Entrepreneuriat – L’aventure OhMySocks

Le monde de l’entrepreneuriat fascine autant qu’il terrifie, c’est la raison pour laquelle on a décidé de partir à la recherche des jeunes entrepreneurs français d’aujourd’hui, pour savoir ce qui se passe dans ce microcosme. Pour la première édition, on est partie à la découverte de l’aventure OhMySocks.

OhMySock, la chaussette « made in france »

« Les chaussettes, ce n’est pas uniquement fait pour chausser les pieds »
C’est en tout cas ce que pense Alexis Frerejean, le créateur de la marque française OhMySocks. En effet, en 2010 le jeune homme décide de faire de la chaussette un accessoire de mode à part entière, au même titre qu’une chemise ou qu’une paire de chaussures (produis qu’il fabriquera par la suite). Grâce notamment à une communication habile, l’aventure OhMySocks a porté ses fruits, puisque la marque est aujourd’hui distribuée dans 175 points de vente notamment en France, mais aussi en Belgique et aux États-Unis , et vend plus de 300 000 paires de chaussettes par an. Une success-story made in France, qui nous a poussé à interroger  son créateur afin d’en savoir plus sur ses motivations et son parcours.

Hurluberlu : Déjà, commençons par le commencement, peux-tu présenter brièvement à nos lecteurs ton parcours professionnel. Tu as plus le profil de l’étudiant modèle en école de commerce ou du malin qui a su trouver son chemin (malgré quelques détours) ?

Je suis diplômé de Dauphine en gestion et d’un master de finance à l‘EM Lyon, ni élève modèle ni tire au flanc, j’ai fait des études correctes. Une fois diplômé après un stage en fusion & acquisition, j’ai travaillé pendant deux ans dans un fond infrastructure. En septembre 2009, nous avons commencé à réfléchir à un projet d’entreprise de chaussettes et nous nous sommes lancés en mai 2010, travaillant tous les deux à côté. Ce n’est qu’en septembre que j’ai quitté mon travail pour travailler à plein temps sur le projet. Je pense que ce cheminent graduel vers l’entrepreneuriat à plein temps est la bonne solution pour évaluer les risques et les difficultés du marché sans trop s’exposer

 

Hurluberlu : Avant même que Montebourg vêtisse sa marinière, tu avais déjà eu l’idée de remettre le made in France, et surtout l’élégance à la française, au gout du jour. Tu as senti le vent tourner ou l’idée OhMySocks est née indépendamment ?  

OhMySocks est une jeune marque de chaussettes élégante et ludique. Nous sommes partis d’un constat assez simple, il n’y a pas de réelle marque de chaussettes. La seule variable existant sur le marché est le prix en fonction de la qualité. Nous avons donc décidé de révolutionner le petit monde de la chaussette sur le prix, mais surtout sur le packaging, l’image et la communication pour passer d’un achat pratique à un achat plaisir. Le côté entrepreneur français est évidemment un plus, et correspond à une tendance forte d’une migration de la demande vers la qualité et la traçabilité.

 

Hurluberlu : À l’heure actuelle, on à l’impression que faire du business en France c’est quelque chose de très compliquée notamment à cause de la législation fiscale pas forcément très favorable et d’un système éducatif qui n’encourage pas assez l’entrepreneuriat. Toi qui es au cœur du sujet, qu’en penses-tu?

À mon sens, et contrairement aux idées reçues, l’entrepreneuriat early stage ( le fait de se faire aider financièrement avant même d’avoir un produit à lancer sur le marché)  n’est pas si compliqué en France, il existe pas mal de structures de conseils publiques ou semi-privées, des subventions, les démarches de création sont assez simples. Ce qui manque réellement en France, c’est un accompagnement sur la durée, notamment en terme de charges, pour favoriser la croissance de l’entreprise. Au bout de deux ans, il n’existe quasiment plus rien pour aider l’entrepreneur alors que c’est une période charnière dans la vie de l’entreprise.

 

Hurluberlu : On dit que les « business angels », grands pourvoyeurs de fonds pour les jeunes entrepreneurs, sont en voie de disparition en France. Et toi, tout au long de ton aventure entrepreneuriale, as-tu pu compter sur des soutiens de poids (famille, « business angels », banques, collaborateurs) qui ont été décisifs dans la réussite du projet ?

Il existe pour moi deux types de soutiens essentiels pour les entrepreneurs. Le soutien financier qui, est évidemment essentiel, même si je pense qu’il faut d’abord valider le modèle avant de se lancer dans une levé de fonds. Nous avions lancé OhMySocks avec trois mille euros, et ce n’est qu’au bout d’un an et demi que nous avons ouvert 10% du capital à un business angel. Nous avons eu de la chance, car c’est notre business angel, client chez nous, qui nous a directement contactés. L’autre soutien aussi capital est celui de ces proches. On a trop souvent tendance à sous-estimer la psychologie dans l’entrepreneuriat, mais à la création d’un projet il faut se préparer à traverser des moments très durs et il faut pouvoir compter sur sa famille est ses amis.

 

Hurluberlu : Peu de gens osent encore se lancer, tu l’as fait, félicitations ! Mais… quels ont été les sacrifices que tu as dû faire pour te lancer ? En fais-tu toujours actuellement ?

Le premier sacrifice étonnant le plus simple à faire est financier. Il faut accepter de gagner peu ou pas d’argent pendant un certain temps. Le vrai sacrifice est celui de la stabilité. Une fois lancé on ne dort jamais plus de la même manière. Ces sacrifices existent donc, mais ne sont rien comparés aux avantages. Entreprendre c’est vivre de sa passion, apprendre tous les jours et plus rapidement, avoir des interlocuteurs à hautes responsabilités très vite! Ces sacrifices sont donc un juste prix à payer.

 

Alexis et son kit de survie OhMySocks

 

Hurluberlu : Beaucoup de gens disent que la principale qualité d’un entrepreneur à l’heure actuelle, c’est d’être capable de créer un réseau et de savoir l’exploiter, est-tu d’accord avec ça et si oui de quelle façon ça à concerné OhMySocks ?

Effectivement le réseau est capital pour entreprendre. Il intervient à tous les niveaux. À la création, pour une levée de fonds, ou dans le commercial. Globalement il faut rapidement dépasser le réseau de ses proches, très utile au départ, et se construire son propre réseau. Rester ouvert à toutes les opportunités et surtout réfléchir d’abord à ce qu’on peut apporter avant de réfléchir à ce qu’on peut gagner dans une relation.

 

Hurluberlu : À ton avis quelles sont les qualités principales que doit avoir un jeune gars s’il veut tenter l’aventure entrepreneuriale ?

D’abord je pense que le gars peut-être une femme….

Il ou elle doit avoir une tête bien faite, mais surtout de la persévérance et une forte capacité de travail et d’organisation.

 

Hurluberlu : 2013 était une bonne année pour OhMySocks, quels sont vos projets pour 2014 ?

En 2014 nous souhaitons creuser notre cœur de métier, la chaussette en lançant deux nouvelles gammes pour hommes et deux gammes pour femmes. Nous accentuons par ailleurs la communication sur des supports assez inédits avec quelques surprises pour le lancement de la collection printemps. Enfin on espère intensifier encore notre réseau commercial avec l’embauche d’un nouveau commercial en CDI.

On a hâte d’en découdre !

 

Hurluberlu : Qu’est ce que la création d’ OhMySocks t’a apporté sur le plan personnel ? Plutôt du plaisir et de l’indépendance, ou alors des contraintes et du stress ?

Les deux mais surtout beaucoup de plaisir

 

Hurluberlu : Si tu avais un seul conseil à donner à ceux qui se sentent entrepreneurs dans l’âme, ce serait… ?

Allez-y vous ne risquez rien… qu’un peu d’argent et votre carrière

 

 

Notre dernier Hurlu Entrepreneuriat

Doit-on consommer 100% français ?

Quelle est cette drôle de nouveauté de vouloir sans cesse nous faire consommer français, ne sommes nous donc pas satisfaits de notre burger américain, de notre tee-shirt chinois et de notre café brésilien ?

Le « made in France » a été un argument massu utilisé par chacun des candidats à la présidence, au point de nommer un ministre du redressement productif s’habillant en marinière et présentant fièrement un blender, à la manière d’un Rodger Federer présentant le trophée de Wimbledon.
Nous pensions belle et bien avoir enfin enterré le débat, quand un jeune couillu : Benjamin Carle vient nous cueillir à même notre canapé, sur Canal + en montrant qu’il l’a fait; qu’il a vécu en 100% français pendant 9 mois. Cette question est désormais résolue car oui on peut vivre made in France, au risque de manger avarié (n’ayant pas de frigo), de surfer sur une tablette de cuisine et d’écouter Piaf en allant au boulot…

Courageux vous me direz, alors qu’en est-il ressorti de cette expérience ? Qu’il n’est pas décent et surtout profondément stupide de vivre made in France dans son intégralité.

C’est vrai consommer français, au moment de l’apéro, une bonne bouteille de côte du Rhône en main, le saucisson et le fromage sur la table, on se laisserait tous  tenter par l’expérience.

Mais est-il intelligent de fabriquer des téléviseurs, de l’acier ou encore des tee-shirt en France ?

D’abord il serait important de savoir ce qu’est vraiment le made in France. Ainsi, selon l’article 24 du Code des douanes communautaires c’est  « Une marchandise (…) originaire du pays où a eu lieu la dernière transformation ou ouvraison substantielle ». On s’aperçoit alors que le made in France ça ne veut pas dire grand chose.
Face à cette approximation, une entreprise privée a pu créer le « label origine France garantie », deux conditions sont ici à remplir : le produit doit être associé en France et plus de 50% de la valeur ajoutée doit être française.

Donc à votre calculatrice pour savoir si votre marinière, fabriquée à Brest, composée de fil Allemand, de teinte indienne et de coton français, est véritablement française…

Alors oui, on doit consommer français, c’est d’ailleurs vous qui le souhaitez à 78%. Car oui, vous estimez que ça va sauver l’emploi de Jean-Claude Duchenot, 58 ans, un ouvrier spécialisé dans la fameuse technique du cousu retourné travaillant chez J-M Weston.

Vous estimez qu’il a plus de savoir faire que Kim Nguyen 12 ans, un ouvrier Vietnamien qui travaille pourtant 50h par semaine pour 60$.
Vous justifiez ce choix par le fait que c’est plus écolo, que votre chaussure sera plus belle, vieillira mieux, que vous bénéficierez d’un bien meilleur service après vente et que c’est tout de même beaucoup plus chic et dans l’air du temps de consommer français.

Vous aurez, mes amis, à défaut de 100% français, 100% raison.

Le consommateur souhaite retrouver cette French Touch, ce savoir faire et cette image du beau produit.
Le producteur quant à lui peut se retrouver dans ce processus car même s’il est séquestré et ligoté dans son bureau quant il refuse d’augmenter le salaire de Jean-Claude, il peut en effet garantir un SAV de qualité, les frais de retour des produits seront en effet bien moins élevés, ses frais de transaction se trouveront diminués et comme c’est la volonté du marché, le label « France » fera augmenter ses ventes.

Mais vous alors vous me direz, est il important que Pierre Lecocq, surnommé Pierrot, continue de travailler dans les hauts fourneaux de Florange ?

Économiquement parlant OUI, Mais du point de vue du ménage ? Cela ne se justifie pas. On marche sur la tête en continuant à produire ce que Ardhendu Hamsa, un indien de 36 ans travaillant dans une aciérie en Inde produit de qualité équivalente et pour beaucoup moins cher.

Car nous ne le cachons plus, une entreprise en France subira une pression réglementaire et fiscale beaucoup plus importante que sa concurrente en Inde. On pourrait plus simplement rappeler que fabriquer en France coûtera au total 7 fois plus cher que de fabriquer en Chine. De plus le protectionnisme trop poussé nous rappellera de mauvais souvenirs soviétiques. Enfin l’entreprise pourra se demander si le made in France n’est pas une mode de bobo et qu’elle passera comme le bio…

Vous l’aurez alors compris, nous devons consommer français de manière intelligente. Vous devez consommer français dans les domaines dans lesquels nous excellons. Il faut garder à l’esprit que nous ne devons pas accepter de payer 3x plus cher pour un produit mieux fabriqué chez son concurrent étranger. Cela signifie tout simplement que vous devez continuer à consommer des bolides allemand, de la musique anglaise, des films américains ou encore des télés coréennes.

Car en effet, il semble que nous rigolions de manière un peu abusive de nous-même et cela dans tous les domaines, nous sommes de très mauvais commerçants d’un très bon produit. Le consommateur est une personne raisonnable, il doit avant tout être rationnel dans ses choix, je veux dire par là, qu’il doit consommer français pour ce que la France fait de mieux. De fait, il a été prouvé que lorsque Renault a souhaité monter en gamme notamment avec sa Velsatis, que cela a été un bide totale bien que fabriquée en France car le consommateur achète avant tout une image et l’image que renvoie Renaut ne leur permettait pas de se placer à un tel niveau.

Enfin ne confondez pas l’image France avec la fabrication française. Si la première ne cesse de se bonifier avec le temps comme un bon vin, la seconde doit faire sa place dans une société mondialisée où la concurrence extérieure est de plus en plus exacerbée.

Cependant, si vous-voulez consommer 100% français, on vous recommande quelques marques cools, qui font du « made in france« , beaux et malins, pour vous habiller des pieds à la tête.

Le tee-shirt des Fists et des Lettres de « Monsieur Tee-shirt » (17 euros)

Le sweat « Bachibouzouk » des Petits Frenchies (42 euros)

Docksides rouge pas Sebago (109 euros)

Alors, elle est pas belle la vie avec nous ?