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M comme Marcel – La procrastination

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Depuis tout petit, je me comporte comme le lièvre dans la célèbre fable de Jean de Lafontaine : je sais qu’il faut « partir à point », pourtant,  je préfère « courir » et tout faire à la dernière minute. Je remets toujours au lendemain ce que j’aurais pu faire la veille, et j’ai une fâcheuse tendance à multiplier cette pratique chaque jour de l’année. Ce qui fait de moi un expert intergalactique de la procrastination.

1000 et 1 raisons d’aimer la procrastination

Tout le monde procrastine un petit peu suivant le rythme de sa vie et aussi des saisons. En hiver, lorsque le thermomètre affiche – 6°, on a moins envie d’aller porter ses pots de sauce Bolognaise (et ses bouteilles d’alcool vides) à la benne à verre que lorsque le temps est au beau fixe. Mais on en profite souvent pour fixer au mur les cadres qu’on a reçus à Noël ou pour réparer la chasse d’eau qui fuie. Dans mon cas particulier, si je ne vais pas à la benne à verre, je ne fais pas pour autant une des 10 000 tâches que je dois faire. Pire encore, je repousserai inlassablement la mission jusqu’au point de non-retour. C’est-à-dire que, concrètement, je vais attendre de ne plus pouvoir entrer dans mon appartement pour me décider d’emmener les différents cadavres qui forment un sanctuaire Inca devant ma porte ou carrément attendre patiemment le dégât des eaux pour réparer les w.c. (alors que je savais pertinemment que ça allait finir comme ça).

Parce que c’est ça la vraie procrastination, c’est de savoir que les conséquences minimes d’un incident à un instant T vont empirer diablement avec le temps mais de laisser dégénérer la situation.

Vous pouvez donc être rassurés si vous êtes du genre à laisser quelques assiettes salles sur votre rebord d’évier ou que vous laissez trainer l’envoi des photos de vos dernières vacances à vos potes qui les réclament pourtant toutes les deux semaines.

 Je suis un Marc Raquil en puissance en 2003, un Christophe Dominici virevoltant en 1999 contre la Nouvelle-Zélande, je suis le genre de gars qui veut créer l’exploit, quitte à prendre des risques complètement insensés.

Si la procrastination était un sport olympique, j’aurais toutes mes chances pour être en équipe de France. Plus qu’un défaut, c’est un mode de vie : celui de me prouver chaque jour que je vais arriver à faire toutes les choses que je dois faire avant le temps qui m’est imparti. C’est l’idée même de penser que je vais pouvoir combler mon retard accumulé pendant des mois en une seule journée, de plus décisive. 

Je suis un Marc Raquil en puissance en 2003, un Christophe Dominici virevoltant en 1999 contre la Nouvelle-Zélande, je suis le genre de gars qui veut créer l’exploit, quitte à prendre des risques complètement insensés. Alors, ça pourrait être la grande classe, le seul problème, c’est que je n’arrive jamais à tenir mon calendrier et que ce qui aurait pu être simple devient inlassablement compliqué.

En sport, il y a quelque chose que les journalistes sportifs aiment à appeler le Money Time. C’est le petit moment d’un match quelconque où la victoire va basculer d’un adversaire à l’autre. Je suis en permanence dans le Money Time sauf que je perds presque tout le temps mes matchs.

Cette règle s’applique à tous les moments de ma vie, en amour, comme dans mes études, comme d’ailleurs dans n’importe quel projet professionnel.

 Dernièrement, j’ai loupé un week-end à la montagne car j’ai pris idée de farter mes skis une demi-heure avant mon BlaBlaCar du samedi matin.

 

J’ai passé la plupart de mon temps à l’université à faire la fête sauf les quinze jours qui précédaient chaque partiel semestriel où je m’enfermais nuits et jours, parfois sans manger ni boire pour assimiler les quelques 1 500 pages que je devais maîtriser. Très souvent, cette technique m’emmenait au rattrapage où je devais revoir le programme d’une année entière pendant une petite semaine (alors que tous mes potes étaient en train de buller à la terrasse des cafés).

J’ai loupé des avions et un nombre incalculable de trains ou de covoiturage, en faisant des choses stupides que j’aurais dû faire avant. Dernièrement, j’ai loupé un week-end à la montagne, car j’ai pris idée de farter mes skis, une demi-heure avant mon BlaBlaCar du samedi matin.

Le pire de l’histoire c’est que, bien souvent, procrastiner me prend plus de temps que si j’avais réglé le problème initial directement. Il y a deux mois, j’ai cogné la porte de mon garage en revenant du foot. Au lieu de m’en occuper directement, je suis allé chercher la caisse à outils, j’ai démonté la serrure mais je ne l’ai jamais remontée, laissant la porte condamnée . Cela fait donc deux mois que je dois grimper par dessus la porte de mon garage pour y accéder, et que je dois tirer manuellement la poulie de la porte pour sortir ma voiture. Un vrai bonheur lorsqu’on est en costume et que l’on a un entretien pour un stage dans un cabinet assez prestigieux – c’est vrai que la compétence « bricoleur » et les traces de graisse noire sur le trench beige étaient souhaitées dans l’annonce.   

Il y a aussi cette fâcheuse tendance à emprunter des livres à tous mes amis pour qu’ils prennent la poussière pendant minimum un trimestre, encombrent mon salon, avant que finalement mes amis ne me les reprennent sans même que j’ai ouvert la première page.

D’ailleurs, en ce moment-même, je cours après la pendule comme le lapin d’Alice pour boucler le papier que je dois rendre à Hurluberlu (comme chaque semaine en fait) et je me dis qu’il faudrait vraiment que ça change.

Malheureusement, je pense que vu mon cas, il m’est impossible d’arrêter de procrastiner. Par contre je peux développer une procrastination structurée pour devenir un foudre de guerre de la « dernière minute » et ainsi acquérir un sens aigu, voire «ninja», de la gestion du temps en situation de crise. Enfin, je ferai ça demain mais «demain c’est loin» (pratique d’emprunter sa phrase de conclusion à IAM)

Bien à vous.

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1 comment

L’ennui. 19/09/2015 at 03:05

[…] que je n’ai rien à faire. Un ami a utilisé le même subterfuge une fois pour son essai sur la procrastination. Malinx le […]

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