un patron mais d’un client, on ne signe plus un contrat de travail mais un contrat commercial, on ne vend plus 35h par semaine mais une prestation, un savoir-faire, il n’y a plus de licenciement mais de simples ruptures de contrat.

Si l’on rajoute à ce paramètre, le phénomène de vieillissement de la population et le fait que la demande de services à la personne est le secteur d’activité qui connait le plus haut taux de croissance depuis 2005, on peut entrapercevoir ce que peut sera l’économie collaborative de demain.

Je me suis fait tabasser par un contrôleur SNCF – M comme Marcel

Cela faisait longtemps que je n’avais pas baladé ma plume dans la maison d’Hurluberlu, et pour cause j’étais alité à l’hôpital après une grosse marave exécutée par un gang de contrôleurs SNCF.

À la base, je devais aller chez un pote qui habite à Lille pour fêter son anniversaire. J’ai donc réservé un BlaBlaCar pour me faire le trajet, les billets de TGV étant bien trop chers pour ma petite bourse de stagiaire.

Le vendredi soir, en sortant du boulot, je donne rendez-vous à « Émilien 71 » sur le parking d’un bowling en périphérie de la ville de Lyon. Il était 19h 30, lorsque la Dacia de mon transporteur désigné est arrivée au point de rendez-vous, la voiture s’est garée. De son bord sont sortie trois individus en tenus commando, pantalon en toile violette, gilet sans manche épinglé du sceau de la SNCF et petit béret traditionnel. Très  vite, j’ai compris que c’était une embuscade tendue par des individus qui en avaient gros sur la patate depuis que la SNCF a perdu son monopole dans les transports terrestres.

L’histoire a tourné court, à peine ai-je eu le temps de comprendre ce qui se passait qu’ils se sont rués sur moi pour m’asséner de violents coups au visage et à la poitrine. Je suis tombé au sol, ils ont continué à frapper jusqu’à ce que je perde connaissance, pour me laisser inerte sur un parking de bowling avant de repartir à la tombée du jour vers d’autres victimes potentielles.

Cette histoire terrible a eu le mérite de m’ouvrir les yeux sur deux terribles réalités, la première c’est que les aliments sont meilleurs lorsqu’ils ne sont pas mixés et servis en soupe (pour éviter une mastication douloureuse). La seconde, c’est que la concurrence économique peut pousser des êtres humains au bout d’eux-mêmes.

Pourtant, cela fait un petit moment que la révolution entrepreneuriale s’est lancée dans l’Hexagone. D’abord, il y a eu l’émergence d’un nouveau mouvement de personnes qui se sont mises à travailler en freelance pour éviter d’être assommées par les cotisations sociales et les prélèvements automatiques pour les retraites. 

C’est vrai que  tout le monde s’est lancé, avec de bonnes et de moins bonnes idées, et a tourné le dos au travail classique de salarié en entreprise. De l’autre côté, les entreprises classiques étaient de moins en moins en demande d’employés au sens strict du terme, car les éventuels litiges prud’homaux qui pouvaient en découler avaient des conséquences catastrophiques. Surtout, les entreprises ont préféré utiliser des consultants plutôt que des employés classiques, puisque cela leur coutait 30% moins cher  et surtout parce qu’une personne en freelance est plus indépendante ; il n’a aucun bénéfice de la part de l’entreprise, est payé pour son juste travail et n’a pas besoin de supervision.

Les statuts d’entrepreneurs sont alors devenus la norme et le statut de salarié a été rejeté.

C’est à partir de ce moment que les choses ont dérapé, les taxis se sont révoltés à cause de la concurrence d’Uber, les tenanciers d’hôtel se sont révoltés à cause de la concurrence d’AirBnB, les syndicats se sont révoltés à cause de l’émergence du statut d’auto-entrepreneur, et la SNCF s’est mise en grève prolongée pour manifester contre la privatisation de ses lignes de chemin de fer. Les contrôleurs SNCF ont perdu leur statut de fonctionnaire et pour se venger, ont décidé de s’organiser en petites équipes afin de mener des opérations punitives contre ce qui les ont menées à leur perte : l’évolution.

Bientôt, nous serons en 2026, la population française comptera plus de 35 millions de personnes à la retraite et la population active sera passé de 70% en 2012 à moins de 50% , la caisse des retraites aura disparu et la France sera passée du pays le plus imposé fiscalement au monde à un État où la taxation fiscale sera quasiment nulle.

La France aura renouvelé son modèle économique, et les mentalités auront changé et si je dois mangé à la paille pendant quelques mois pour contribuer au changement, cela m’est bien égal, je veux que mes frères qui sont partis vivre à l’étranger reviennent et surtout je veux être fier de mon pays.

La route est encore longue, le plus dur n’est jamais la chute mais bel et bien l’atterrissage et j’espère qu’il sera plus doux que ce qui est annoncé !

(crédit photo : Midilibre)

PS : Marcel précise que cet article est bien sûr à prendre au 2nd degré pour rebondir sur la polémique Uber VS Taxi