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Faut-il souffrir pour mériter l’Oscar ?

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Elizabetth Taylor et Richard Burton dans "Le Chevalier des sables". © Abaca Press

Oui, cet article fait évidemment référence à l’Oscar de Leonardo DiCaprio, sésame précieux enfin décroché après des années d’errance. Au fil des années, les cinq nominations de Leo en comptant The Revenant, pourtant pas l’acteur le plus malchanceux en la matière (coucou Richard Burton), sont devenues une sorte de public joke donnant lieu à des memes et à un jeu qui, je l’avoue, m’a bien distraite cette semaine (http://redcarpetrampage.com/). Et bien qu’ayant beaucoup de sympathie pour l’acteur, au fil des cérémonies qui égrènent le début d’année, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander pourquoi l’on n’arrêtait pas d’entendre « S’il ne l’a pas pour ce film, je ne sais pas quand ils lui donneront » ou encore « Si en se faisant bouffer par un ours il ne gagne pas, c’est que les Oscars ont juré de ne jamais le récompenser ». En d’autres termes, c’était l’année ou jamais. Mais pourquoi ?


 De prime abord, je pense que tout le monde sera d’accord avec moi pour dire qu’un Oscar, ça se mérite. Récompense parmi les récompenses pour les acteurs, il semble que pour que le choix de l’Académie soit adoubé par l’opinion publique, il faut qu’on ait l’impression que l’acteur récompensé s’est donné du mal, s’est mis en danger. Ce qui me fait penser que Matt Damon n’avait aucune chance pour Seul sur Mars (que j’ai par ailleurs adoré), dans le sens où son rôle, bien qu’intéressant, n’était pas vraiment un personnage complexe : c’était un héros américain typique, intelligent, drôle, optimiste – impression renforcée par la bonne bouille de l’acteur. Cette sensation est clairement confirmée par le fait que des acteurs mythiques adeptes de la méthode de l’Actors Studio, qui préconise une immersion la plus complète possible dans l’environnement du personnage pour une meilleure appréhension de sa psychologie et donc une performance plus habitée, ont inspiré les acteurs qui aujourd’hui font le bonheur d’Hollywood. Je pense par exemple à Daniel Day-Lewis qui cite souvent les prestations criantes de réalisme de De Niro comme élément déclencheur de sa vocation. L’engagement total, qui nécessite une certaine forme de souffrance (qu’elle soit physique avec des pertes de poids spectaculaires ou mentale avec des conditions de tournage difficiles, des immersions dans des milieux hostiles), génère de la concentration et donc plus de justesse… Qualités évidemment récompensables par un Oscar.

On peut objecter à cet argument que certains Oscars n’ont clairement pas récompensé des prestations d’exception ou “à risque”. Ce qui m’amène à penser que parfois, les  Oscars viennent récompenser une évolution, une révélation. A titre personnel, je citerai Jennifer Lawrence dans Happiness Therapy. Bien que j’ai trouvé le film très réussi, je n’ai pas été convaincue qu’elle était au sommet de son talent et j’ai eu un petit regret pour Emmanuelle Riva. Mais je me suis rapidement consolée en me disant qu’après tout, J. Law avait montré avec ce rôle une maturité impressionnante et qu’elle avait prouvé qu’elle était plus que l’égérie d’une franchise à gros budget. De cette réflexion découle une conclusion assez réjouissante : un Oscar ne vient pas récompenser l’apogée du talent d’un acteur. Déjà parce que comparer les performances d’un film à l’autre est particulièrement périlleux. Et ensuite parce que cela n’augurerait rien de bon pour la future carrière de Leo et de tous les Oscarisés en général.

Leo a donc souffert et a décroché l’Oscar. Et le film dans tout ça ? Sans trop vous spoiler, The Revenant est un film que je qualifierais de pas facile. C’est un film rugueux, violent, une mise à nu d’un homme dans un milieu beau et terrible et au sein d’une intrigue simple mais qui vous cloue sur place. La performance m’a personnellement paru remarquable, quoique difficilement soutenable par certains peut-être. En fait-il trop ? Je ne pense pas que qui que ce soit soit qualifié pour juger que quelqu’un qui serait véritablement dans la situation de Hugh Glass ne se comporterait pas comme Leo dans ce film. Reste à discuter la concurrence. J’admets que Matt Damon était pour moi une petite erreur de casting étant donné son rôle. Michael Fassbender a livré une prestation impeccable dans ce qui reste un biopic de facture assez classique. N’ayant pas encore vu son film, je ne peux rien dire de Bryan Cranston. Pour conclure, je me contenterais de dire que cet Oscar est, selon moi, amplement mérité. Pas parce que Leo a souffert durant le tournage, mais bien parce que sa prestation vous prend aux tripes. Et si ce n’est pas ça qui vous fait aller au cinéma, alors je ne sais pas ce que c’est. Et j’ajouterais juste qu’à mon humble avis, Eddie Reydmane n’en a pas fini avec le cinéma…

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