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Quentin Dupieux : L’Oizo surréaliste de la réalité

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Avant de commencer, revenons quelques années en arrière. Nous sommes en 1924, dans la maison d’André Breton. On est samedi, fin de journée, le gars a eu une semaine un peu merdique : deux soirées arrosées qui ont faillit mal se terminer, l’écriture de quelques poèmes intéressants mais pas transcendants, et surtout une sorte d’envie de définir un mouvement underground qui se trame dans les endroits branchés de la capitale. André le Celtique prend donc sa plume pour rédiger ce qu’on appelle Le manifeste du surréalisme. Inspiré comme un général à la tête de son armée, trois minutes avant la bataille, il écrit que le surréalisme a pour but d’exprimer “le fonctionnement réel de la pensée”, “sans influence de la raison” et surtout sans se préoccuper de l’esthétique ou de la morale. Beau projet. Il pose sa plume et va se pieuter OKLM.

Aujourd’hui, que reste-t-il de cette pensée assez folle ? Pas grand chose. Toute une vague d’artiste ont été libres, et donc libérés par cette vision esthétique : René Magritte, Aragon, Éluard, Duchamp, sans oublier le fameux Salvador Dali. Après eux, c’est une sorte de désert avec quelques oasis. Il y a toujours des gens qui se “revendiquent” de ce mouvement, mais chercher l’approbation d’une influence n’est pas la même chose qu’en faire partie. La plupart du temps, les artistes essaient de se justifier, pour plaire au public. Avouez que si vous étiez le premier à voir les Montres molles de Dali, sans qu’il soit célèbre, sans avoir conscience de ce qu’est le surréalisme, vous auriez dit (grosso modo) : “C’est quoi cette merde ?”.

“Un cinéma du non-sens, où il montrera uniquement ce qu’il a envie de montrer.”

Mr Oizo Quentin Dupieux Crédits photo : cinemablend.com
Crédits photo : cinemablend.com

J’aime bien un gars. Quentin Dupieux a.k.a. Mr. Oizo. Je sais pas trop comment le définir : artiste électro-producteur-interprète-compositeur-réalisateur. En fait, il baignait dans la musique, à l’époque de la pub pour les jeans Levis, ce qui l’a d’ailleurs rendu célèbre. Petit à petit, il exprime son désir de faire du cinéma ; attention, pas un cinéma commun. Un cinéma du non-sens, où il montrera uniquement ce qu’il a envie de montrer. Ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Je me dis que c’est certainement un représentant moderne du surréalisme ; une sorte d’évolution de la chose. Son premier film, en réalité un court-métrage dans lequel on retrouve Kavinsky et Sébastien Tellier dans les rôles principaux s’appelle, à juste titre, Non-film. Pendant 45 minutes, vous regardez un truc très bizarre : les personnages répètent les dialogues, jouent avec ce qui se trouve hors du champ de la caméra. En bref, la logique a complètement été effacé du scénario, ce qui donne quand même un effet brouillon auquel nous ne sommes pas habitués.

Ça tombe bien, je n’aime pas le cinéma. C’est quoi ce principe de feignasse de s’asseoir dans une salle complètement noire, pour regarder quelque chose qu’on a déjà vu des milliers de fois auparavant ? Tout se ressemble trop. Le cinéma est devenu prévisible, et qui plus est, beaucoup trop cher pour ce que c’est. Il n’y a plus de prise de risque, ni d’originalité. Seulement, notre Quentin Dupieux national n’est pas de ce genre-là. Le profit n’est pas son truc. Il le prouve d’ailleurs avec son site internet, où il balance de temps en temps des EP entiers gratuits, téléchargeables sans restriction. Il ne cherche pas la notoriété non plus : pour preuve, le meilleur moyen de se faire retweeter par l’artiste est de l’insulter, ou de lui dire que ce qu’il fait c’est de la m****. J’ai moi-même eu droit à ce privilège. Remarque c’est peut-être ironique… Mais finalement, sa seule joie est d’être projeté au festival Sundance, où le film indépendant est roi et où il cartonne à chaque fois.

Réalité, avec un casting encore plus intéressant : Alain Chabat, re-Jonathan Lambert.”

Crédits photo : lemonde.fr
Crédits photo : lemonde.fr

Niveau film, résumons un peu : après Non-film, on a droit à un film sobrement intitulé Steak avec au casting Éric et Ramzy, Jonathan Lambert, Kavinsky et autres. On retrouve même l’ami Sébastien Tellier, fidèle au poste. Je pense qu’avec le recul, ce film est le moins original de sa filmographie puisqu’il y a … une histoire cohérente. Et c’est bien la seule raison. Ensuite, Quentin imagine une autre histoire : Rubber, un pneu télépathe tueur. Là, on est d’accord, c’est spécial. On abandonne le scénario, ou du moins, on le fait complètement éclater : c’est la marque de fabrique Oizo. Prenez un fil rouge, puis collez plein d’histoires sans aucun rapport tout autour. Une bonne manière de faire du cinéma surréaliste. Après ça, on part sur un Wrong plutôt poétique, sur les rapports entre un homme et son chien, et sur un tas de problématiques entre les hommes et le monde en général. On y retrouve Éric Judor, qui dit s’éclater avec Dupieux et apprécie sa vision du cinéma, sans “aucune contrainte”. Enfin, on arrive à l’actualité : Réalité, avec un casting encore plus intéressant : Alain Chabat, re-Jonathan Lambert. Dans ce film, on peut dire qu’ils décident de trouver le “cri parfait” pour la réalisation d’un film. Mais encore une fois, on a l’impression que le réalisateur a prit l’un de ses rêves pour le mettre au cinéma ; les images arrivent, il ne se passe pas ce qu’on attend, les codes sont bousculés. J’aime réellement ce cinéma “sans influence de la raison”, qui donne l’impression d’un brouillon inachevé, surréaliste, juste pour le plaisir et au fond, du cinéma juste pour le cinéma.

Je ne peux que vous conseiller d’aller jeter un coup d’oeil à ce que fait ce monsieur ; et aussi, si vous aimez l’électro bien saturée, pleine de nouveaux sons, faites chauffer Spotify et soyez curieux !

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