Et si le secteur tertiaire était l’avenir de l’économie collaborative?

Bizolle 26/03/2016
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Aujourd’hui l’économie collaborative semble enfin être arrivée à son paroxysme et comme toute chose qui arrive au sommet, le moment où le phénomène ralentira est inévitable. Si leurs créateurs semblent en avoir fait le deuil, on pense plus simplement que sa planche de salut réside dans le secteur du tertiaire, si le législateur lui en laisse la possibilité.

L’économie collaborative qu’est ce que c’est?

Hier considérée comme une alternative pour les débrouillards, elle est aujourd’hui un mode de vie adopté par la majorité de la population. On peut se réjouir de ce changement radical de moeurs, qui met l’accent sur l’utilisation plutôt que sur la propriété, la disruption, l’innovation, l’échange supporté par le numérique, l’interdépendance (le consommateur est au centre et le nombre d’intermédiaires est réduit) et la dynamique (le prix étant ajusté en temps réel et l’accès au produit ou service  se faisant à la demande, au moment et à l’endroit voulu par l’utilisateur).

Si l’économie collaborative utilise le domaine digital pour mettre en relation ses utilisateurs, c’est souvent à tort, qu’on utilise pour le désigner, le terme « uberisation« , qui est clairement une déformation de langage. En effet, Uber est à l’origine un service de chauffeur privé à la demande, qui permettait à n’importe qui, titulaire d’un permis de conduire, d’être chauffeur pour des particuliers à moindre coût. En effet, l’idée même de l’économie collaborative, c’est que la demande est en même temps l’offre et vice et versa. Lorsque Uber permettait à chaque usager, d’être un chauffeur privé, (avant l’interdiction des « UberPop » en France), on pouvait dire que terme « uberisation » était synonyme d’économie collaborative. Mais depuis qu’en France, les Uber ont le statut de voiture de tourisme avec chauffeur (statut de VTC qui est lui-même règlementé par la préfecture), ce n’est plus de l’économie collaborative en tant que telle, mais simplement un service de mise en relation de chauffeur privé digitalisé. On peut en conclure que désormais la synonymie est erronée, mais on comprend bien l’idée…

Que représente le marché de l’économie collaborative?

Si le secteur du tertiaire était l'avenir de l'économie collaborative?

Si le secteur du tertiaire était l’avenir de l’économie collaborative?

Selon Deloitte, le marché de l’économie collaborative représente aujourd’hui 26 millards et il devrait atteindre 100 millards d’euros en 2018. En France, l’économie collaborative représente un marché d’environ 3,5 milliards d’euros. Un chiffre qui devrait être multiplié par trois d’ici à 2018. L’Hexagone représente un marché dynamique où ne cohabitent pas moins de 276 plateformes collaboratives, dont 70% sont françaises. C’est donc un marché extrêmement important, qui soulève néanmoins quelques zones d’ombre.

Pourquoi l’économie collaborative est-elle à un tournant?

On peut constater à travers ce bouillonnement que le « sharing » semble avoir trouvé ses limites. En effet, on ne peut malheureusement pas tout partager, à commencer par son gaufrier ou sa perceuse, que certains pourtant, ont tenté de louer. De même, qu’on ne peut pas lancer un business de « time sharing« , en pensant que la mise en relation des utilisateurs qui désirent échanger leur temps et leurs compétences gratuitement, puisse être lucrative.

La raison de ces fausses  « bonnes idées » est simple, pour qu’une entreprise collaborative soit véritablement viable, il faut que le nombre d’utilisateurs soit très conséquent, et il n’est pas aisé de créer une communauté importante. Si BlablaCar peut se targuer d’avoir plus de 10 millions de membres actifs sur sa plateforme, il peut aussi témoigner de la difficulté qu’il lui a fallu pour arriver à créer sa communauté. De même qu’Airbnb, qui accueille chaque nuit 425 000 invités, soit 22% de plus qu’Hilton dans le monde entier, alors qu’il ne possède pas un seul bien immobilier, a dû s’y prendre à deux fois avant de réussir sa première levée de fonds.

Mais ce que le covoiturage ou la location de biens immobilier entre particuliers ont permis, tous les secteurs d’activités ne le peuvent pas. L’économie collaborative est donc un faux eldorado, puisque toutes les banches d’activité n’ont pas vocation à être partagées comme on peut vous l’expliquer très bien ici.

Deuxième zone d’ombre de l’économie collaborative, l’augmentation de la législation qui risque de faire du grabuge. Libre de tout marquage depuis le début du match (hommage à Johan Cruyff), le sharing, en tant qu’économie sociale et solidaire est gratifiée d’un traitement fiscal de faveur, notamment en France, qui est pourtant déjà le champion du monde de l’impôt.

Les récents problèmes de concurrence (voir notre article à prendre au 2nd degré sur le sujet) déloyale entre taxi et « Uber Pop » ou entre les hôtels et Airbnb laissent à penser que le gouvernement français va durcir sa politique fiscal à l’encontre des plateformes collaborative. D’ailleurs, le rapport du député Pascal Terrasse sur l’économie collaborative remis à Manuel Valls le 8 février dernier, propose quelques axes de réflexion. Selon le député de l’Ardèche, le cadre fiscal actuel n’a pas besoin d’être réformé pour s’adapter aux pratiques de l’économie collaborative. Néanmoins le texte appelle à clarifier la distinction entre revenus, partage de frais (comme lors d’un covoiturage) et activité professionnelle.

Autre axe évoqué par le rapport: que les plateformes collaboratives se chargent elles-mêmes de transmettre le montant des transactions des usagers à l’administration.

À noter également qu’à compter du 1er juillet 2016, les plateformes seront tenues d’informer leurs utilisateurs de leurs obligations en matière sociale et fiscale. Oui, car les revenus tirés de l’économie collaborative doivent bien être déclarés.

Pourquoi le tertiaire représente l’avenir de l’économie collaborative?

Cependant, alors que l’économie collaborative semble être à un tournant, l’emploi est lui aussi en train de se transformer. À l’image du gouvernement français qui tente de changer une législation bien trop complexe, la façon de travailler change. En effet, les gens ne souhaitent plus être salariés, avec un lien de subordination à un employeur unique, mais veulent être vendeurs de prestation de service à plusieurs entités différentes. C’est en tout cas, ce que révèle l’explosion des sites de mise en relation professionnelle aux Etats-Unis. L’un deux, UpWork, publie une étude selon laquelle 54 millions d’Américains sont travailleurs indépendants permanents ou occasionnels et surtout 80% d’entre eux gagnent mieux leur vie que lorsqu’ils étaient salariés.

L’idée, dans ce nouveau monde économique, c’est que chacun d’entre nous qui est déjà consommateur peut devenir producteur. On ne dépend plus d’un patron mais d’un client, on ne signe plus un contrat de travail mais un contrat commercial, on ne vend plus 35h par semaine mais une prestation, un savoir-faire, il n’y a plus de licenciement mais de simples ruptures de contrat.

Si l’on rajoute à ce paramètre, le phénomène de vieillissement de la population et le fait que la demande de services à la personne est le secteur d’activité qui connait le plus haut taux de croissance depuis 2005, on peut entrapercevoir ce que peut sera l’économie collaborative de demain.