A propos Cécile

Amoureuse de Han Solo depuis que j’ai cinq ans, j’affectionne le cinéma, la littérature et l’humour douteux. Un peu Paumée à Lyon et résolument épi-curieuse, j’aime découvrir des chefs-d’œuvre cachés.

Faut-il souffrir pour mériter l’Oscar ?

Elizabetth Taylor et Richard Burton dans "Le Chevalier des sables". © Abaca Press

Oui, cet article fait évidemment référence à l’Oscar de Leonardo DiCaprio, sésame précieux enfin décroché après des années d’errance. Au fil des années, les cinq nominations de Leo en comptant The Revenant, pourtant pas l’acteur le plus malchanceux en la matière (coucou Richard Burton), sont devenues une sorte de public joke donnant lieu à des memes et à un jeu qui, je l’avoue, m’a bien distraite cette semaine (http://redcarpetrampage.com/). Et bien qu’ayant beaucoup de sympathie pour l’acteur, au fil des cérémonies qui égrènent le début d’année, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander pourquoi l’on n’arrêtait pas d’entendre « S’il ne l’a pas pour ce film, je ne sais pas quand ils lui donneront » ou encore « Si en se faisant bouffer par un ours il ne gagne pas, c’est que les Oscars ont juré de ne jamais le récompenser ». En d’autres termes, c’était l’année ou jamais. Mais pourquoi ?


 De prime abord, je pense que tout le monde sera d’accord avec moi pour dire qu’un Oscar, ça se mérite. Récompense parmi les récompenses pour les acteurs, il semble que pour que le choix de l’Académie soit adoubé par l’opinion publique, il faut qu’on ait l’impression que l’acteur récompensé s’est donné du mal, s’est mis en danger. Ce qui me fait penser que Matt Damon n’avait aucune chance pour Seul sur Mars (que j’ai par ailleurs adoré), dans le sens où son rôle, bien qu’intéressant, n’était pas vraiment un personnage complexe : c’était un héros américain typique, intelligent, drôle, optimiste – impression renforcée par la bonne bouille de l’acteur. Cette sensation est clairement confirmée par le fait que des acteurs mythiques adeptes de la méthode de l’Actors Studio, qui préconise une immersion la plus complète possible dans l’environnement du personnage pour une meilleure appréhension de sa psychologie et donc une performance plus habitée, ont inspiré les acteurs qui aujourd’hui font le bonheur d’Hollywood. Je pense par exemple à Daniel Day-Lewis qui cite souvent les prestations criantes de réalisme de De Niro comme élément déclencheur de sa vocation. L’engagement total, qui nécessite une certaine forme de souffrance (qu’elle soit physique avec des pertes de poids spectaculaires ou mentale avec des conditions de tournage difficiles, des immersions dans des milieux hostiles), génère de la concentration et donc plus de justesse… Qualités évidemment récompensables par un Oscar.

On peut objecter à cet argument que certains Oscars n’ont clairement pas récompensé des prestations d’exception ou « à risque ». Ce qui m’amène à penser que parfois, les  Oscars viennent récompenser une évolution, une révélation. A titre personnel, je citerai Jennifer Lawrence dans Happiness Therapy. Bien que j’ai trouvé le film très réussi, je n’ai pas été convaincue qu’elle était au sommet de son talent et j’ai eu un petit regret pour Emmanuelle Riva. Mais je me suis rapidement consolée en me disant qu’après tout, J. Law avait montré avec ce rôle une maturité impressionnante et qu’elle avait prouvé qu’elle était plus que l’égérie d’une franchise à gros budget. De cette réflexion découle une conclusion assez réjouissante : un Oscar ne vient pas récompenser l’apogée du talent d’un acteur. Déjà parce que comparer les performances d’un film à l’autre est particulièrement périlleux. Et ensuite parce que cela n’augurerait rien de bon pour la future carrière de Leo et de tous les Oscarisés en général.

Leo a donc souffert et a décroché l’Oscar. Et le film dans tout ça ? Sans trop vous spoiler, The Revenant est un film que je qualifierais de pas facile. C’est un film rugueux, violent, une mise à nu d’un homme dans un milieu beau et terrible et au sein d’une intrigue simple mais qui vous cloue sur place. La performance m’a personnellement paru remarquable, quoique difficilement soutenable par certains peut-être. En fait-il trop ? Je ne pense pas que qui que ce soit soit qualifié pour juger que quelqu’un qui serait véritablement dans la situation de Hugh Glass ne se comporterait pas comme Leo dans ce film. Reste à discuter la concurrence. J’admets que Matt Damon était pour moi une petite erreur de casting étant donné son rôle. Michael Fassbender a livré une prestation impeccable dans ce qui reste un biopic de facture assez classique. N’ayant pas encore vu son film, je ne peux rien dire de Bryan Cranston. Pour conclure, je me contenterais de dire que cet Oscar est, selon moi, amplement mérité. Pas parce que Leo a souffert durant le tournage, mais bien parce que sa prestation vous prend aux tripes. Et si ce n’est pas ça qui vous fait aller au cinéma, alors je ne sais pas ce que c’est. Et j’ajouterais juste qu’à mon humble avis, Eddie Reydmane n’en a pas fini avec le cinéma…

Pour ou contre aller voir Spectre ?

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007 – Opus 24

Le 11 novembre prochain, Spectre arrive sur nos écrans. Dernier né de la saga James Bond, il fait déjà parler de lui dans la presse et parmi les fans les plus inconditionnels. On le dit réussi, fascinant… mais on entend également que c’est le pire 007 jamais réalisé et un flop monumental après un Skyfall extraordinaire. Vous aurez certainement le temps de vous faire une opinion – et moi aussi. En attendant, voilà qui pourrait vous décider.

UPDATE : je suis effectivement allée voir le film, vous pouvez retrouver ma critique juste en-dessous de l’article. 

Pourquoi vous devez courir voir Spectre ?

  • Parce que Daniel Craig est indubitablement le meilleur James Bond de tous les temps

Inutile de le nier, je suis une fervente admiratrice du James Bond de Daniel Craig. Sombre, un brin torturé et sexy en diable, 007 est à mes yeux devenu un héros quasi parfait, loin des oeillades de celui de Roger Moore dans les 70’s. L’annonce de son casting avait pourtant surpris : un Britannique (jusque-là, rien d’anormal) au physique nordique qui conduit à peine… et surtout inconnu ! Pourtant, Casino Royale remportait tous les suffrages et à chaque film, Craig insuffle de plus en plus de profondeur et de charisme à un personnage qui semblait quelque peu creux depuis Sean Connery (<3). Peut-être est-ce parce qu’il est le premier acteur de la saga à poser sa patte sur le scénario en suggérant régulièrement des alternatives aux propositions originelles. Ou peut-être est-ce justement parce qu’il est l’anti James Bond dans la vie qu’il a réussi à faire évoluer le personnage de manière aussi spectaculaire.

  • Pour enfin comprendre Quantum of Solace

La bande-annonce l’annonce (ahah) : Spectre est derrière « tous les ennuis de James Bond », sous-entendu derrière tous les complots et péripéties survenus depuis Skyfall. Ce qui inclut le très nébuleux Quantum of Solace dont je n’ai guère retenu que la présence solaire d’Olga Kurylenko. Peut-être que cet opus permettra d’enfin comprendre les méandres du scénario…

  • Pour Monica Bellucci

Tout est dit.

Pourquoi je reste un poil dubitative

  • Parce que la promo est un peu too much

J’avoue avoir été assez désagréablement surprise par les dernières publicités OMEGA mettant en scène 007. Même si ce partenariat est historique (il a démarré dans GoldenEye en 1995), la promotion s’apparente quelque peu à un matraquage – et c’est un euphémisme, avec trois diffusions du même spot avant la projection de Seul sur Mars. Et Moneypenny n’est pas en reste : dans une publicité de SONY, Naomie Harris se démène pour récupérer le téléphone de 007 en dépit de péripéties un peu rocambolesques. Même si on se doute que Spectre sera plus qu’un prétexte au placement de produit, on préfèrerait quand même ne pas avoir la sensation de se faire prendre pour un pigeon. Et on passera sous silence le chèque de 14 millions de dollars encaissé par la MGM et Sony en contrepartie de quelques petits changements visant à redorer l’image que le film renvoie du Mexique : les méchants ne sont plus si mexicains que ça et Stephanie Sigman a l’immense privilège d’être une JBG pendant 4 minutes. Voilà voilà.

  • Parce que ce sera forcément moins bien que Skyfall

Skyfall place la barre très haut. Bande-son exceptionnelle, scénario extrêmement intelligent, jeu d’acteurs remarquables (mention spéciale à Judi Dench)… Le James Bond parfait est là. Et après ?

  • Parce que les polémiques récentes me fatiguent

Depuis que la saga est devenue aussi bankable (encore une conséquence du talent Craig), la moindre sortie des acteurs est sujette à polémique. Lorsque l’acteur principal annonce que le prochain 007 sera son dernier, les spéculations sur le nom de son successeur vont bon train… et ont de quoi dégoûter les fans les plus civilisés, notamment lorsqu’on entend dire qu’Idris Elba, acteur prodige s’il en est, est inenvisageable pour le rôle car non blanc. Idem lorsque l’on découvre les critiques à l’encontre du choix de Monica Bellucci, jugée trop vieille par certains médias américains pour pouvoir vraisemblablement séduire James Bond. Il vaut mieux être sourd qu’entendre ça.


 

J’y étais. Oui, j’étais à la première projection publique de Spectre à Lyon en ce mercredi doux et ensoleillé. Verdict ? (Il est préférable d’avoir vu le film avant de parcourir ces lignes. Ou de promettre de ne pas m’en vouloir pour les spoilers)

Un 007 de facture quelque peu classique

Alors oui je l’avoue, le scénario de Spectre ne m’a pas renversée. « 00 est un programme obsolète (…) une méchante organisation veut fusionner les services secrets des principales puissances mondiales pour semer le chaos (…) quand la hiérarchie ne le soutient plus, 007 est seul contre tous ». Je dois bien admettre que le postulat de départ n’est pas sans rappeler le scénario de Mission Impossible : Rogue Nation sorti cette année. La comparaison s’arrête toutefois là, je vous rassure. On peut également regretter que jamais aucun véritable suspense ne vienne perturber les rebondissements « classiques » de cet opus : jamais vous ne douterez que JB s’en sortira ; ni qu’il le fera avec une classe et une élégance outrageantes.

Mais même sans trop s’attarder sur le scénario, d’autres points noirs apparaissent. L’un des plus gros à mon sens est la bande originale de Sam Smith (que j’aime pourtant beaucoup) que j’estime ratée – en même temps, il faut assumer de passer derrière Adele. Enfin, je regrette que cet opus soit si masculin. Comprenez-moi bien, j’ai bien conscience qu’il s’agit d’un film d’action et qu’il y a certains must. Mais l’accumulation d’explosions/cascades peut finir par lasser même les plus fans.

Mais ça fonctionne

Bien sûr que cela fonctionne. Bien sûr qu’on adore voir Daniel Craig se démener et fusiller ses ennemis de son regard bleu acier. Bien sûr qu’on frissonne en voyant que Christoph Waltz n’a rien perdu de son talent à incarner des psychopathes terrifiants. Bien sûr que les plans des villes sont magnifiques et que la réalisation est impeccable – mention spéciale aux scènes dans le train de Tanger qui sont d’une esthétique remarquable à tout point de vue. Et bien sûr qu’on frémit lorsque LE rebondissement est dévoilé et que les pires fêlures de 007 sont révélées.

Alors oui, mille fois oui, allez-y. Et pour vous consoler du dénouement qui n’est pas des plus originaux (hello Christopher Nolan) et du jeu assez pauvre de Léa Seydoux (au demeurant extrêmement séduisante), dites-vous que le prochain ne va pas tarder à arriver… et qu’il promet d’être légendaire.

PS : on vous conseil de lire également cet article à prendre au 2nd degré sur James Bond et son amour pour l’alcool.

 

C’est la rentrée ciné, voici les coups de cœur de Cécile

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Et sinon, votre année cinématographique, ça se passe comment ?

 

© DR

 

Aaaah, l’odeur des cahiers neufs si chère à nos cœurs. Les stylos qui s’effacent par magie, les gommes parfumées, les taille-crayons en forme de citrouille… Pour la majorité d’entre vous, c’est la rentrée ! Donc le moment de prendre vos bonnes résolutions ciné de l’année – non, janvier n’a pas le monopole des objectifs ambitieux. Je vous propose trois coups de cœur que je vous conseille absolument et trois films qu’il me tarde de voir avant la fin de l’année.

A voir très très rapidement

Tous genres confondus, c’est LE film de l’année à mes yeux. Ne vous fiez pas aux critiques qui parlent d’un Virgin Suicides turc et courez apprécier Mustang pour ce qu’il est : un bijou de cinéma. Deniz Gamze Ergüven filme avec une tendresse infinie le quotidien de cinq sœurs qui bascule le jour où elles sont aperçues en train de jouer dans l’eau avec des garçons de leur âge. Leur oncle décide alors de reprendre les choses en main en les privant de liberté. Et tandis que des barrières – physiques et intellectuelles – sont érigées autour du foyer, elles font front et tentent de résister coûte que coûte. Sans télévision, sans téléphone, retirées de l’école et avec le mariage avec un inconnu comme seule porte de sortie, elles se battent et on est ému par leur solidarité, leur complicité, leur soif de liberté. Les jeunes actrices crèvent l’écran et nous interpellent sans détour sur des injustices auxquelles on paraît se résigner trop facilement.

On a souvent lu qu’Audiard méritait la Palme d’or pour certains de ses précédents films. Quelle jubilation pourtant de le voir obtenir le Graal pour Dheepan. En suivant le parcours de cette fausse famille qui tente de comprendre les codes de la société française pour s’intégrer, on est effrayé par l’hermétisme de cette dernière. On se fait tout petit sur son siège, scotché par l’humanité et la dignité de ces gens qui se heurtent à nos pires fêlures. Et en cette période de manipulation des peurs collectives, on sort de ce film la tête remplie d’interrogations et les convictions bousculées.

Sorti en toute discrétion, Victoria, filmé pratiquement en temps réel, sublime l’atmosphère nocturne de Berlin dès le premier plan qui nous présente Victoria dans un fameux club berlinois enfumé. On découvre une âme un peu perdue dont le rêve d’une carrière de pianiste professionnelle a été contrarié par des professeurs de conservatoire. En rentrant chez elle, elle rencontre Sonne et ses amis, de jeunes Berlinois de l’Est qui zonent. Inexorablement, la nuit tourne au drame et pourtant, on ne décolle pas les yeux de l’écran tant on est pris par le rythme singulier et la découverte d’un Berlin insoupçonné.

Ça a l’air bien bien bien

Sélectionné au dernier Festival de Cannes, le dernier Sorrentino fait déjà parler de lui. Et pour cause ! Réalisateur prodige, casting trois étoiles – le formidable Michael Caine qui s’extirpe de sa bromance avec Nolan, Harvey Keitel et Rachel Weisz – et thème universel : que faire face à la vieillesse ? Fred et Mick, deux vieux amis octogénaires, s’efforcent de répondre à cette question ensemble et croyez-moi,  il ne fait nul doute que Youth fera bientôt l’objet d’un article.

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Je l’avoue, j’ai hâte de voir la réponse de Ridley Scott à Christopher Nolan. Car c’est bien comme ça que je perçois Seul sur Mars, qui débarque sur nos écrans quasiment un an après Interstellar – dont je me remets à peine. Est-ce que le réalisateur cherche à nous prouver qu’il n’y a pas besoin d’un scénario à la limite de l’intelligible pour faire un film extraordinaire ? Que ce n’est pas la peine d’aller à l’autre bout de l’Univers pour cela alors que Mars est (relativement) plus près et fait l’affaire ? Quoi qu’il en soit, l’idée de retrouver Matt Damon et sa bouille de bon père de famille américain aux côtés de Jessica Chastain (qui décidément a du mal à quitter le costume de cosmonaute) dans ce film ambitieux m’émoustille au plus haut point.

Enfin, il sort au cinéma aujourd’hui également, Life d’Anton Corbijn. Honnêtement, c’est autant par curiosité pour l’évolution du jeu de Robert Pattinson que pour découvrir une face méconnue du géant Dean (si ça existe véritablement). J’essaierai d’entrer dans la salle sans trop de préjugés – pas facile, hein ?

Vous pouvez également cliquer sur ce lien si vous désirez lire l’article de Antony sur Réalité le dernier film de Quentin Dupieux.

True Detective & GOT : est-ce que c’était mieux avant ?

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« On a le monde qu’on mérite. »

Si c’est le moustachu Colin Farrell qui le dit, c’est que ça doit être vrai.


À moins de vivre dans une grotte, vous ne pouvez ignorer que depuis quelques semaines, True Detective, le bijou qui a illuminé notre année 2014, est de retour. Enfin, disons qu’il est là sans l’être. La noirceur fascinante et l’atmosphère poisseuse sont bel et bien là mais la première moitié de cette nouvelle saison laisse un arrière-goût assez amer. Presque simultanément, la saison 5 de Game of Thrones s’est arrêtée. Et là aussi, on ne peut pas dire qu’elle ait tenu toutes ses promesses : arcs narratifs laissés à l’abandon, introduction assez maladroite de la religion et des sectes dans l’intrigue principale, ficelles scénaristiques usées (Daenerys seule chez des barbares, sérieusement ?). Alors est-ce que c’était mieux avant ?

Le vieux, c’est cool ; le neuf, c’est bof

Il faut bien avouer que notre génération est un peu spécialiste du « c’était mieux avant ». On a tous eu une période vinyles et Beatles dans notre adolescence, le cinéma rétro est toujours aussi en vogue et même des marques ciblant les jeunes misent de plus en plus sur des égéries old school. La majorité des plus cinéphiles de notre génération reste parfois dubitative devant l’usage de la 3D, méprise la dernière tétralogie de Michael Bay et considère que depuis Capra, personne n’a été capable de réaliser un film de Noël qui ne soit pas un nanar.

Concernant les séries TV, le débat a toujours été présent, ne serait-ce que dans le match Friends vs how I Met Your Mother qui, encore aujourd’hui, a laissé des traces. Et sans même comparer les séries entre elles, le développement d’une série en elle-même est souvent compliqué et est assujetti aux audiences : est-ce que ce n’est pas la saison de trop ? Jusqu’où aller pour attirer le spectateur ? Est-ce que cette storyline est cohérente et séduisante ? Les scénaristes naviguent souvent à vue et il est difficile de produire un résultat remarquable sur la durée compte tenu des diktats du calendrier des grandes chaînes de télévision.

Ce qui nous a manqué en 2015

Même s’il est un peu injuste de juger la saison 2 de True Detective sur la seule base d’une demi-saison, un début de critique – forcément subjective – semble possible.

Pizzolatto, scénariste et showrunner de la série, a laissé Matthew McConaughey que l’on a pu voir dans  Le loup de Wall Street ou encore Dallas Buyers Club s’envoler hors du nid et a abandonné la Louisiane. Dès le premier épisode de True Détective, on débarque donc en Californie, plus précisément à Vinci. Colin Farrell campe Ray Velcoro, un flic traumatisé porté sur la boisson et partage l’affiche avec Vince Vaughn – décidément une belle collection d’acteurs ratés sur le retour. S’il est vrai qu’on a du mal à dire au revoir à l’attachant McConaughey, il faut admettre que Farrell a suffisamment de présence et de charisme pour nous intéresser.

Pas de problème de décor donc, ni d’acteurs. Non, ce qui semble poser un véritable problème dans cette deuxième saison, ce sont les choix narratifs. Le scénario dans sa globalité pâtit du recours à des séquences elliptiques qui sapent le rythme ; les protagonistes sont nombreux et l’intrigue se retrouve quelque peu éclatée sans qu’on puisse arriver à distinguer ceux qui s’en sortiront. Enfin, si la touche 70’s n’est pas désagréable, on peut regretter un côté soap opera qui peut lasser : à force de cumuler les fêlures, les personnages perdent paradoxalement en consistance.

Et Game of Thrones dans tout ça ?

Quand à Game of Thrones, autant avouer que cette saison m’a franchement déçue. Le poids démesuré de la religion a fait irruption sans préavis dans le scénario et m’a laissée un peu perplexe : la reine-mère Cersei châtiée par une organisation qu’elle a soutenue, pour de vrai ? Comme pour justifier cette apparition, les scénaristes ont redoublé d’ardeur pour mettre en scène toutes les horreurs possibles : l’abus de petites filles, le désormais traditionnel inceste, le sacrifice des enfants, le viol. Comme s’ils avaient fait la liste de tout ce qui allait « pimenter » la saison et qu’ils avaient distillé les éléments par-ci par-là. Et pendant ce temps, plus personne ne semble se préoccuper de qui doit occuper le trône de fer et chacun cherche simplement à ne pas se faire attraper pour ses péchés. Dans ce méli-mélo religieux, la rencontre entre Daenerys et Tyrion a constitué, à mes yeux, le seul intérêt de la saison – et pas des moindres !

Alors tandis que la saison 4 me laissait bouche bée après chaque épisode, celle-ci a occupé les lundis soir. Est-ce le ralentissement de l’intrigue (forcément corrélé au lien avec l’écriture des livres) ? La lassitude de l’alternance violence / sexe ? Je miserais plutôt sur l’irréalisme de certains choix scénaristiques à commencer par le fait que le si intelligent Littlefinger laisse Sansa entre les mains d’un barje notoire. Ne vous méprenez pas, bien sûr j’ai suivi cette saison et je suivrai certainement la sixième. Mais je regrette un peu le temps où la nuit du lundi au mardi n’était que folles spéculations sur l’épisode suivant.

I am number four

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Est-ce bien raisonnable de sortir un 4e opus ?

 

La question peut paraître légère mais les circonstances cinématographiques actuelles lui confèrent une certaine légitimité. Car en digne représentante des années 90, je me suis empressée d’aller voir Jurassic World au cinéma, le dernier-né (tardif) de la saga Jurassic Park qui a enchanté mon enfance. La semaine précédente, je suis allée voir Mad Max: Fury Road et avant cela, j’ai visionné un nombre assez conséquent de tétralogies au benjamin plus ou moins réussi.

La suprématie de la trilogie

Il faut bien admettre que la trilogie a toujours eu le vent en poupe. Vous avez forcément entendu parler de la bonne réputation du chiffre trois. Il paraît qu’en chinois, le mot « trois » sonne comme « vivant ». On compte trois couleurs primaires, la Terre est la 3e planète du Système Solaire, les trios célèbres ne manquent pas (les rois mages, les trois Parques, les trois sœurs Halliwell et j’en passe). Et bien sûr, les trilogies cinématographiques cultes sont légion : Le Parrain, Toy Story, Le Seigneur des Anneaux, Star Wars (snif). Trois films, c’est équilibré, logique : on pose le décor, on déroule l’action, on clôt l’ensemble. Ce qui fait que bien souvent, le quatrième peut faire figure de bâtard. De celui qui a été rajouté à la va-vite, pour faire de l’argent, pour le fun (rayer la ou les mentions inutiles).

La longue histoire des quatrièmes ratés

Il faudra bien en parler à un moment. Un certain nombre de quatrièmes films ne sont pas vraiment entrés au Panthéon du cinéma. On peut citer spontanément le dernier Indiana Jones, décrié par beaucoup pour son introduction plutôt maladroite de SF dans les aventures du plus célèbre des archéologues. Et même sans considérer cela, on a pu déplorer l’usure des ficelles scénaristiques : les Russes sont les grands méchants, le fils grandira pour remplacer le père.

On pourrait également parler de Pirates des Caraïbes : La Fontaine de jouvence, pas hué mais presque au festival de Cannes 2011 et qui, malgré des résultats commerciaux impressionnants, a pu révéler un certain essoufflement. A titre personnel, j’ajouterais Alien, la résurrection, que j’ai personnellement détesté – étant pourtant une fervente admiratrice de Jean-Pierre Jeunet. Trop d’aliens, trop de résurrections, trop de tout et pas assez de ce qui avait fait la force du premier film : un monstre quasiment invisible et une ambiance qui parvenait à littéralement asphyxier le spectateur. La liste est encore longue : Les Dents de la mer 4 : La Revanche, Shrek 4 : Il était une fin, etc.

Et en 2015 ?

J’ai souvent rêvé de finir comme Alan Grant. Enfin, d’être Alan Grant plutôt. Jurassic Park a toujours été mon film culte. Je le considère à la fois comme un échantillon parfait de ce que Spielberg a apporté au cinéma, comme une adaptation extrêmement réussie d’un roman ingénieux et comme un condensé de ficelles de réalisation que nombre de réalisateurs ont tenté d’emprunter sans forcément avoir le même succès. Autant vous dire que la séance de Jurassic World de ce dimanche sonnait comme une évidence. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue.

Je m’attendais pourtant au pire : qu’allaient-ils faire des jeeps ? Allait-on retrouver les bâtiments ? Le squelette géant du hall d’entrée ? Et tout était bien là ; différent certes, plus moderne, mais bel et bien là. Sans renier ses racines et en faisant de multiples références à son géniteur, cet opus se penche de manière plus aboutie sur la question de l’éthique scientifique dans la démarche de reconstruction de l’écosystème des dinosaures. Et seul le combat final de dinosaures et une légère tendance à la misogynie parfois viennent ternir mon appréciation.

Et comment ne pas évoquer Mad Max: Fury Road, qui pour moi est définitivement l’un des meilleurs films de l’année. Film d’action, oui. Film violent, oui. Film intelligent, oui et re-oui. Tom Hardy est stupéfiant de talent et redonne vie à ce personnage ambivalent et fascinant que l’on pensait pourtant être l’apanage de Mel Gibson. Les personnages secondaires sont extrêmement travaillés – Nicholas Hoult est remarquable, Charlize Theron impeccable comme toujours, Hugh Keays-Byrne magistral.

Alors qu’est-ce qui fait un bon numéro quatre ? Indubitablement, la patte du réalisateur et des producteurs d’origine. Si Mad Max: Fury Road est si réussi aux yeux des amateurs de la trilogie d’origine, c’est en grande partie parce qu’il a été réalisé par George Miller, également réalisateur des opus précédents. Jurassic World a notamment été produit par Amblin Entertainment, la société de production de Spielberg. On m’objectera Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, réalisé par le maître en personne. C’est peut-être l’exception qui confirme la règle. Et puis surtout, c’est Steven et je lui pardonne tout.

 

Génération Y : la fin du cinéma ?

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Il paraît que nous faisons partie de la génération Y. Nés dans les années 90’s, nous semblons présenter des caractéristiques diverses et variées parmi lesquelles notre appétence pour les nouvelles technologies et notre goût pour le numérique. Il m’est impossible de nier cette évidence. J’écris cet article sur un ordinateur dont mes parents auraient difficilement imaginé l’existence lorsqu’ils avaient mon âge, tout en jetant régulièrement un œil sur un téléphone dont beaucoup se demandent s’il sera bientôt capable de faire du café tant il nous est devenu faussement indispensable. Et bien que cela ne soit pas quelque chose que je pratique, je suis consciente que 90% de mon entourage a recours au téléchargement illégal (inutile de me demander des noms, je nierai tout en bloc) de séries et de nouveautés cinéma. Sans juger cette pratique, comment envisager l’avenir de l’industrie du cinéma ? Vaste question, je sais. 

La génération Y, bourreau du cinéma?

Selon une étude réalisée par la SOFRES en 2014, un Français sur six a eu recours au téléchargement illégal pour visionner un film au cours de l’année 2013 – et je ne vous parle même pas du pic au moment de la sortie de Game of Thrones. Mais les séries sont un cas à part, étant un divertissement initialement destiné à être consommé chez soi. Le cinéma, en revanche, doit faire face à une évidente érosion de son potentiel d’attractivité. Quand il est possible d’avoir accès aux dernières nouveautés en quelques clics, pourquoi payer six, sept, huit euros pour partager l’écran avec 299 autres personnes ? La réponse se trouve dans la question.

Pourtant, en France, la fréquentation des cinémas ne paraît pas si catastrophique. En 2014, selon les chiffres du Centre National du Cinéma et de l’Image Animée, 208.97 millions de tickets de cinéma ont été vendus et sur les 283.7 euros dépensés en moyenne par chaque foyer français la même année, près de 50 euros ont été consacrés à l’achat de tickets. Malgré ces chiffres, le cinéma français peine à afficher une santé florissante et le problème n’est pas qu’hexagonal.

Cinéma 2.0

Notre génération a connu la fugace domination de MSN avant une disparition brutale, la lente dégénérescence de l’iPod au profit de l’iPhone, la fin de Nokia. Nous sommes habitués au changement, à la nouveauté et parfois sommes à l’initiative de ces évolutions sans avoir conscience qu’une page se tourne. Mais serons-nous la génération qui plombera le cinéma ? Fréquentera-t-on encore les salles noires lorsque j’aurai l’âge d’y emmener mes petits-enfants ?

Je ne peux parler que de mon expérience personnelle et il me semble que je ne cesserai pas d’aller au cinéma. L’année dernière, j’ai adoré une dizaine de nouveaux films, que j’ai tous vus au cinéma.

Parmi ces films, certains nécessitaient que je me déplace, que je paie un ticket et que je m’asseye aux côtés de 299 inconnus. C’est le cas d’Interstellar par exemple. Il me paraît irréaliste de penser que ce film me fera le même effet sur un écran d’ordinateur que celui ressenti lors de la projection. L’immensité des décors, la bande-son entêtante et réussie, l’intrigue intelligente et redoutablement bien menée. Difficile d’argumenter que la claque cinématographique sera de même ampleur sur mon canapé.

Happy ending 

Les caractéristiques techniques d’autres de ces films ne justifiaient pas systématiquement le fait d’assister à une séance dans un cinéma. Je pense par exemple à Boyhood, Mommy, Gone Girl, The Grand Budapest Hotel. Dans le cas de ces films, c’est autre chose qui est en jeu. Je me souviens très distinctement qu’en sortant de la salle, je me suis dit à chaque fois que mes voisins et moi avions vécu un beau moment de cinéma. Quelque chose d’étrange, une parenthèse. Que ce soit à Berlin après Boyhood dans ce minuscule cinéma de quartier taggé ou suite à la projection en québécois sous-titré allemand de Mommy dans ce grand cinéma au plafond étoilé de Neukölln, j’ai pensé que ces gens-là et moi nous rappellerions de cette séance. Et que durant les trois prochains jours, nous aurions le même sujet de conversation dans des lieux et des circonstances complètement différents.

Le cinéma ne mourra pas, les idéalistes de la génération Y veillent.

J’avoue, je boycotte Birdman

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Et j’ai une bonne raison !  

 

Voilà, c’est dit. Je fais la sourde oreille dans les dîners, je hausse les épaules quand on me demande ce que j’en pense, je détourne les yeux des affiches. Bref, je boycotte Birdman. Et je vous avoue que c’est loin d’être facile vu que c’est le sujet de conversation culturel incontournable de ces dernières semaines après la 87e cérémonie des Oscars qui s’est avérée être relativement intéressante (merci Neil).

Pourquoi tant de haine, me direz-vous ? Détrompez-vous tout de suite, ce film est un chef-d’œuvre, loin de moi l’idée de le nier. Mais dans le combat de David contre Goliath, j’ai toujours eu un faible pour David. Vous êtes en train de deviner le fond de ma pensée. Oui, je m’attendais au sacre de Richard Linklater pour son travail sur Boyhood.

Comparer les deux films est très difficile à mes yeux puisque je considère Boyhood comme un exercice totalement inédit et unique – à l’exception de la trilogie Before Sunrise, Before Sunset et Before Midnight, toujours de l’excellent Linklater, qui nous racontait l’histoire d’un couple avec 9 ans d’intervalle entre chaque film. Il n’est pas vraiment question de considérer Boyhood comme meilleur que Birdman, ce dernier étant, je le répète, un excellent film. Mais le bijou de finesse qu’est Boyhood méritait à mon avis mieux que l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Patricia Arquette (extraordinaire par ailleurs).

On a déjà beaucoup parlé de ce film et de son concept si particulier et si vous ne l’avez pas déjà vu, courez-y. Si vous avez vécu dans une grotte au cours des quatre ou cinq derniers mois, voici une piqûre de rappel. Le réalisateur, Richard Linklater donc, a tourné pendant douze ans le même film, en organisant des périodes de tournage de trois jours par an, pour élaborer la chronique d’une famille américaine à travers le regard d’un enfant, Mason (excellent et totalement inconnu Ellar Coltrane).

On observe donc les personnages grandir, vieillir littéralement. Mason a 6 ans au début du film, ses parents viennent de divorcer et sa mère se retrouve seule avec sa sœur et lui. Au fil des années, le spectateur le voit mûrir, subir les beaux-pères successifs (et calamiteux), devenir un jeune adulte plein de promesses. Et autour de lui gravitent son père, au début géniteur légèrement irresponsable qui se mue en chef de famille, sa sœur, qu’on a plaisir à observer pendant les années de gloire de Britney Spears, et une galerie de personnages secondaires attachants et terriblement réalistes. On s’amuse également de voir avec quel talent Linklater a su capturer des moments emblématiques de la dernière décennie, la première GameBoy, le premier Mac.

Et on ressort de ce film ravissant en se disant que Richard Linklater nous a offert 166 minutes extraordinaires grâce à un travail de longue haleine que nul autre n’avait envisagé auparavant. Iñárritu est-il moins méritant ? Non, mais on est en droit de regretter qu’un film produit par Fox Searchlight Pictures et donc par 21st Century Fox ait le dessus sur un film indépendant produit par la société du réalisateur. Mais quand on s’intéresse de près à la mécanique des Oscars, l’issue des votes n’est pas si surprenante.

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