Art – Etienne Cail, le peintre Lyonnais qui monte qui monte !

Ayant grand soif, (comme souvent), la rédaction de l’Hurluberlu a décidé de poser son pack à Moras-en-Valloire dans l’atelier d’Etienne Cail afin de lui proposer une petite bière et de pouvoir échanger avec lui sur ses œuvres en vidéo.

A la rencontre d’ Etienne Cail

 

En effet, actuellement exposé au sein de la galerie lyonnaise le Twenty Two, sa patte, et ses gueules comme il aime les appeler, nous avaient particulièrement impressionné lors du vernissage. Son concept: insérer des visages asiatiques sur des toiles classiques occidentales. A 22 ans, il semblerait que le lien entre classicisme et modernité soit au bout de son pinceau.

Retrouvez notre interview ici :

Etienne Cail – Hiro 200×300

La belle vidéo de Benoit Durrande

 

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Quand JusTice fait du Soulages (ou l’inverse)

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Un jour, je couvrais une expo de Pierre Soulages et le gars me dit : « Tu vois, dans le noir en fait, on trouve tout un tas de couleurs. Et on se rend compte qu’il n’y a pas un seul noir, mais bien plusieurs. La nuance, c’est important. » Et il m’achève en disant : « En fait, c’est toujours dans les choses qu’on croit absolues que se trouve l’infini. » Autant dire que j’ai écouté, en pensant qu’il aurait pu me dire ça autrement. Par exemple : « Tu vois mec, c’est dans les choses qu’on croive qu’elles sont finies, qu’en fait elles continuent, jusqu’à temps que le monde tourne dans le sens des aiguilles d’une horloge ». Malheureusement, on était dans un musée et pas dans Les Anges de la Téléréalité. Du coup, j’ai eu droit à un cours particulier par quelqu’un de très important dans le milieu de l’art moderne, et ça n’a pas de prix (enfin si, celui du billet d’entrée, gracieusement offert pas la rédaction pour laquelle je grattais du papier).

« Soulages est à la peinture ce que Justice est (bon ok… était) à la musique. »

Pour mettre un peu la chose en perspective, Soulages est à la peinture ce que Justice est (bon ok… était) à la musique. Il faut faire un petit retour en arrière pour se rappeler d’un groupe électro français, à l’époque complètement inconnu. D.A.N.C.E. arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, inattendu et assez frais. Pourtant, juste avant ça, ils avaient cartonné avec un remix de Simian Mobile Disco, We are your friends : c’était la ligne de basse qui faisait tout. Clairement, Justice avait trouvé son créneau, une musique un peu sombre, saturée, presque « dégueulasse ». Dans la foulée, le premier album arrive et confirme la chose ; j’en conserve un magnifique vinyle, baptisé Cross, en vestige de cette époque bénie, à côté du Homework intemporel des Daft Punk.

« Phantom Part.1 et Part.2 ; les fantômes, c’est fait pour hanter n’est-ce pas ? »

 

Écouter Cross, c’est comme entrer dans une cathédrale où la lumière ne fonctionnerait pas, où le ménage n’aurait pas été fait depuis des mois, où les curés seraient habillés en soutanes de cuir. On est dans un univers entre rock, punk, électro et grande invocation religieuse. Alors sans refaire tout l’album, il y a quand même quelques morceaux qui vivent dans l’inconscient électro : Phantom Part.1 et Part.2, les fantômes, c’est fait pour hanter n’est-ce pas ? Mais quel rapport entre Pierre Soulages, Justice et la musique électro ? Calmez-vous, la réponse est pour bientôt.

10 juin 2007, fin de soirée. Je crois me rappeler que l’été était déjà là. J’attendais patiemment l’arrivée de mon groupe préféré sur les ondes de la BBC. L’émission dans laquelle Pete Tong propose un Essential Mix, orchestré par les plus grands DJs du moment. L’émission continue toujours aujourd’hui et très franchement, on a jamais l’occasion d’être déçu. Les meilleurs (bon, les pires aussi) sont passés par là. C’était le soir de JusTice. Casque sur la tête, prêt à bouger mon corps, les paroles si reconnaissables de Pete Tong annoncent la couleur : « blablabla French artists blablabla Xavier de Rosnay bla Gaspard Augé blabla they are Justice ». C’est là que tout a commencé.

« On était en plein miracle, genre une oasis de couleurs musicales dans un désert de lignes de basses saturées. »

J’avais jamais vraiment entendu un truc comme ça. C’était à base de sons des années 80, mixés avec des morceaux électro de l’époque, eux-mêmes mixés avec du Justice. En gros, France Gall répondait à MGMT, en glissant doucement vers Stress. Pourtant, ce grand fouillis maîtrisé était absolument génial ; Justice avait réussi à mettre de la couleur dans sa musique obscure, sale, angoissante. On était en plein miracle, genre une oasis de couleurs musicales dans un désert de lignes de basses saturées. Une explosion de rythmes, entre « Ils sont pas sérieux ?! » et « Putain c’est vraiment trop trop stylé ! ». En fait, c’était du Pierre Soulages musicale, les 50 nuances de noir revues et corrigées par les professeurs de la French Touch des années 2000.

Depuis, c’est le calme plat. Le duo est muet, et on raconte qu’on peut croiser Gaspard dans le métro parisien, toujours avec la même coupe, toujours avec la même moustache. Son fantôme sonore traine par là, surement à la recherche d’inspiration, apportée par le claquement des rails des rames furieuses du métro. À quand la suite, les gars ?

L’usine d’art d’Andy Warhol

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Parfois, les lieux sont autant intéressants que les gens qui vivent dedans. Le lieu en question est un studio, situé au 5ème étage d’un immeuble de Manhattan. C’était assez calme, avant. On y fabriquait des chapeaux, de 8h du matin (des femmes y travaillent principalement, elles pointaient à 7h30) jusqu’à 18h. Ça roulait pas mal, mais très vite la révolution culturelle a frappé à la porte. Les années 60 commencent. Le studio est vendu quelques années plus tard, certaines pièces mécaniques restent en place. Le 28 janvier 64, le nouveau propriétaire des lieux s’appelle Andy Warhol.

Le maître des lieux veut produire du “mythe”.

Source : www.huffingtonpost.com

Les murs changent immédiatement de couleur. Le nouveau patron demande que la décoration soit uniquement argentée. Du sol au plafond, en passant par les meubles, les poignées de portes, les machines, les téléphones et même les ascenseurs seront de la couleur de l’acier. De la couleur de l’industrie. Un nouveau souffle pour l’endroit qui pourtant, est encore loin d’imaginer ce qui l’attend.

Le maître des lieux veut produire du “mythe”. Il cherche ici à créer quelque chose autour de l’art en faisant de la Factory un endroit fascinant, au sens premier du terme. Warhol avait compris l’importance qu’il avait, et l’influence qu’il exerçait sur ses sujets. Il ne se gênait d’ailleurs pas de les faire travailler à la chaîne pour ses sérigraphies; chaque œuvre devait provenir de la main de l’homme. Donc jour et nuit, les junkies arrivistes, les artistes pleins d’espoir et les drag-queens amoureux se relayaient pour faire plaisir à Andy, en l’aidant dans sa quête artistique. Il décide de qui doit être célèbre, juste en pointant du doigt.

« Tu entres anonyme, tu sors en Superstar ma chérie !”

Fabrique d’images, oui mais quelles images ? Des images factices, peintes par de la main-d’œuvre désabusée ; ou l’image sociale que l’on façonne à grand coup de promotion ? Dans la Factory, c’est un peu les deux. Pour preuve, quand l’endroit ne fonctionne pas à plein régime il se transforme en rendez-vous de la jet-set : galerie d’exposition, studio de tournage, salle de projection, salle de concert, boîte de nuit. On imagine que la drogue tient une place privilégiée. Tout est bon pour faire venir du monde. L’art est relégué au rang de prétexte. On vient chez Warhol pour se mélanger aux artistes dépressifs, et faire la fête. Le reste, on s’en tape.

Mais il y a aussi quelques tragédies qui se jouent. Une des ses “courtisanes” avait décidé de réunir tous ses anciens amants, à la même heure, à la Factory. A l’heure fixée, tous sont en bas,  certainement en train de discuter. L’un d’entre eux se décide à faire sonner l’interphone, et la jeune femme se jette à travers les fenêtres du 5ème étage et vient mourir sur le trottoir, aux pieds de ceux qui furent pendant un temps, les hommes de sa vie.

Source : www.emmanuellepatry.fr

In the future, everyone will be world-famous for 15 minutes.

Warhol lui-même se fera également tirer dessus à 3 reprises par Valérie Solana (une proche), qui l’accuse de plagiat et surtout de ne pas la prendre au sérieux. En gentleman, il refusera de porter plainte. Elle déclarera plus tard à la police : “Warhol avait trop de contrôle sur ma vie”. La blessure n’est pas seulement physique, puisque tout ce joli petit monde décide de prendre ses distances.  Et de repartir chacun dans sa direction. L’épais nuage d’illusions s’est dissipé, un coup de feu marque la fin de l’aventure.