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Sport – Le Ballon d’Or est-il devenu un trophée en chocolat ?

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Le 21 janvier prochain le magazine France Football élira le meilleur joueur de la planète, alors que notre Kaiser Franck national est en lice pour remporter le gros lot, bon nombre de spécialistes du ballon rond  viennent à remettre en cause l’existence de ce dernier. Alors véritable consécration ou simple engouement médiatique, le Ballon d’Or a-t-il encore un sens? 

Créé en 56 par France Football, le ballon d’or récompensait à la base le meilleur joueur disposant d’une nationalité européenne, évoluant dans un championnat européen. C’est la raison pour laquelle sont exclus du palmarès certains grands pontes du siècle dernier, tels que Diego Maradona ou le roi Pelé et c’est déjà une aberration.

Conscients que le football ne se jouait pas que dans les préaux du vieux continent, les organisateurs ont décidé d’ouvrir la compétition à tous les joueurs sans distinction de nationalité permettant ainsi aux Africains et aux Sud-Américains d’être pris en compte dans l’élection.

George Weah est à ce jour le seul joueur d'origine africaine à avoir remporté un ballon d'or et c'était en 95..
George Weah est à ce jour le seul joueur d’origine africaine à avoir remporté un ballon d’or et c’était en 95..

Finalement depuis 2007, le ballon d’or consacre le meilleur joueur du monde, sans distinction de championnat ou de nationalité. Décerné à un joueur, il vient indirectement saluer le parcours d’une équipe dans une compétition majeure, que ce soit un Euro, une Coupe du Monde ou une Champions League. On peut y voir un paradoxe ou une contradiction, mais il n’en demeure pas moins qu’un grand joueur doit avant tout faire gagner son équipe et contribuer à élever le niveau de jeu collectif en rendant les autres meilleurs. Un cador digne du prestigieux trophée ne doit pas phagocyter le jeu de son équipe et bouffer du ballon en vue de faire gonfler ses statistiques, mais mettre de l’huile dans les rouages et savoir  faire la différence sans tirer la couverture à lui. Dans l’idéal, si l’on s’en tient aux critères mis en avant chaque année à l’occasion du vote, le lauréat devrait être un exact équivalent du Most Valuable Players dans la NBA: le lauréat doit non seulement briller individuellement, mais aussi et peut-être surtout tirer tout le monde vers le haut, à l’image d’un Michael Jordan d’un Lebron James ou d’un Kareem Abdul-Jabbar, le genre de barons dont la simple présence sur le terrain change le visage de l’équipe.

Kareem Abdul Jabbar est un joueur américain qui a outrageusement dominé la NBA entre 1970 et 1980, faisant de lui le joueur ayant gagné le plus de MPV.
Kareem Abdul Jabbar est un joueur américain qui a outrageusement dominé la NBA entre 1970 et 1980, faisant de lui le joueur ayant gagné le plus de MPV.

Quand on jette un œil au palmarès du Ballon d’Or, on constate avec regret, que la récompense n’a été qu’exceptionnellement attribuée à des joueurs altruistes, polyvalents et indispensables par leur rayonnement et leur leadership. Sacré en 2003, un joueur comme Pavel Nedved fait figure d’exception comme Lothar Matthäus, tandis qu’un Zidane ne doit sa balle dorée qu’à ses deux buts en finale de Coupe du Monde. Des milieux de terrain de grande envergure comme Gerrard, Pirlo ou Sneijder n’ont eu droit qu’aux places d’honneur, au même titre que Xavi et Iniesta, extraordinaires de régularité et multititrés avec le Barça et la Roja.

En 2002, Michael Ballack, qui avait littéralement porté le Bayer Leverkusen et la Mannschaft sur ses épaules, s’était fait devancer par Ronaldo et ses huit pions en Asie, alors que le Brésilien n’avait pas joué de la saison.  Un exemple qui en dit long et met en lumière une forme d’incohérence, pour ne pas dire d’injustice. Négligeant superbement l’influence qu’un joueur peut exercer sur son équipe, les votants s’obstinent à récompenser des solistes (Owen, Rivaldo, Chevchenko, Ronaldinho, Kaka, les deux Ronaldo, Papin) avant tout capables de marquer et de frapper les esprits par leurs exploits personnels.

Parfois, on en arrive à des décisions complètement absurdes même, notamment en 2006, où l’on attribua le ballon d’or à Cannavaro pour son simple statut de capitaine de la Squadra Azzura  alors que le français Thierry Henry avait emmené les Gunners d’Arsenal en finale de ligue des champions perdue contre  le FC Barcelone et largement contribué au parcours tricolore en coupe du Monde.

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Au risque de surprendre certains, le football est avant tout un sport collectif.

Alors c’est vrai que c’est bien joli de mettre quatre pions par match ou de passer en revue toutes les défenses d’Espagne et d’Europe avec une incroyable facilité. Mais seul, tu as beau être le meilleur, tu ne gagnes pas un match. Pourtant, depuis quatre ans, un petit Argentin marche sur le monde du football, devenant ainsi le recordman des ballons d’ors et  par la même occasion, selon une logique purement comptable, le meilleur joueur de tous les temps.

Mais que récompense-t-on exactement, un nombre de buts dans une année, le rendement pour le rendement, en faisant abstraction de tout le reste et notamment des coéquipiers qui s’emploient chaque match à distribuer caviars sur caviars pour que finalement le plus grand attaquant du XXI siècle pousse le ballon dans des buts parfois vides. Le problème c’est que ce même attaquant entouré de joueurs différents, notamment en équipe nationale,  a des statistiques beaucoup moins impressionnantes. S’il n’a personne pour le faire jouer, Léo Messi, pour ne pas le citer, ne joue pas, il demeure un bon joueur, mais n’a pas les épaules pour emmener son équipe sur le toit du monde, comme un certain Zinédine Zidane a pu le faire en 2006 ou comme Johan Cruijff a su le faire  en 1978.

Car le problème actuel du ballon d’or c’est de se focaliser sur des statistiques individuelles en oubliant de prendre en compte le reste. Cette année, depuis bien longtemps la donne peut être changée si les grands décideurs du ballon doré se penchent sur le cas Franck Ribéry. Ce gamin de Boulogne devenu Kaiser de l’Allianz Arena, meneur de jeu de cette redoutable machine qu’est le Bayern de Munich, qui a tout gagné cette saison sans pour autant   que ne se dégage réellement  une quelconque individualité, mais avec une pléiade de grands joueurs se donnant pour un collectif: Robben/Lahm/Schweinsteiger autant de joueurs talentueux. Au milieu de tout ça, Ribery fait jouer; aussi content de marquer que de faire marquer, son équipe ne jouant pas pour lui, jouant pour son équipe et c’est là une sacrée grande différence.

Dernier point et à mon avis le plus important, le football est fait de telle sorte que chacun de nous puisse trouver sur cette terre un joueur qu’il met au-dessus du lot pour des considérations qui lui sont propres.

L'emblématique capitaine de la Roma est une légende qui n'a jamais touché ne serrait se que le podium du Ballon d'Or...

L’emblématique capitaine de la Roma est une légende qui n’a jamais touché  le podium du Ballon d’Or…

Car oui les cacahuètes de Francesco Totti aux 35 mètres auraient mérité leurs lots de trophées au même titre que les coups francs de David Beckam et de Juninho ou la classe internationale d’un certain Steven Gerrard lorsqu’un soir de juin 2005 alors que Liverpool était menés 3 à 0 contre le grand Milan AC à la mi-temps, il s’est décidé à renverser la vapeur d’un coup de tête rageur pour finalement voir son équipe l’emporter aux tirs aux buts.

Décidément non, le talent d’un joueur ne se mesure pas à de simples considérations comptables, et à des effets de manches médiatiques. Il serrait de bon augure que les grands électeurs  du ballon d’or en prennent conscience, dans le cas contraire ce trophée est voué a disparaitre

N’oublions pas que les statistiques se perdent, et les looks changent (cf notre article) mais les légendes demeurent!

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