(Livre) Marilyn, dernières séances de Michel Schneider

Hurluberlu et ses ami(e)s 08/02/2018
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Je ne sais pourquoi, mais quoique j’aimasse fort ce livre de Michel Schneider, j’en ai étiré longtemps la lecture, le traînant comme si c’était un pavé illisible alors que j’étais pourtant fort intéressé par l’intrigue et ses développements. Il y a des moments comme ça où lire est difficile, bien que l’on aime lire. C’est du moins ma façon à moi de lire les livres: je peux passer un mois dans une grande frénésie de lecture et le mois suivant n’avoir que rarement envie de me mettre devant un livre, si bon puisse-t-il être. C’est comme ça, comme le chantaient les Rita Mitsouko, si ma mémoire est bonne. 

D’une certaine façon, je regrette d’avoir autant eu de mal à terminer ce roman alors que chaque fois que je me lançais dans une lecture de quelques courts chapitres j’étais fasciné non seulement par les descriptions des personnages —qui ne serait pas fasciné devant l’icône du vingtième siècle que fut Marilyn?— mais encore plus par la plongée dans une psychanalyse destructrice, dangereuse et par conséquence complètement folle que Michel Schneider rend avec force détail. Mais on oublie vite l’ampleur du travail de documentation, car s’il est visible à chaque page que l’auteur a lu tout ce qu’il était possible de lire et d’apprendre sur les derniers mois de la star et sur sa relation analytique trouble et démente, l’auteur ne cherche jamais à mettre en avant sa grande érudition pour le sujet, mais plutôt sert son propos avec talent. C’est d’ailleurs moins Marilyn qu’il arrive à cerner —comme face à l’objectif d’une caméra, elle est toujours mystérieuse, elle garde l’énigme de sa beauté et de ses angoisses— que son brillant analyste chez lequel tout Hollywood vient exposer ses problèmes, et qui correspond avec les plus grandes sommités de la psychanalyse, Anna Freud en tête. Il se lance dans une thérapie ne respectant aucune des règles de l’orthodoxie freudienne face à sa patiente qui est sérieusement malade de son statut de sex-symbol désincarnant, de sa célébrité et de son image si photogénique. C’est une longue maladie mentale que retrace Michel Schneider, une spirale de détresse dans laquelle le psychiatre finit par se piéger lui même par un contre-transfert dangereux. C’est la face cachée de Marilyn, dépressive, anxieuse, angoissée et délirante, que nous dépeint l’auteur; non plus la face visible que nous ont montré les photographies et les films, où rayonnaient son talent et sa beauté, mais un visage intérieur, aussi torturé par ses doutes et ses craintes que le portrait de Dorian Gray était marqué par les traits du vice.

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En filigrane, Michel Schneider retrace les rapports profonds du cinéma hollywoodien et de la psychanalyse: quiconque a vu n’importe quel film d’Hitchcock, certains films de Fritz Lang (Le secret derrière la porte, House by the River, La femme au portrait), et bien d’autres encore a déjà pressenti combien les théories freudiennes et le cinéma américain se rejoignaient en beaucoup de points. Avec ce roman, on saisit vraiment combien les acteurs, les réalisateurs, les scénaristes de l’industrie du cinéma nourrissent —se nourrissent de— la psychanalyse; combien Hollywood est un inconscient torturé, combien le divan est aussi un lieu cinématographique.

Michel Schneider se définit comme un faussaire dans l’avant-propos de son livre. Mais derrière le faux de la fiction romanesque transparaît une vérité des âmes et des souffrances d’un couple analyste-analysée enchaîné dans un processus délétère qui se terminera par la fin tragique d’une idole qui était aussi une femme fragile et fragilisée.